FIJM - Gardot, et Wilfrid dans sa main
Trois fois qu'elle fait le coup à Montréal, et trois fois que ça marche en moins de deux mesures: Melody Gardot se pointe sur scène seule dans un rayon de lumière qui suggère une sensualité totalement assumée, robe noire moulante aidant. Elle dépose sa canne, claque des doigts et entame le spectacle a cappella, tout à la voix, troublante. La salle est là, dans sa main.
Ce fut l'entrée en matière au TNM en 2008. Ce fut aussi celle de Maisonneuve en 2009. Et même chose ce vendredi dans l'immense Wilfrid-Pelletier qui affichait complet pour l'Américaine de 27 ans. Remarquable levée de rideau, ça oui. «The Rain», tirée de son album My One And Only Thrill, était saisissante ainsi livrée devant près de 3000 personnes — et pas un bruit.
Après l'intro solo ponctuée d'une simple podorythmie, son groupe est entré en jeu pour insuffler du jazz dans ce blues qui sonnait le gospel. Sax, guitare, batterie, contrebasse, Gardot au piano, un violoncelle près d'elle, deux choristes un peu plus tard. Éclairage bleu pour cette ambiance bleue de club, scats délicats ici et là.
Elle enchaîne avec Goodbye, de son dernier album, servi avec du blues sur fond de tango. Puis le tango s'impose plus clairement avec Impossible Love. Après quoi Mira complète la transition vers les musiques latines aux petits grooves servis à la guitare. Du bleu, l'éclairage est désormais rouge, plus chaud. Et d'une chanson à l'autre, tout s'enchaîne sans rupture de ton, quasi-imperceptiblement.
Ce sera ainsi pendant l'heure et quart passé près de Melody Gardot — la proximité est son affaire, même à Wilfrid-Pelletier. Que du bon, à la fois très accessible et de grande rigueur, lisse et texturé. En quatre ans, on note que Gardot a appris tous les rouages du métier: le contrôle parfait d'une voix qui est une signature unique (ce vibrato n'a pas d'égal, générateur de frissons), la juste dose de sensualité scénique, la cohésion musicale, la part de mystère et d'aura dans la démarche. Grande classe, beaux moments.
Spalding brasse, avec brass
L'une terminait, l'autre commençait: de Wilfrid, direction Métropolis pour la très attendue Esperanza Spalding et la présentation de son Radio Music Society. Les deux chanteuses ne partagent pas grand chose musicalement — Spalding est nettement plus audacieuse. Mais leurs carrières suivent la même courbe d'une progression rapide et d'une reconnaissance qui touche au vedettariat.
Spalding en était aussi à une troisième salle à Montréal, après le Gesù en 2009 et le théâtre Maisonneuve l'an dernier. Mais le Métropolis était-il le bon choix pour le spectacle de vendredi? Pas certain. Vrai que le contenu musical de Radio Music Society mêle dans un même creuset jazz, soul et funk, et qu'on y trouve des chansons aux grooves capable de générer de l'électricité. Vrai qu'il y a là quelques hits potentiels (Black Gold).
Mais on n'a pas senti à l'intérieur du building la qualité d'écoute nécessaire pour pleinement apprécier le travail de Spalding. Très souvent, nous étions entre deux feux: musique pas tout à fait assez uptempo pour faire bouger le parterre, et pas tout à fait assez tranquille pour justifier de s'assoir. Alors? Mi-figue mi-raisin, et l'impression que le courant ne passait pas complètement — sauf à la toute fin, avec Radio Song.
En même temps, il y avait beaucoup à apprécier: des arrangements riches qui ne craignaient pas les accords bien jazz. Une section de cuivres qui claquait fort et bien. Une chanteuse et bassiste toujours captivante sur scène. Et un projet musical plein d'intérêt, qui demeure toutefois à resserrer.
Ninety Miles
Autre salle, autre projet intéressant: celui de Ninety Miles, présenté devant un Club Soda comble — et vite comblé. Sept musiciens sur scène, menés par David Sanchez (saxophone), Stefon Harris (brillant vibraphoniste) et Nicholas Payton (trompette). Musique moderne touchant au bop et au jazz latin, rythmes relevés, espace de création très ouvert permettant de longs solos finement développés, ce fut là du jazz brillamment déployé. Qu'a dit Harris à un moment? Ah oui: «we are feeling good up here tonight». Et ça s'entendait.
