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L’art de se compliquer la vie en beauté

Le FME fête ses 10 ans

30 août 2012 | Philippe Papineau | Musique
Le groupe Akron Family était de la programmation 2011 du FME.
Photo : Christian Leduc Cyclopes Le groupe Akron Family était de la programmation 2011 du FME.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pourquoi faire les choses à moindre coût quand on peut les rendre mémorables ? La logique ne va pas de soi pour les événements culturels en région, mais c’est le pari que fait le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME) depuis maintenant dix ans. Et si l’événement installé à Rouyn-Noranda ne fait pas fortune, il est au fil du temps devenu une machine à moments forts.


Jeudi après-midi, le FME prendra son envol dans une douzaine de salles de Rouyn-Noranda, attirant de plus en plus de résidants et de visiteurs (environ 35 % du public) grâce à un mélange de bonne musique et de magie. Réunis dans un café montréalais, Sandy Boutin et Jenny Thibault, qui forment depuis le tout debout le noyau dur du festival avec Karine Berthiaume et Pierre Thibault, avouent qu’il serait facile de mieux rentabiliser le FME en le simplifiant, mais pas question d’adopter cette voie-là.


« Si on faisait ça, on serait un festival comme un autre, dit Sandy Boutin, président du festival et aussi gérant du groupe Karkwa. On ne veut pas être un diffuseur de spectacles, on ne veut pas juste amener à Rouyn des groupes que tu peux voir ailleurs. On veut avoir un impact sur la vie des artistes et sur la vie du public, et faire de l’éducation, avoir un rôle vraiment plus prononcé. »


Et la magie est dans les détails. Dans le fanzine du festival, L’oreille cassée, distribué dans les salles. Dans la radio CFME, qui est diffusée pendant un mois sur les ondes FM de la ville ainsi que sur le Web. Dans la multiplication des scènes, de Chez Bob au Petit Théâtre, en passant par le Cabaret de la dernière chance et la scène extérieure de la 7e rue. Dans les concerts improvisés par les artistes invités, à toute heure du jour et de la nuit.


« Et on a toujours mis l’accent sur le visuel, la direction artistique est toujours particulière », ajoute Jenny Thibault, qui gagne sa vie à l’ONF. Chaque édition vient effectivement avec sa bande-annonce et sa signature. Encore là, c’est plus cher, mais on s’en souvient.


Pour son dixième anniversaire, le FME en rajoute une couche, avec un grand concert extérieur rassemblant Bernard Adamus, Dumas et Jean-Pierre Ferland. En soi, c’est suffisant, mais l’événement a décidé d’installer la scène… dans l’eau, alors que le public sera sur une plage. « Au début, on voulait la faire flottante, mais on s’en sortait pas, raconte Sandy Boutin. Mais la structure est bien sur l’eau, il va y avoir de l’eau entre le public et la scène. Le coup d’oeil est beau, là ! C’est l’importance de l’écrin où tu fais le spectacle. T’es pas dans un terrain hostile, ça change tout. »


Né alors qu’il y avait un vide musical dans la région, le festival a changé la donne, croient les organisateurs. « Le risque était grand au départ, peu de gens bookaient des spectacles en Abitibi, dit Jenny Thibault. Maintenant, notre événement est attendu, et on a créé un public mélomane. Le Cabaret continue d’offrir des spectacles, et il y a maintenant le Petit Théâtre et la salle Évolu-Son qui ont des programmations à l’année. Il y a une offre qui se bâtit. »


La discussion de fond dérive sur les nombreuses anecdotes qui ont émaillé les dix derniers week-ends de la fête du Travail des organisateurs du FME. La fois où on a failli oublier Marc Déry dans un chalet, ou alors la première édition grandement financée par deux concerts de Richard Desjardins, qui avait accepté un cachet ridicule.


Mais dix ans plus tard, Thibault et Boutin avouent une certaine fatigue à organiser le FME à travers leur travail et leur famille respective, et ils souhaiteraient que l’événement soit davantage autonome. « On aimerait avoir plus un rôle de conseil d’administration », dit Jenny. Sandy acquiesce, un tantinet à contrecoeur. « On le sait qu’on a encore de l’énergie. On n’est pas à remettre ça en cause, mais je sens que c’est là, qu’on va bientôt cueillir les fruits du FME. Je sens que d’ici un an ou deux, on pourra payer une équipe. »

 
 
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