Radiohead au Centre Bell – À la cour du Roi des membres
No Surprises, le groupe britannique a conquis Montréal une fois de plus en immergeant un aréna entier sous les résonnances envoûtantes de The King of Limbs.
Saturé de percussions polyrythmiques et de textures électroniques complexes du dernier opus The King of Limbs (2011, sortie indépendante), le concert de Radiohead au Centre Bell hier relevait davantage du paysage sonore que du rock d’aréna.
Mal formatée au lieu, la musique de Radiohead? Plutôt l’inverse: donnez même un stade aux musiciens britanniques, et ils l’absorberont tout entier dans leur virtuosité quasi autistique. Le Centre Bell, ils se le sont approprié, l’ont refait à leur image, l’ont enveloppé de la richesse de leur instrumentation. Plusieurs spectateurs se retournaient sur eux-mêmes pendant Idiotheque, cherchant à savoir d’où provenaient ces rythmes qui fusaient de toutes et de nulle parts à la fois.
Ce pouvoir immersif, cette intimité surprenante, les cinq Oxfordiens les doivent en partie à une scénographie qui épouse et augmente la portée de leur musique. Aussitôt le spectacle entamé avec Bloom, cinq écrans s’allument en haut de la scène, puis douze autres, à hauteur et à angle variables, se déploient en éclats de cristal au-dessus de la tête des musiciens. Leur intensité est telle qu’elles nimbent parfois le public entier de halos rouges ou verts.
Chaque écran diffuse un gros plan fragmenté: la main d’Ed O’Brien ou de Colin Greenwood glissant sur les frettes, le bâton de Phil Selway martelant la caisse claire, les doigts de Jonny Greenwood sprintant le long d’un clavier, les regards extatiques de Thom Yorke. Les projections rouge sang sur There There et l’éclatement épileptique sur Paranoid Android décuplent illusoirement la puissance sonore des interludes instrumentaux. Lorsque le son est décomposé sur un oscilloscope en arrière-scène durant Climbing Up the Walls, la voix de Thom Yorke devient un décor.
Le contraste est frappant lorsque, sur l’envoûtante Nude, les écrans se figent sur un tableau rappelant un Gustav Klimt version 2.0. Tout est en place pour le climax du spectacle. Thom Yorke tient le public en haleine lorsqu’il amorce sa montée, pousse sa grosse note avec force, puis atterrit tout en douceur. La foule se met à hululer un brin trop tôt alors que le groupe fait silence, et le spectacle prend des airs franchement fantomatiques. Tous les morceaux suivants s’achèveront sur une clameur assourdissante – même ceux de King of Limbs, acclamé par le noyau dur des fans, mais moins bien compris du vaste public.
Pour bien cadrer dans ce chaos visuel, les musiciens devaient essentiellement rester statiques. Feraient-ils autrement, de toute façon? On connaît davantage Radiohead pour sa discipline que pour sa fougue sur les planches. Mais lorsque décuplés et agrandis à l'échelle d'un aréna, chaque sourcillement, chaque crispation des maxillaires, deviennent infiniment plus expressifs que le headbanging, les cornes du diable et autres clichés du sex, drugs and rock ‘n’ roll.
Cette nouvelle scénographie marque probablement un tournant dans les rapports entre la musique de Radiohead et la technologie. Cette incursion dans l’esprit des musiciens permet en tout cas de saisir toutes les subtilités de l’obscur King of Limbs (littéralement, «Le Roi des membres»). Malgré l’ampleur du lieu, rarement Radiohead nous aura-t-il offert un passage aussi intime, aussi vrai.
Caribou contre la hausse
Tout le Québec est politique, peut-être plus que jamais. Le groupe écologiste 350 était invité par Thom Yorke pour mener sa campagne de sensibilisation contre les changements climatiques. À l’extérieur, des spectateurs entonnaient spontanément des refrains bien connus : «Charest, wouhou», «La loi spéciale…» Même le DJ ontarien Caribou a conclu sa première partie en remerciant les manifestants pour le combat qu’ils mènent contre la hausse des frais de scolarité. N’en déplaise à l’Université McGill, qui avait déplacé sa cérémonie de collation des grades au Centre Bell pour éviter les dérangements reliés aux manifestations, le mouvement étudiant a bel et bien fait son chemin jusqu’au Centre Bell hier.
