Loco Locass - Les métronomes de l’espoir

Le public avait hâte d’entendre les mots de Loco Locass dont les syllabes claquent et dont le sens fait s’activer les neurones.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le public avait hâte d’entendre les mots de Loco Locass dont les syllabes claquent et dont le sens fait s’activer les neurones.

«Toi, moi, nous, oui. » Oui, eux, nous et peut-être vous, étaient rassemblés hier soir sur la place des Festivals dans le cadre des FrancoFolies. Il en aura fallu du temps au trio rap Loco Locass pour qu’il revienne nous marteler du nouveau matériel à espoir. Plus de sept ans depuis leur dernier disque, Amour oral, leurs nouvelles pièces arrivaient comme un peu d’air frais dans un Québec qui a le coeur noué.

Clairement, après cette longue attente, le public avait hâte d’entendre des mots dont les syllabes claquent et dont le sens fait s’activer les neurones. Déjà, avant même le spectacle, la foule tapait sur des casseroles et scandait des slogans, du genre « Charest dehors, on va te trouver une job dans l’nord ».


Les fans de Biz, Batlam et Chafiik ont explosé aux premières notes de [wi], la première pièce de leur plus récent disque Le Québec est mort, vive le Québec ! À coups de « nous sommes le peuple et Charest est nu » et d’« on est plus que cinquante », Loco Locass jetait de l’huile sur le feu au grand plaisir des spectateurs, qui les ont remerciés tout au long de la soirée à coups sur les casseroles en guise d’applaudissement.


Les trois Loco Locass étaient un peu nerveux en début de concert, nervosité qui s’est rapidement transformée en émotion. Fallait voir la fierté dans les yeux de Biz sur le grand écran pour s’en convaincre. Les trois étaient vêtus d’une chienne de travail rouge à l’effigie du groupe d’étudiants L’École de la montagne rouge, à qui l’on doit plusieurs slogans et affiches du mouvement étudiant. Ces derniers ont d’ailleurs créé en direct des affiches et des t-shirts, distribués ensuite dans la foule.


Après les dynamiques La bataille des murailles et La trahison des marchands (qui ne profitaient pas d’une sono parfaite), Loco Locass a peut-être levé le pied un peu rapidement avec Kevin et Gaétan, un titre plus sombre sur le jeu compulsif. Mais les trois rappeurs ont vite refait monter les rythmes cardiaques avec Tous les jours, Le mémoire de Loco Locass et la vieille Maison et Idéal, alors qu’ils brandissaient un grand drapeau fleurdelisé épinglé d’un carré rouge.


Avec un doublé social Secondaire/M’accrocher ? fait sur mesure pour les adolescents, le groupe a entremêlé presque tous les titres restants de son dernier disque avec de vieux hits, comme Bonzaïon. « C’est l’avantage de jouer dehors, on peut faire de la fumée sans déranger personne ! », a lancé Biz.


 

Titre après titre, le groupe a martelé comme un métronome son appui aux étudiants et à ceux qui sont mécontents du climat politique actuel. «Allons-nous mourir en nains quand nous sommes des géants?», ont-ils demandé dans Les Géants, faite avant le rappel. 

 

C'est après de nouveaux coups de casseroles insistants que le groupe est remonté sur scène. Chafiik a galvanisé la foule avec un monologue où il a multiplié les slogans entendus dans les rues de Montréal et d'ailleurs dans la province. «C'est pas une loi spéciale qui va nous faire plier», «Crions plus fort pour que personne ne nous ignore», par exemple, avant de faire chanter la foule en choeur: «la loi spéciale / on s'en câlisse», pendant que sur scène les musiciens de Loco Locass prenaient le contrôle en transformant ce dernier slogan en un rock rétro que n'aurait pas renié Offenbach. 

 

Et en grande finale, le trio a fait monter sur scène nuls autres que Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds de la CLASSE, Martine Desjardins de la FEUQ et Léo Bureau-Blouin et Éliane Laberge, de la FECQ. Il restait encore au menu une certaine chanson entendue à satiété lors des manifestations, l'ineffable Libérez-nous des libéraux. Mais avant de la lancer, Batlam a fait s'asseoir toute la place des Festivals le temps d'une minute de silence. «C'est la fin d'un paradigme, aujourd'hui le Québec est mort...» Un silence formidable s'est abattu sur la foule pendant de longues secondes. «...Vive le Québec!» Et là les haut-parleurs ont fait rugir leur hymne, habilement et étonnamment mixée avec Smell Like Teen Spirit, de Nirvana. 