Ce fut l'entrée en matière au TNM en 2008. Ce fut aussi celle de Maisonneuve en 2009. Et même chose ce vendredi dans l'immense Wilfrid-Pelletier qui affichait complet pour l'Américaine de 27 ans. Remarquable levée de rideau, ça oui. «The Rain», tirée de son album My One And Only Thrill, était saisissante ainsi livrée devant près de 3000 personnes — et pas un bruit.
Après l'intro solo ponctuée d'une simple podorythmie, son groupe est entré en jeu pour insuffler du jazz dans ce blues qui sonnait le gospel. Sax, guitare, batterie, contrebasse, Gardot au piano, un violoncelle près d'elle, deux choristes un peu plus tard. Éclairage bleu pour cette ambiance bleue de club, scats délicats ici et là.
Elle enchaîne avec Goodbye, de son dernier album, servi avec du blues sur fond de tango. Puis le tango s'impose plus clairement avec Impossible Love. Après quoi Mira complète la transition vers les musiques latines aux petits grooves servis à la guitare. Du bleu, l'éclairage est désormais rouge, plus chaud. Et d'une chanson à l'autre, tout s'enchaîne sans rupture de ton, quasi-imperceptiblement.
Ce sera ainsi pendant l'heure et quart passé près de Melody Gardot — la proximité est son affaire, même à Wilfrid-Pelletier. Que du bon, à la fois très accessible et de grande rigueur, lisse et texturé. En quatre ans, on note que Gardot a appris tous les rouages du métier: le contrôle parfait d'une voix qui est une signature unique (ce vibrato n'a pas d'égal, générateur de frissons), la juste dose de sensualité scénique, la cohésion musicale, la part de mystère et d'aura dans la démarche. Grande classe, beaux moments.
Spalding brasse, avec brass
L'une terminait, l'autre commençait: de Wilfrid, direction Métropolis pour la très attendue Esperanza Spalding et la présentation de son Radio Music Society. Les deux chanteuses ne partagent pas grand chose musicalement — Spalding est nettement plus audacieuse. Mais leurs carrières suivent la même courbe d'une progression rapide et d'une reconnaissance qui touche au vedettariat.
Spalding en était aussi à une troisième salle à Montréal, après le Gesù en 2009 et le théâtre Maisonneuve l'an dernier. Mais le Métropolis était-il le bon choix pour le spectacle de vendredi? Pas certain. Vrai que le contenu musical de Radio Music Society mêle dans un même creuset jazz, soul et funk, et qu'on y trouve des chansons aux grooves capable de générer de l'électricité. Vrai qu'il y a là quelques hits potentiels (Black Gold).
Mais on n'a pas senti à l'intérieur du building la qualité d'écoute nécessaire pour pleinement apprécier le travail de Spalding. Très souvent, nous étions entre deux feux: musique pas tout à fait assez uptempo pour faire bouger le parterre, et pas tout à fait assez tranquille pour justifier de s'assoir. Alors? Mi-figue mi-raisin, et l'impression que le courant ne passait pas complètement — sauf à la toute fin, avec Radio Song.
En même temps, il y avait beaucoup à apprécier: des arrangements riches qui ne craignaient pas les accords bien jazz. Une section de cuivres qui claquait fort et bien. Une chanteuse et bassiste toujours captivante sur scène. Et un projet musical plein d'intérêt, qui demeure toutefois à resserrer.
Ninety Miles
Autre salle, autre projet intéressant: celui de Ninety Miles, présenté devant un Club Soda comble — et vite comblé. Sept musiciens sur scène, menés par David Sanchez (saxophone), Stefon Harris (brillant vibraphoniste) et Nicholas Payton (trompette). Musique moderne touchant au bop et au jazz latin, rythmes relevés, espace de création très ouvert permettant de longs solos finement développés, ce fut là du jazz brillamment déployé. Qu'a dit Harris à un moment? Ah oui: «we are feeling good up here tonight». Et ça s'entendait.











