Festival de Lanaudière - Orchestre symphonique de Pittsburgh : erotissimo
Orchestre symphonique de Pittsburgh
Smetana : Rouslan et Ludmilla (ouverture). Dvorák : Concerto pour violoncelle. Tchaïkovski : Symphonie no 5. Tchaïkovski : Casse-noisette (extraits). Johann et Josef Strauss : La chauve-souris (ouverture), Polka furioso, Frühlingstimmen, Auf der Jagd, Im Krapfenwald’l, Unter Donner und Blitz, Die Libelle, Pizzicato Polka. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi 21 et dimanche 22 juillet 2012.
Quelle chance d’avoir pu revivre des concerts avec le Symphonique de Pittsburgh et Manfred Honeck ! La venue du tandem donne au mot « festival » tout son sens, générosité sonore et risques compris.
Parler d’érotisme est peut-être déplacé s’agissant de la nostalgie de Dvorák et du mal de vivre de Tchaïkovski, mais Honeck et Pittsburgh vont, si leur parcours se poursuit dans cette veine, devenir à l’exaltation musicale ce que Jane Fonda dans Barbarella de Roger Vadim est à l’érotisme : des icônes.
Le parallèle n’est pas innocent. Sur la forme, il y a ce statut d’absolu, mais avec juste le petit zeste racoleur qui accroche et laisse une inoubliable empreinte. Sur le fond, cela va beaucoup plus loin, puisque la caractéristique même de l’art de Manfred Honeck est de transcender une analyse musicale intellectuelle et esthétique pour en faire une expérience sensuelle majeure.
Ce chef tient ainsi de Charles Munch dans l’exacerbation des pulsions vitales et de Kleiber dans cette manière très érotique et musicalement sulfureuse de lâcher puis de reprendre la bride par petites touches ou inflexions. Affirmer que, musicalement, Manfred Honeck est aussi aux antipodes de Kent Nagano que, géographiquement, un Inuit et un Congolais est un truisme.
En 2010, l’orchestre de Pittsburgh, dans la 1re de Mahler et la 7e de Beethoven, était tout aussi impressionnant, mais un peu plus distingué. Samedi, l’orchestre s’est un peu lâché, mais pour la bonne cause, me donnant, dans Tchaïkovski, des sensations que je ne pensais plus revivre après la mort d’Evgueni Svetlanov.
Cette Cinquième a été, hélas, massacrée du 2e mouvement au début du Finale par les rondes d’un avion militaire déployé - selon les indications fournies au Devoir par la police de Joliette - en repérage après l’activation d’une balise de détresse dans les environs.
Dans la 5e de Tchaïkovski, Honeck utilise avec un large ambitus - comme Gergiev dans la Pathétique - les flux et reflux. Cette plongée vertigineuse donne le frisson. Les cuivres sont exceptionnels, la clarinette solo tout autant. En termes d’engagement, Pittsburgh-Honeck dépassent New York-Gilbert et Philadelphie-Dutoit de plusieurs coudées. Le Galop de la Masquerade de Khatchatourian en second rappel - avec improvisation sur Alouette par le clarinettiste - en témoigne bien.
Le Concerto pour violoncelle de Dvorák avec Johannes Moser reposait sur un principe simple : de récurrents et stricts retours au tempo de base (tempo I) entrecoupés d’évasions nostalgiques bouleversantes dans les passages sostenuto ou sostenuto molto. Réalisation exemplaire du concept, très respectueuse de la partition et parfois aux confins du silence, par un grand violoncelliste.
Dimanche, Honeck défendait un programme plus léger. Le « sensuélo-musical » dut attendre la seconde partie. Dans Casse-noisette (des extraits et non la Suite annoncée), Honeck est plus porté sur la peinture descriptive et la sculpture sonore que sur la chair (voir le Pas de deux). En revanche, la partie consacrée aux valses de Vienne fut un délice, toute en phrases amoureusement ourlées avec un contrôle dynamique superlatif (Die Libelle), en polkas explosives et en humour bien dosé. En bis : Feuerfest de Josef Strauss et Radetzky-March de Johann Strauss père.
On attend de Honeck et Pittsburgh qu’une chose : qu’ils reviennent !








