Concerts classiques - Les misérables

Les misérables, un opéra de Rossini? Non: le spectacle millésimé 2012 de l'Atelier de l'Opéra de Montréal! Hélas, trois fois hélas, pour le qualifier, on oscille quelque part entre les adjectifs quétaine, déprimant et affligeant. Après une spectaculaire restructuration financière, ces soubresauts de misérabilisme artistique de l'Opéra de Montréal (après, par exemple, La bohème ou les costumes du Trouvère) commencent à faire peine à voir.

En théorie, l'Atelier de l'Opéra de Montréal est une antichambre à une vraie carrière de chanteur lyrique, censée rassembler les meilleurs diplômés et leur donner un vernis et un surcroît d'expérience. On se place donc à un niveau théoriquement supérieur aux spectacles estudiantins de McGill ou de l'Université de Montréal. Or cela fait plusieurs années que les spectacles de l'Atelier sont moins-disant que ceux des universités.

De cette décevante lignée, Le grand dîner représente probablement le tréfonds. Sur le plan de la proposition artistique, d'abord, le collage de Marie-Nathalie Lacoursière ne fonctionne pas du tout. Dans la première partie (la seule que j'ai accepté de subir), l'interpolation de textes préenregistrés et suramplifiés tient du bricolage vain et perturbant, dénué d'apport dramatique.

Alors que chez Rossini tout est rythme, le spectacle n'en a aucun. Le bouquet est de voir la première moitié s'achever non pas sur un ensemble «punchy», mais sur un air lent. Tout est plombé, morose et artificiel. Dans le genre «détail qui tue», on aura remarqué les éclairages jaunes au moment même où l'on parle du rouge du soleil couchant! Même la notice programmatique est ratée: elle n'indique ni les airs chantés, ni qui les chante.

Sur le plan vocal, on ne peut certes pas s'attendre à voir débouler en boucle des Marianne Fiset, Julie Boulianne, Étienne Dupuis ou Phillip Addis, mais quand — à l'exception notoire de l'excellente mezzo Emma Parkinson et de la basse invitée Tomislav Lavoie — on a une cuvée aussi médiocre, on ne la lance pas dans la haute voltige vocale rossinienne! Et tant qu'à économiser un orchestre et un chef, on pourrait s'assurer d'engager une Louise-Andrée Baril comme pianiste, le temps de parfaire la formation de Tina Chang avant de la mettre sur scène.

Je ne sais ce que vont devenir la stridente Frédérique Drolet et le monochrome baryton Jean-Michel Richer, incapable de vocaliser et à bout de voix après un air. Karine Boucher mérite d'être revue dans d'autres répertoires, mais la voix bouge déjà et, à profil quasi équivalent, Tracy Cantin, étudiante de McGill, est d'un tout autre calibre. Quant à Isaiah Bell, il n'est pas un ténor rossinien, manquant d'éclat et d'agilité. Là aussi d'autres répertoires le serviront mieux... peut-être.

Devant l'impressionnant dynamisme de celui de Québec, l'Opéra de Montréal est, hélas, en perte de vitesse à tous les étages, semble-t-il.
1 commentaire
  • François Desjardins - Inscrit 15 mars 2012 07 h 22

    Rangez donc votre scalpel incisif.

    Citation: [..] Dans la première partie (la seule que j'ai accepté de subir) ,[...]
    Vous n'êtes pas payé pour assister aux représentations...complètes?

    Vous pourriez en dire tout autant de ce que vous en dites et de manière moins incicive! Ce sont de jeunes personnes ne l'oubliez pas. Rangez donc votre scalpel incisif!

    Cerla dit, avec ce que l'on sait des exigences énormes qui attendent ceux qui prétendent à une carrière, il est inadmissible que de telles représentations ne donnent pas un maximum!