Le jazz à trois et à l’hôtel
Certains parmi vous qui avez acheté ce disque ont signalé, par courriel évidemment, que le bien évoqué plus haut était partagé. Un lecteur est même allé jusqu’à demander que l’on suggère des productions semblables. Mais voilà, on a supprimé par mégarde le message en question. Et comme on a l’impolitesse en horreur, on a donc décidé que le sujet du jour d’aujourd’hui serait la réponse à la requête formulée.
On a retenu quatre albums : Yes ! d’Aaron Goldberg sur étiquette Sunnyside ; E. Iverson, A. Heath, B. Street Live at Smalls sur Smalls ; Haunted Heart d’Eddie Higgins sur Sunnyside ; et enfin Blackbird de Shelly Berg sur Concord. On précise, on rappelle, qu’il s’agit là d’enregistrements dont la facture musicale ressemble passablement à celle déclinée par Reed. On aimerait des disques où l’improvisation est à l’honneur qu’on aurait avancé les noms de Marc Copland et de Bill Carrothers.
Toujours est-il que, depuis plusieurs mois maintenant, on ne se lasse pas d’écouter le Yes ! de Goldberg. Son trio a ceci de magique, de convaincant et de séduisant qu’il est à l’image des trios qui ont frappé les esprits « bibeaupes » des années 50 et 60, soit ceux dirigés par Red Garland, Elmo Hope, Hampton Hawes, Carl Perkins et Sonny Clark.
À l’instar de ces messieurs, Goldberg est partisan d’un style où la fluidité et la limpidité côtoient le blues ponctué par des phases funky. C’est un jazz joyeux, parfois trépidant, détaillé dans un programme où les compositions originales voisinent avec celles de Thelonious Monk (Epistrophy) et de Duke Ellington (Way Way Back et The Sherpherd).
Après Goldberg, Ethan Iverson, pianiste surtout connu pour son appartenance au trio The Bad Plus. En novembre 2009, en compagnie du vétéran Albert Tootie Heath, batteur de la finesse, et Ben Street à la contrebasse, il a enregistré le meilleur live, à nos yeux, de la décennie.
Cet album est remarquable de bout en bout, de la première à la dernière seconde. Remarquable parce qu’on a l’impression d’entendre un groupe soudé depuis des années alors qu’en fait ils viennent juste de se rencontrer. Remarquable par son programme. Ils ont…
À l’évidence, Iverson, Heath et Street maîtrisent l’art du choix comme pas un. Ils amorcent leur prestation avec Pound Cake de Lester Young et la terminent par Oh Lady Be Good de Gershwin. Entre les deux, ils détaillent aussi bien Confirmation de C. Parker que A Flower Is a Lovesome Thing et Chelsea Bridge de B. Strayhorn. C’est bon, c’est tout bon.
Dans le jazz, le piano a ceci de singulier qu’il est le seul instrument lié à l’hôtel. Oui, oui, oui… Il existe bel et bien une catégorie dite jazz d’hôtel que Bill Evans admirait, respectait et défendait avec d’autant plus de force que les pianistes qu’on entend dans ces lieux sont des savants. Mais encore ? Ils ont une connaissance encyclopédique du répertoire, des standards de Carmichael aux compositions de Benny Golson.
Dans cette catégorie où par ailleurs le jazz dans sa forme la plus classique est de mise, deux noms, deux disques sont à retenir : Haunted Heart par Eddie Higgins, soutenu par Ray Drummond à la contrebasse et Ben Riley à la batterie, et Blackbird de Berg, avec Chuck Berghofer à la contrebasse et Gregg Field à la batterie. C’est bien simple, si on apprécie le jazz défendu par Tommy Flanagan et Hank Jones, on va adorer ces deux albums. Point.








