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    La ruée vers Brahms

    9 juin 2012 |Christophe Huss | Musique
    Yannick Nézet-Séguin dirige l’Orchestre métropolitain à la Maison symphonique ce week-end.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Yannick Nézet-Séguin dirige l’Orchestre métropolitain à la Maison symphonique ce week-end.

    Intégrale Brahms

    Samedi 9 juin à 19 h 30 : Symphonies nos 1 et 2. Dimanche 10 juin à 16 h : Symphonies nos 3 et 4. Concerto pour violon (soliste Benjamin Beilman). Orchestre métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Maison symphonique de Montréal. Billets : 514 842-2112.

    Cette fin de semaine, la Maison symphonique de Montréal accueillera l’Orchestre métropolitain et Yannick Nézet-Séguin dans deux concerts, pour un parcours des symphonies de Johannes Brahms. La musique du compositeur allemand voit également arriver, au disque, une véritable nuée d’interprètes, avec pas moins de sept intégrales des symphonies et autant de nouvelles versions des sonates pour violon et piano, parues dans la dernière année !

    Kent Nagano a dirigé une intégrale Brahms il y a quelques années à Knowlton. Il reprendra la 1re Symphonie à Lanaudière le 4 août. Yannick Nézet-Séguin et le Métropolitain nous proposent le parcours complet samedi soir et dimanche après-midi. Com-me si cela ne suffisait pas, le concert de dimanche — Symphonies nos 3 et 4 —sera enrichi par la présentation du Concerto pour violon, avec en soliste Benjamin Beilman.


    Le Métropolitain, qui vient d’annoncer la spectaculaire nomination d’un nouveau président-directeur général en la personne de l’ex-chef de la direction du Comité olympique canadien, Jean R. Dupré, relèvera un défi quasiment sportif en matière de concentration et d’endurance.


    Le nouveau p.-d.g. sera vite mis dans le grand bain, lui qui avoue, dans une présentation sur le site Internet de l’orchestre, attribuer à la musique classique des vertus quasi thérapeutiques : « Mes parents m’ont initié tôt à la musique classique et, en période de stress, par exemple lors des cinq semaines de ma présence à différents Jeux olympiques, je n’écoute que de la musique classique […] C’est à la fois thérapeutique et réconfortant. »


    Philadelphie en position de tête


    En tout cas, Brahms doit réconforter l’ego des chefs d’orchestre, à en juger par la marée de nouvelles versions discographiques. Une telle con-jonction, en parallèle avec les concerts présentés cette fin de semaine, nous permet de nous pencher sur les grands courants et les nouvelles tendances en matière d’interprétation des quatre symphonies de Brahms.


    Grosso modo, les « prophètes » de Brahms au disque ont été les mêmes que ceux qui ont oeuvré à échafauder la discographie beethovénienne. On retrouve le même pionnier, Felix Weingartner, celui qui pourfendait la prise de pouvoir des chefs sur les compositeurs.


    Il faut rappeler qu’à l’épo-que, non seulement les chefs utilisaient les compositions pour faire des effets de manche, mais en plus ils allaient jusqu’à retoucher l’orchestration pour « mieux faire sonner » la musique. On dispose ainsi de symphonies de Schumann ou de Beethoven revues par Gustav Mahler. Plus près de nous, Stokowski et Mengelberg — qui ajoutait des trompettes dans l’orage de la Symphonie Pastorale de Beethoven — ont été deux « retoucheurs » notoires. On signalera, parlant de Stokowski, que, contrairement à Beethoven — où Weingartner fut le premier à tout « endisquer » —, la première intégrale Brahms vient de Philadelphie. Elle fut bouclée en avril 1933 par Stokowski, un chef né au moment où Brahms travaillait à sa 3e Symphonie. L’approche du chef est étonnamment sobre.


    Comme dans Beethoven, il y eut deux courants parallèles, européen et américain, qui s’ignoraient. Le grand cycle Brahms américain de l’après-guerre est celui du Philharmonique de New York avec Bruno Walter, en 1953. En Europe, Wilhelm Furtwängler et Eugen Jochum ont été, plus que Karl Böhm, les grands interprètes de Brahms. Une certaine vision de la manière allemande a ensuite été incarnée par Herbert von Karajan : on allait petit à petit vers un son plus massif et un ton plus solennel. Bernard Haitink à Amsterdam et à Boston et Carlo Maria Giulini à Vienne ont poussé cette esthétique à son aboutissement.

     

    Nouvelle vague


    Il y a 25 ans environ, les observateurs se sont rappelés que Brahms, à Meiningen, ne disposait que d’un orchestre d’une cinquantaine de musiciens. Les années 1990 ont donc vu l’arrivée de quelques enregistrements moins puissants et plus transparents, signés Charles Mackerras (Telarc), Neville Marriner (Haenssler) et Paavo Berglund (Teldec). Ce dernier, le plus iconoclaste, remet aussi en question quelques traditions. Par exemple, pourquoi le choral de cuivres de la fin de la 1re Symphonie devrait-il ralentir ? Ralentit-on parce que des cuivres jouent ? Les réponses de Berglund sont réfrigérantes, mais ses questions sont bonnes.


    Les années 2000 ont, hélas, amené une nouvelle marotte, puisque un chef-gourou, Roger Norrington, a fait des émules en affirmant que le vibrato des cordes serait apparu dans les orchestres au moment de la Seconde Guerre mondiale et qu’il conviendrait donc de jouer Brahms, Bruckner et Mahler sans vibrato. Cette pseudo-science péremptoire est en train d’être démontée — l’absence de vibrato est un effet expressif et non la norme d’exécution — mais elle a fait des dégâts et a suscité quelques-unes des nouvelles interprétations : Norrington ou Gardiner, par exemple.


    Alors que Christoph von Dohnanyi chez Signum et Mariss Jansons chez BR Klassik viennent de compléter deux très belles intégrales symphoniques traditionnelles — le premier dans la mouvance de Georges Szell, le second dans celle de Haitink —, deux chefs apportent une eau plus vive au moulin en poursuivant intelligemment le travail amorcé par Mackerras et Berglund. On pourrait dire qu’ils sont les tenants actuels du « Brahms dans l’air du temps », avec des tempos plus nerveux et un orchestre plus transparent. Il s’agit de l’ex-violoniste baroque Andrew Manze à Helsingborg (CPO) et de David Zinman à Zurich (RCA). Sans dogmatisme, mais de manière hélas parfois trop pressée, le premier joue sur les oppositions vibrato/non vibrato. Le second, lui, explore la veine de la transparence absolue, dans une manière plus incarnée que Berglund.


    Si vous connaissez vos classiques et désirez rafraîchir votre oreille brahmsienne, Manze et, surtout, Zinman offrent deux propositions intéressantes.

    Yannick Nézet-Séguin dirige l’Orchestre métropolitain à la Maison symphonique ce week-end. Johannes Brahms
     
     
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