Encore un demi-concert
L’Orchestre symphonique de Montréal a offert le dernier concert de soir de l’édition 2012 du Festival de Lanaudière
Paysages de Russie
Moussorgski : Tableaux d’une exposition (orchestration Ravel). Stravinski : Le sacre du printemps. Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi 4 août 2012.
À l’heure des bilans, on saluera également l’heureuse initiative de l’adjonction d’écrans, d’autant que la réalisation vidéo est de plus en plus travaillée. Les écrans, d’une qualité remarquable, donnent à l’expérience du concert une nouvelle dimension, notamment pour les spectateurs de la pelouse. Ils induisent d’ailleurs de nouveaux comportements : nombre de spectateurs les regardent davantage que la scène. Ironique signe des temps : samedi, une spectatrice, pourtant proche de la scène, pour immortaliser sa soirée a pris une et une seule photo : l’écran avec la tête de Kent Nagano dessus !
Kent Nagano, de retour de son Ring des Nibelungen à Munich, abordait deux classiques du répertoire. Disons que, comme pour le récital d’Alexandre Tharaud à Orford jeudi, nous avons eu droit à une sorte de demi-concert : Tableaux d’une exposition d’un côté, Le sacre du printemps de l’autre.
Lors de la fort décevante visite du Philharmonique de New York, à l’automne 2011, l’OSM et son chef avaient gagné des points au jeu de la comparaison. Là, entre l’Orchestre de Pittsburgh, en parade il y a quinze jours, et ces Tableaux à peine routiniers, le choc fut rude et l’OSM paraissait mal : tempos vifs abordés prudemment (Limoges), contrastes lissés par le chef, qui ne jouait pas le jeu de l’ambitus des soufflets dynamiques, le tout assorti d’une médiocre prestation des percussions et des cuivres - cors dans la 2e Promenade, trompette dans la 1re, tuba dans Bydlo, tous au début de Catacombes…
Trois moments émergeaient : Alain Moisan, au saxophone, dans Il vecchio castello (quelle note ultime !), la circulation de pizzicatos entre altos et deuxièmes violons dans Le ballet des poussins et toute la section centrale de La cabane sur des pattes de poules, avec un vrai jeu ravélien entre les pupitres. Mais La grande porte de Kiev était ni faite, ni à faire : tempo trop lent, accord final manqué et un percussion au complet pensant peut-être au programme télé du lendemain, avec cloche en retard, grosse caisse anémique et timbale feutrée. Or, c’est justement ce pupitre, rarement glorieux, qui se distinguait quelques minutes plus tard dans Le sacre du printemps d’un orchestre transfiguré.
Le sacre très lisible de Kent Nagano comporte plusieurs idées intéressantes de dosages polyphoniques mettant au jour des contre-chants rares. Le chef lisse un peu les contrastes de tempo dans le Tranquillo des rondes printanières et dans Le jeu des tribus rivales, mais la construction d’ensemble et, surtout, du second tableau fut très remarquable. Je n’ai jamais entendu le timbalier de l’OSM aussi en verve, et son choix très judicieux d’une baguette très sèche donnait le ton et le mordant à tout l’orchestre, culminant dans une Danse sacrale impressionnante.








