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Concerts classiques - Brûlant et tiède

Christophe Huss   23 février 2012  Musique

À retenir

    LES GRANDS CONCERTS
    Mozart: Symphonie n° 25, Requiem. Boulez: Le Soleil des eaux. Rayanne Dupuis (soprano, Boulez), Kimy McLaren (soprano, Mozart), Anita Krause (mezzo), Colin Ainsworth (ténor), Tyler Duncan (baryton), Chœur et Orchestre symphonique de Montréal, mercredi 22 février 2012. Reprice ce soir, samedi après-midi et samedi soir.
Maison symphonique comble pour quatre présentations du Requiem de Mozart, un programme pour lequel Kent Nagano a osé une distribution 100 % canadienne. En ce qui concerne la partition, le chef choisit la version traditionnelle complétée par Süssmayr, contrairement à Bernard Labadie, qui opte pour la révision de Robert Levin.

Mais, avant d'aborder la question du Requiem, il est important de ne pas évacuer la première partie. Le Soleil des eaux reste une des oeuvres les plus intéressantes de Boulez. On sent un début d'exploration des formes d'expression vocale, mais aussi une sorte d'obsession de la note imprévisible dans le solo de soprano, servi par la voix un peu creuse de Rayanne Dupuis.

Le bijou du concert fut la Symphonie n° 25 de Mozart. On a parfois dit de l'OSM qu'il était un orchestre «français» en Amérique du Nord. Faux: aucun orchestre français ne joue Mozart aussi bien, avec cette souplesse et fluidité, ces contrechants lumineux des bassons, ce moelleux presque impalpable des cordes en sourdine dans l'Andante. Le Trio du Menuet - un sextuor de vents - fut illuminé par la grâce. Nagano a de cette symphonie une vision plus élégante et articulée que tumultueuse et exaltée.

Dans le Requiem, quelques choses brouillonnes (orchestre du Benedictus) contrastaient avec la tenue de la symphonie. Dans la balance, j'aurais préféré une contrebasse de moins. Par ailleurs, la disposition du choeur en une masse écrasant l'orchestre me parle moins que la foule chorale en demi-cercle sur la scène (choix de Labadie dans Le Messie). Parmi les solistes, Kimy McLaren et Colin Ainsworth sortent du lot, Tyler Duncan étant un peu court en graves.

Mais la grosse question soulevée par ce que j'ai entendu est celle de la signification du texte. Chez Nagano (et son chef de choeur Andrew Megill) «Agnus Dei», ce sont trois syllabes égales. Sauf erreur de ma part, en latin et dans le sens religieux, le D de «Dei» est la chose qui devrait ressortir. Les exemples de ce type viennent par dizaines («Culpa rubet», «Voca me»): on entend trop souvent un texte lissé, laminé par des tempos rapides. Jeudi le Requiem a pris la poudre d'escampette dès le Recordare pour se replacer avant l'Hostias.

Qu'elle soit révoltée ou suppliante, il y a dans une oeuvre religieuse, même de Mozart, l'expression d'une attitude du croyant face à Dieu. Il n'y a pas lieu d'en faire une soupe romantique, façon Karajan, pas plus que de lisser l'expression à ce point et d'enlever à cette oeuvre ses magiques instants d'une humanité orante.
 
 
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  • Jacques Lalonde - Abonné
    24 février 2012 17 h 30
    Pourquoi écorcher les plus grands ?
    J'ai tellement souvent souligné la qualité de vos chroniques musicales que je crois que vous m'autoriserez une remarque en passant. Aujourd'hui vous écorchez au passage Herbert von Karajan dans son interprétation du Requiem de Mozart, "une soupe romantique" écrivez-vous sans autre commentaire. Dans le passé en vous référant à Anne-Sophie Mutter, vous utilisez le qualificatif de "mariole" comme cela en passant sans autre commentaire alors que vous vantiez les qualités de la jeune Julia Fischer. Une autre fois, mais peut-être aviez-vous cette fois raison, c'était au tour de Anna Netrebko d'être épinglée, cette soprano tellement séduisante dans la Traviata qu'on voudrait lui pardonner d'avoir pris du poids après sa grossesse et d'avoir négligé l'interprétation de d'autres personnages. Faut-il penser avec Maria Callas que plus un ou une artiste en donne, plus on continue d'exiger son dépassement et l'excellence toujours et à tout prix ? Je reconnais évidemment que votre tâche est la critique musicale, mais...

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net
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