 

Après l'exultation de la foule, Biz a lancé «On peut-tu s'entendre que c'est la dernière fois qu'on la joue celle-là?» Un dernier coup de marteau sur le clou d'une soirée où le rouge n'était vraisemblablement pas celui du parti au pouvoir.

7 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 16 juin 2012 11 h 25

    Que d'émotions !

    Quelle belle énergie...

    Comparez ça avec ce qui émane du gouvernement Charest !!!

    Serge Grenier

  • Bernard Duplessis - Inscrit 17 juin 2012 10 h 31

    Fan de 55 ans!

    Hé oui! Je ne suis pas un fan de rap, mais je dois avouer que ça déménage. Les Locos sont à la fine pointe de leur art et de l'affaire politique et je voudrais les remercier pour leur implication politique (est-ce que le DGE est au courant?!!!). Ça brasse les émotions mais ça fait du bien de voir cette jeunesse debout.

    Fait à noter, c'est la première fois que le son d'un spectacle extérieur n'est pas trop fort! Pas de sub (extrème grave) inutile, mais je dois avouer que j'aurais aimer avoir le contrôle du volume... pour le monter un peu plus, ce qui aurait permis d'entendre et d'apprécier davantage les textes.;-)

  • Claude Poulin - Abonné 18 juin 2012 14 h 21

    La fin d'un cycle

    "Et la foule exulte". Décidément...! Claude Poulin Québec

  • René Girard - Inscrit 19 juin 2012 07 h 57

    Ça ce n'est pas le Québec

    Cette petite bande d'énervés qui défient une loi qui a été voté dans le respect des règles de la démocratie (et lâchez-moi avec votre argument à la con du gouvernement majoritaire qui était sûr de la faire passer) ne s'en prennent pas qu'à un parti au pouvoir mais à tout le système démocratique. On peut ne pas être d'accord avec une loi mais lorsq'elle a été adoptée on doit la respecter comme l'a fait Agnès Maltais qui s'est dissociée de l'invitation des Nadeau-Dubois et des Khadir à la désobéissance civile. Cette petite bande d'énervés pervertissent le sens de la réalité, parce qu'ils veulent renverser Charest ils le comparent à Hitler, parce qu'ils veulent renverser la démocratie ils disent que c'est une dictature. Et les médias de gauche alimentent cette perversion. Mais heureusement même si cette bande est tapageuse elle est très minoritaire au Québec et il faut rappeler que 70% des étudiants ne suivent pas les diktats anit-démocratiques de Biz et de Loco-Locass. Et que dire de la majorité des québécois qui ne vibrent pas du tout aux slogans haineux de cette petite bande d'écervelés.

    • Joey Hardy - Inscrit 19 juin 2012 10 h 45

      Quand une oligarchie possède les médias de toutes sortes, use de lobbyistes, de supposés groupes environnementaux (ils ne sont pas tous neutres), possède toutes les industries clefs de notre province et peut même influencer l'opinion publique, il n'y a plus beaucoup de différence entre cela et une dictature.

      Quand cette même oligarchie tente de nous convaincre que de voter une fois aux 5 ans est la seule manière de nous exprimer démocratiquement, quand on nous demande de tout cautionner ce que le gouvernement fait entre temps, ce n'est plus très loin d'une dictature.

      Je vous imagine tapant votre commentaire d'une main pendant que vous levez votre poing aux maudits jeunes. Je crois me rappeler que Socrate disait la même chose il y a quelque temps de cela...

      Effectivement, notre démocratie est désuète. Les élections à un tour, l'absence de processus pour destituer un élu, la proportionnelle qui tarde à être instaurée, etc.

      Pour finir, il faut savoir que de voter contre la grève étudiante ne signifie pas pour autant être d'accord ou en désaccord avec la hausse, mais simplement avec le moyen de contestation.

    • Bernard Duplessis - Inscrit 19 juin 2012 16 h 11

      Quel médias de gauche?