Metric, Synthetica - Le vrai, le faux
C’est la charmante chanteuse et parolière Emily Haines qui nous accueille. Veste de cuir sur les épaules, minijupe, cheveux blonds détachés, les pupilles contractées dans la lumière du jour. Mine de rien, tout ce décor révèle que, depuis le précédent disque Fantaisies, Metric joue maintenant dans les grandes ligues.
Souvenirs montréalais
Du statut de quatuor new wave canadien estimé mais encore mal connu, Haines, Jimmy Shaw, Joshua Winstead et Joules Scott-Key ont atteint celui de groupe qui joue dans les grands arénas un peu partout dans le monde et donne des entrevues chronométrées dans des hôtels où la clientèle ne porte pas vraiment le carré rouge.
Mais malgré tout le fla-fla, Emily Haines nous accueille avec une grande générosité. Bavarde, souriante, intéressée, elle assure aimer passer du temps à Montréal, où elle a étudié la musique électroacoustique à l’Université Concordia. « J’ai eu mon premier clavier Sequential Circuit Pro One ici, à Montréal, et j’en joue depuis le début de Metric, il y a 10 ans. Je l’ai utilisé sur tous mes disques. Quand le band a commencé à jouer, le son populaire était le rock garage. Mais notre vision était différente. C’était drôle à voir, les gens me disaient : “Tu ne peux pas faire ça avec ce clavier.” Mais maintenant, je suis contente, il y a beaucoup, beaucoup de synthétiseurs dans la musique aujourd’hui. »
Mardi sera lancé Synthetica, nouveau recueil de pièces efficaces, nerveuses, ondulantes. Le clavier un brin kitsch y est roi, mais sans qu’on y tombe dans le pastiche. Et les guitares ne sont pas si loin. « Dans le fond, Old World Underground était notre exploration du new wave, Live It Out était plutôt notre volet rock cru, et Fantaisies était fait de chansons pop. Ce Synthetica résonne vraiment comme toutes ces choses réunies. »
Fibres synthétiques
Le titre Synthetica évoque des vibrations électroniques, synthétiques. Une connotation peut-être négative ? « C’est vrai que synthétique égale faux, et qu’organique égale vrai, dit Haines. Mais ces synthétiseurs, par lesquels on est obsédés, ils ont tellement de charme qu’ils sonnent comme les plus “ humains ” des instruments. Il y en a un en particulier, tu dois quasiment lui donner une étreinte pour qu’il fonctionne. C’est de l’électricité, c’est de l’énergie qui se déverse au fond, si tu veux être philosophe ! »
Résultat, Synthetica jongle habilement entre le vrai et le faux, l’artificiel et l’organique, le passé et le futur. « Faire ce disque, c’était comme conduire un gros bateau. Comment on fait pour que ça ne dérive pas vers un pastiche, ou que ce ne soit pas trop froid ? C’était de ça qu’on parlait en studio. »
Encore une fois, c’est Emily Haines qui signe les paroles du disque. Et elle a l’impression de s’y dévoiler plus que jamais. « Ma façon de dire les choses, c’est mon art, ma signature, mais en même temps, le média qu’on utilise demande d’être clair. Souvent, Jimmy me disait : “ Je te connais depuis 15 ans et je ne sais pas du tout de quoi tu parles ! ” J’ai nettoyé les banalités, les gentillesses. Quand je chante “ I’m just as fucked up as they say ”, je t’assure que c’était pas comme ça dans la première version ! »
Metric a déjà commencé à la fin du mois de mai une tournée qui le fera abondamment voyager, avec des passages au Festival d’été de Québec le 14 juillet et à Osheaga à Montréal le 12 août. « En studio, on a beaucoup pensé aux spectacles. On n’allait pas enregistrer un disque qu’on ne pouvait pas jouer dans les stades, parce qu’on VA jouer dans des stades. Alors, on a écrit le script de ce qui va arriver. »