Saturé de percussions polyrythmiques et de textures électroniques complexes du dernier opus The King of Limbs (2011, sortie indépendante), le concert de Radiohead au Centre Bell hier relevait davantage du paysage sonore que du rock d’aréna.
Mal formatée au lieu, la musique de Radiohead? Plutôt l’inverse: donnez même un stade aux musiciens britanniques, et ils l’absorberont tout entier dans leur virtuosité quasi autistique. Le Centre Bell, ils se le sont approprié, l’ont refait à leur image, l’ont enveloppé de la richesse de leur instrumentation. Plusieurs spectateurs se retournaient sur eux-mêmes pendant Idiotheque, cherchant à savoir d’où provenaient ces rythmes qui fusaient de toutes et de nulle parts à la fois.
Ce pouvoir immersif, cette intimité surprenante, les cinq Oxfordiens les doivent en partie à une scénographie qui épouse et augmente la portée de leur musique. Aussitôt le spectacle entamé avec Bloom, cinq écrans s’allument en haut de la scène, puis douze autres, à hauteur et à angle variables, se déploient en éclats de cristal au-dessus de la tête des musiciens. Leur intensité est telle qu’elles nimbent parfois le public entier de halos rouges ou verts.
Chaque écran diffuse un gros plan fragmenté: la main d’Ed O’Brien ou de Colin Greenwood glissant sur les frettes, le bâton de Phil Selway martelant la caisse claire, les doigts de Jonny Greenwood sprintant le long d’un clavier, les regards extatiques de Thom Yorke. Les projections rouge sang sur There There et l’éclatement épileptique sur Paranoid Android décuplent illusoirement la puissance sonore des interludes instrumentaux. Lorsque le son est décomposé sur un oscilloscope en arrière-scène durant Climbing Up the Walls, la voix de Thom Yorke devient un décor.
Le contraste est frappant lorsque, sur l’envoûtante Nude, les écrans se figent sur un tableau rappelant un Gustav Klimt version 2.0. Tout est en place pour le climax du spectacle. Thom Yorke tient le public en haleine lorsqu’il amorce sa montée, pousse sa grosse note avec force, puis atterrit tout en douceur. La foule se met à hululer un brin trop tôt alors que le groupe fait silence, et le spectacle prend des airs franchement fantomatiques. Tous les morceaux suivants s’achèveront sur une clameur assourdissante – même ceux de King of Limbs, acclamé par le noyau dur des fans, mais moins bien compris du vaste public.
Pour bien cadrer dans ce chaos visuel, les musiciens devaient essentiellement rester statiques. Feraient-ils autrement, de toute façon? On connaît davantage Radiohead pour sa discipline que pour sa fougue sur les planches. Mais lorsque décuplés et agrandis à l'échelle d'un aréna, chaque sourcillement, chaque crispation des maxillaires, deviennent infiniment plus expressifs que le headbanging, les cornes du diable et autres clichés du sex, drugs and rock ‘n’ roll.
Cette nouvelle scénographie marque probablement un tournant dans les rapports entre la musique de Radiohead et la technologie. Cette incursion dans l’esprit des musiciens permet en tout cas de saisir toutes les subtilités de l’obscur King of Limbs (littéralement, «Le Roi des membres»). Malgré l’ampleur du lieu, rarement Radiohead nous aura-t-il offert un passage aussi intime, aussi vrai.
Caribou contre la hausse
Tout le Québec est politique, peut-être plus que jamais. Le groupe écologiste 350 était invité par Thom Yorke pour mener sa campagne de sensibilisation contre les changements climatiques. À l’extérieur, des spectateurs entonnaient spontanément des refrains bien connus : «Charest, wouhou», «La loi spéciale…» Même le DJ ontarien Caribou a conclu sa première partie en remerciant les manifestants pour le combat qu’ils mènent contre la hausse des frais de scolarité. N’en déplaise à l’Université McGill, qui avait déplacé sa cérémonie de collation des grades au Centre Bell pour éviter les dérangements reliés aux manifestations, le mouvement étudiant a bel et bien fait son chemin jusqu’au Centre Bell hier.








