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Johnny Hallyday - Plein les Plaines, à fond la voix

11 juillet 2012 08h39 | Sylvain Cormier | Musique
Le show Johnny Hallyday est trop formidable pour qu’on y résiste...
Photo : Clément Allard - Le Devoir Le show Johnny Hallyday est trop formidable pour qu’on y résiste...
Critique du spectacle dans le cadre du Festival d'été de Québec
Moi? Je suis content, vous pensez bien. Content comme un Français au Stade de France le mois dernier. Quand il m’a chanté L’idole des jeunes, j’ai crié ouaiiiiis, j’avais mon Johnny de Salut les copains. Quand le groupe a lancé Fils de personne, j’ai crié ouaiiiis, j’avais mon Johnny de 1971, le Johnny de l’album Flagrant délit (celui où Nanette chante dans les chœurs). Quand, dans la portion «unplugged», Johnny a parlé d’Eddie Cochran et de son amour du rock’n’roll et qu’il a fait Elle est terrible aussi bien qu’à L’Olympia en 1962 (je le sais, j’ai la vidéocassette, et je l’ai tellement regardée que je me suis convaincu d’avoir été là), j’ai crié encore. De joie. Voyez ce que je veux dire? Quand on a pratiqué Johnny comme je l’ai pratiqué et qu’il est là et donne tout ça, je vous jure, dans ces moments-là, je réagis exactement comme un fan français qui aurait grandi avec Johnny.

Ce n’était évidemment pas le cas de tout le monde hier sur les Plaines. Les gens n’étaient pas malheureux, loin s’en faut, le show Johnny Hallyday est trop formidable pour qu’on y résiste, surtout quand c’est la première fois (qui était là la fois d’avant à Québec, en 1975?), mais c’était quand même apprécié… à relative distance. Ces quelque 40 000 spectateurs (l’estimation du chef des ambulanciers), qui remplissaient tout à fait les Plaines, quoique moins densément que les 80 000 d’avant-hier à Bon Jovi, n’avaient pas un demi-siècle de Johnny dans le corps, à un noyau dur de fans près, vrais fous de Johnny qui manifestaient bruyamment près de la scène. Point de communion, sauf pour eux et moi: plutôt des constats d’observateurs à la curiosité satisfaite.

Le grand public aura vu de quel bois se chauffe Johnny. Le phénomène Johnny en chair et en os et tout de cuir vêtu. Oui, Johnny a une sacrée voix du tonnerre de Dieu: dans le refrain de Ma gueule, dans tout Diego libre dans sa tête (une des plus intenses chansons de feu Michel Berger), dans I, Who Have Nothing, reprise de Tom Jones (en duo avec une de ses choristes). Oui, Johnny se dépense jusqu’à s’exsuder tout le corps et s’arracher la gorge. Oui, quand il a chanté Rock’n’roll attitude avec Marie-Mai, il était en feu. Oui, quand il sourit, ça illumine à grandeur de site.

Oui, mais quand il a demandé à une foule qu’il croyait complice en intro à Joue pas de rock’n’roll pour moi: «Est-ce que vous vous rappelez de cette chanson?», les Plaines n’étaient pas le Stade de France et la réponse était non. Sauf pour moi et mes semblables. Dans Tes tendres années, où il s’attend en France et en Belgique à ce que la foule entière chante avec lui, ça s’entend: chez nous, outre les fans finis, personne ne chérit Tes tendres années depuis toujours, et ça ne chantait donc pas. Le Québec et lui n’ont pas ce passé commun, ces émotions pour ainsi dire transmises de génération en génération, outre-Atlantique.

La vérité est qu’à Québec hier, pas mal de gens attendaient les cinq-six titres jamais oubliés de son répertoire, les chansons qui ont été au sommet de nos palmarès dans les années 1960 et 1970: Le pénitencier, Hey Joe, Jusqu’à minuit, Pas cette chanson, Mon fils, Noir c’est noir, J’ai oublié de vivre. Autant de chansons qui ne sont pas dans le spectacle de la présente tournée et, conséquemment, absentes hier: c’était très exactement le spectacle du Stade de France que nous avons eu, c’est-à-dire exactement ce qu’il avait promis, projections, flammes et le toutime. C’est-à-dire un spectacle pas spécialement conçu pour nous, au contraire de ce que fait souvent un Dick Rivers, par exemple, qui n’oublie jamais de faire ici Viens me faire oublier, méconnue en France, vrai tube en 1968 au Québec. 

Je précise tout ça parce que Johnny Hallyday sera au Centre Bell les 4 et 5 octobre, et que le vrai succès du spectacle des Plaines pourrait être un triomphe, moyennant une demi-douzaine de substitutions. Fallait voir la réaction des gens hier quand, après une heure trois-quarts, Johnny a finalement lancé Que je t’aime. Une chanson connue, vraiment connue et aimée ici! La foule était soulevée, chantait le refrain sans qu’on lui demande. Ç’aurait été la même chose avec Le pénitencier.

Ça n’enlève rien à tout ce que ce spectacle avait de franchement admirable, notamment cette séquence avec l’Orchestre symphonique de Québec, qui aura donné lieu à la plus belle version de Quelque chose de Tennessee jamais entendue, foi de fan qui en est à son douzième spectacle de Johnny. Grandiose. Mais Knock On Wood chantée par la choriste, alors que Johnny avait eu ici un vrai succès avec l’adaptation Aussi dur que du bois, c’était quand même un peu dommage. Allez, c’est dit: je veux en octobre le même formidable show, mais avec le Québec en tête.
 
 
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