James Carter au Club Soda - Un big band blues à cinq
Accompagné de son organ trio (Leonard King à la batterie, Gerard Gibbs au B3), du guitariste Mark Whitefield et de la chanteuse Miche Braden (qui avait une heure libre avant son spectacle The Life and Blues of Bessie Smith), Carter a fait hier ce qu’il fait le mieux : c’est-à-dire un peu tout.
Il a joué follement vite, mais aussi des ballades graves. Il a blowé des notes bien au-dessus du toit du Soda. Il a montré qu’un saxophone (ténor ou alto, sans compter la flûte traversière) porte mille sons dans son cuivre : ça grinçait, ça riait, ça plaintait, ça exultait au bout de son anche. Parfois c’était doux, ailleurs c’était rugueux. Son gras, son plein, son bourré de textures au grain épais. Un son James Carter, tel qu’on le connaît depuis une vingtaine d’années et tel qu’on l’apprécie parce qu’il sonne vrai et qu’il y a de l’âme là-dedans.
Carter l’a souvent prouvé au FIJM : il est capable de mettre le feu là où il passe, peu importe le format (en quintet il y a quatre ans la dernière fois). Par son jeu, bien sûr, mais aussi par son plaisir évident à livrer sa musique et à en faire une fête. Plaisir que le reste du groupe a relayé avec autant d’ardeur que le leader.
Du répertoire présenté hier soir, on retient un parti pris pour le blues (matière première de l’album At the Crossroads). Après tout, c’est là le berceau de l’affaire : mais à travers les Oh Gee, Aged Pain, Come Sunday (chantée par Leonard King, pas le plus crédible vocaliste) et autres The Walking Blues (quasi-rockabilly et bien portée par Braden) présentées hier, on a aussi eu droit à toutes les teintes du jazz de Carter, qui est une sorte de résumé d’un siècle de musique à lui seul. Puissant.













