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Musique émergente – Le bel écrin de Rouyn

1 septembre 2012 13h22 | Philippe Papineau | Musique
Le chanteur du groupe Avec pas d'casque, Stéphane Lafleur a lancé: «Y'a du monde en saperlipopette!».
Photo : Christian Leduc / Cyclopes Le chanteur du groupe Avec pas d'casque, Stéphane Lafleur a lancé: «Y'a du monde en saperlipopette!».
Soufflant cette année ses dix bougies, le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue – de son petit nom le FME – s'est drapé de ses plus beaux tricots cette année pour plaire aux mélomanes de la région et à ceux attirés par ce «grand-petit» festival. 

Et quand on dit ses plus beaux tricots, c'est dans le sens premier du terme, car de nombreux arbres, structures, poteaux et autres pièces de mobilier urbain sont parés de lainages multicolores, donnant à Rouyn-Noranda des airs hipster. Aussi, les alentours des salles et des scènes sont davantage décorés en ce dixième anniversaire, alors que les lumières, les peintures et autres illustrations se sont multipliées. Rouyn est un bel écrin.
 
Et dans ce bel écrin, il y a des concerts, bien sûr. Jusqu'à présent, on sent qu'il y a foule au FME. Déjà jeudi à minuit, on peinait à entrer au Cabaret pour voir Ponctuation, un groupe précédé d'une bonne rumeur. Même chose au Petit Théâtre, où on a dû patienter avant de voir la bande de Qualité Môtel, projet parallèle de Misteur Valaire. Et ça déborde d'autant plus que l'organisation a resserré les règles pour éviter de surcharger les salles. Parfait pour le confort des acheteurs de billets, moins pour les butineurs journalistes et autres invités européens venus faire du défrichage. 
 
Vendredi, Catherine Durand et Peter Peter ont tous deux profité de cases horaires d'«entre-deux-show» pour faire leur lancement d'album respectif au Cabaret de la dernière chance, devant des foules d'amateurs et de festivaliers curieux. On a compris que Durand a poussé son folk un peu plus loin, et que Peter Peter a gagné en force et en présence avec une pop synthétique et mélancolique. 
 
«Saperlipopette!»

Chaque jour, le FME offre plusieurs concerts simultanés pour le 5 à 7. Encore-là, vendredi, on a senti la foule nombreuse. À la salle Évolu-Son, le groupe Avec pas d'casque a attiré beaucoup d'amateurs, à la surprise du trop modeste chanteur du groupe, Stéphane Lafleur. «Y'a du monde en saperlipopette!», a-t-il rigolé. Accompagné de Simon Trottier, membre en règle de Timber Timbre, Avec pas d'casque a entre autres fouillé dans son répertoire moins connu, voire dans l'inédit en offrant une pièce qui n'a pas trouvé sa place sur Astronomie, la joliment nommée Les nouveaux paysages. Lafleur a d'ailleurs dit que des «retailles» de leur dernier album seraient éventuellement diffusées.
 
À quelques coins de rue de là, il y avait aussi foule pour le pop-rock d'Inès Talbi, alors que ça débordait jusqu'au trottoir. À la porte d'à côté, c'étaient les deux Soeurs Boulay qui grattaient doucement leurs instruments, cette fois devant une poignée de gens. Les deux chanteuses ont dû composer avec la musique du concert de Talbi, qui empiétait un peu leurs jolies balades. Depuis les Francouvertes, les musiciennes ont ajouté de nouveaux titres à leur répertoire, ça promet pour la suite. 
 
Tout le monde dehors

Alors que le soleil descendait tranquillement, les festivaliers avaient rendez-vous avec la chanteuse canadienne Feist sur la scène extérieure de la 7e rue. C'était Louis-Jean Cormier, le chanteur de Karkwa, qui proposait un aperçu de son disque solo, alors que la pluie s'invitait à la fête. Dur de découvrir de nouveaux titres en direct sur scène, mais disons qu'à l'exception d'un titre ou deux, la pomme Cormier n'est pas tombée si loin de l'arbre Karkwa. Le chanteur en a profité pour offrir Au long de tes hanches, titre chair-de-poule tiré des Douze hommes rapaillés. 
 
Pendant le long entracte, les nuages se sont vidés, et Feist est montée sur scène sous la lumière de la lune. On l'attendait délicate, on l'a eu féroce, un brin dissipée mais enthousiaste. La Torontoise s'est amusée avec la foule, la faisant chanter et tentant quelques phrases en français. Mais surtout, elle a gratté ses guitares avec aplomb, et remanié ses plus vieux titres, dont Mushaboom, devenu quasi tribale. Une belle prise pour cette édition anniversaire du FME.
 
Au coeur de la nuit, notre parcours s'est conclu à l'Agora des arts — une ancienne église reconvertie en salle de spectacle — pour le doublé Kandle et Plants and Animals. La chanteuse, nouvellement montréalaise, a malheureusement eu droit à un festival de feedback. Et au delà des pépins techniques, sa musique pop-rock était trop monocorde, et on tombait rapidement dans nos pensées. Sacré contraste avec Plants and Animals, qui avait les crocs sortis. Le trio, accompagné d'un bassiste, a offert un son brut, simple, mélodique tout en étant agressif. Un collant brillant au cahier du groupe pour leur Bye Bye Bye épique avec la combinaison autoharpe et guitare électrique. 
 
Le Devoir
 
 
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