33e Festival international de jazz de Montréal - Délits d’initié pour amateur de jazz
Le contrebassiste Ron Carter
Cela paraîtra idiot, voire cucul la pralinette, comme disent les sudistes paresseux qui fabriquent l’huile d’olive et non le « bering allemand », mais, puisque le 33e FIJM a pour commanditaire principal une banque, on dispose enfin du droit de commettre un délit d’initié au lieu de conjuguer les shows susceptibles d’offrir un bon rendement avec le sentimental coup de cœur d’ailleurs usé, vieilli, parce que trop souvent consommé par les gazettes et les radios-télés. Ouf !
D’autant que la pralinette d’en haut, elle rime avec quoi, avec qui ? Avec beaucoup de gentils mots en général, et le très sympathique « Pirouet » en particulier. On pense que le signataire de ces lignes est dans le champ, qu’il a fumé de la moquette ? Nenni ! À preuve, on va tracer la diagonale du fou. Entre quoi et qui ou entre qui et quoi ? Pirouet résume les qualités du « bering allemand ». Oui, oui, oui… Pirouet est l’étiquette allemande dont le siège social est situé à Munich.
Le géant des temps présents
Mais encore ? Cette étiquette a publié les chefs-d’œuvre conçus, réalisés, sculptés par le très immense pianiste Marc Copland, qui se produira le 4 juillet à compter de 18 h à L’Astral. L’inscription de son nom sur l’affiche du FIJM est notre premier délit d’initié. Si énorme, le délit, qu’il est à l’image de celui commis par Bernard Madoff. Pour dire les choses que l’on dit au ras des pâquerettes, la prestation de Copland est à ne pas manquer.
C’est grâce à l’excellent contrebassiste Adrian Vedady que Copland sera parmi nous. C’est lui qui l’a invité. Soit dit en passant, c’est sous le nom de Vedady que le show est inscrit. Bon.
Plus haut, on a qualifié Copland de pianiste « très immense » et non simplement immense. Il l’est véritablement, il l’est vraiment. Il l’est parce qu’au piano il a ceci d’extrêmement rare qu’il est poète. Autrement dit, tout ce qui relève de la physique, de la rythmique, de l’harmonique, est dépassé, transcendé.
On retrouve chez lui, ou plutôt on entend, ce petit quelque chose, cette nuance, ce souci de l’inédit, du singulier, qui distinguait Bud Powell, John Lewis, Don Pullen, Sonny Clark, sans oublier évidemment Thelonious Monk, des autres, des champions de la catégorie des mi-moyens.
Pour s’en convaincre, on vous prie d’écouter les trois volumes de la série d’enregistrements New York Studio Recordings publiée par Pirouet. Le premier a été réalisé en compagnie de Gary Peacock à la contrebasse et de Bill Stewart à la batterie, le deuxième avec Peacock et Paul Motian à la batterie, et le troisième avec Drew Gress à la contrebasse et Stewart. On vous suggère également le splendide Haunted Heart & Other Ballads avec Gredd et Jochen Rueckert à la batterie sur étiquette Hatology.
On vous l’assure : ces albums relèvent du grand art. C’est lyrique à souhait, sans jamais être racoleur. C’est très saisissant, ou plus précisément hypnotisant. C’est extrêmement délicat. C’est, enfin, très élégant, très fin, subtil. C’est pas compliqué, pour nous, Copland est le géant du piano-jazz des temps présents.
Délits en série
Le délit d’initié numéro 2, selon l’ordre chronologique du FIJM, est un docteur. Oui, oui, oui. Lonnie Smith est affublé du titre de docteur. En quoi ? On n’en sait fichtre rien. Enfin… on soupçonne qu’il s’est autoproclamé docteur de l’orgue, le B3.
Toujours est-il que Smith joue de cet instrument qui a ceci de bizarre qu’il ne laisse personne indifférent. Soit on adore le B3, soit on le déteste. Un jour, il est sur le devant de la scène, comme ce fut le cas dans les années 60 ; un jour il disparaît, comme ce fut le cas des années 70 aux années 2000.
En fait, Smith est le seul, ou le dernier représentant de cette époque dominée par Jimmy Smith. Par le style très funky, noir, pesant, sale, dans le bon sens du terme, que Smith imposa.
Le docteur Lonnie Smith, sans lien de parenté avec son illustre aîné, est au fond l’exécuteur testamentaire des petites œuvres modulées par ce dernier. Comme lui, Lonnie est un virtuose. Il l’est tellement qu’on peut avancer ceci : s’il y a un musicien sur terre capable de vous faire apprécier l’orgue, c’est bien lui. Au Upstairs les 1er et 2 juillet.
Le troisième délit réalisé à coups de débentures est un trio. Un trio dirigé par le contrebassiste Ron Carter. Quand on connaît ce monsieur, ce monsieur à qui l’on doit l’une des meilleures séries de la série Invitation en 33 ans, on sait que son trio rassemble des gens à son image, c’est-à-dire des virtuoses. Soit Russell Malone à la guitare et Donald Vega au piano. Ce dernier, c’est pas des blagues, a un petit quelque chose qui rappelle le style d’Oscar Peterson. Mettons qu’il n’y a pas l’ombre d’une paresse au bout de ses doigts. Au Club Soda le 2 juillet à compter de 18 h.
Les quatrième et cinquième délits sont tous deux pianistiques. C’est du deux par deux. Mais encore ? Deux duos. Le premier rassemble des instrumentistes inclinant pour le style classique, soit Bill Charlap et Renee Rosnes, qui se produiront le 2 juillet au Gesù à 22 h 30. Des artistes collant aux modes sonores établis par Tommy Flanagan, Hank Jones et Wynton Kelly.
L’autre duo s’annonce plus dynamique, plus vif, plus moderne. Il regroupe Joey Calderazzo et Aaron Parks qui, l’an dernier, a signé en compagnie de Joshua Redman un des trois meilleurs albums : James Farm. Ça risque fort d’être costaud, ce show qui se tiendra le 3 juillet au Gesù. À compter de 22 h 30.
Le dernier de nos délits d’initié s’appelle… Cedar Walton ! Mais lui, on en reparlera. En long comme en large.








