James Taylor: l’excellence enjouée
Il ne savait plus où se mettre le grand corps, James Taylor, dans le salon adjacent à la scène de Wilfrid: avoir pu, il se serait caché derrière le Miles Davis en bronze que venaient de lui remettre Alain Simard et André Ménard, en tant que récipiendaire 2012 du Spirit Award. Le tandem-en-chef du FIJM y allait franco dans le compliment, non sans raison, et notre homme ne trouvait à dire que ceci: «Qu’est-ce que je peux dire?» Dans son regard, on lisait une variante: «Quand est-ce qu’on joue?»
Une heure et demie plus tard, James Taylor s’amenait sur scène, Miles en main, remerciant «monsieur Alain et monsieur André» puis, objet déposé, démarrait One Man Parade. Autour de lui, une douzaine de vétérans musiciens et choristes dépareillés se lovait, cocon d’excellence enjouée. Tige déployée, tel un tournesol trouvant le soleil, le grand James souriait: l’image du bonheur en pied.
«Nobody’s playing parts», avait-il précisé au mini-point de presse qui suivait la remise du prix: «That means they have to listen...» En effet, la famille de musique de notre bon gaillard semblait fonctionner par télépathie. Ce n’était plus des modulations et des solos, mais des conversations animées, de sains débats invariablement résolus. Du savoir-jouer ensemble comme une forme de savoir-vivre.
On était heureux hier soir à Wilfrid comme un James Taylor (et les spectateurs de ce soir le seront pareillement), jouissant comme lui d’être en présence de tels musiciens, ces cuivres qui respiraient d’aise (dont «Blue» Lou Marini, le saxo des Blues Brothers), ce Steve Gadd qui est encore le plus souple batteur au monde, ce Dean Parks pas moins habile à la pedal steel pour Taylor qu’il le fut à la guitare pour Steely Dan, etc.
Chaque chanson était à la fois digne du souvenir que nous en avions et une expérience neuve, avec des risques dans les solos et des miracles dans les voix entremêlées. Ce n’était pourtant pas peu que de faire vivre sans les trahir les Carolina In My Mind, Handy Man, Sweet Baby James, Fire And Rain, Mexico, Shower The People et autres How Sweet It Is (To Be Loved By You).
C’est pourtant très exactement ce que réussissaient tout le temps Taylor et les siens, s’amusant à enrichir sans détourner, à amplifier sans exagérer, à allonger les finales sans jamais rien étirer. Fallait voir ce gand échalas de James se tortiller de plaisir, grimacer de joie, exalté comme nous l’étions par ce dont ses chansons se révélaient encore capables. À un moment, juré craché, il avait l’air du Miles en transe de la sculpture.








