Concerts classiques - Brûlant et tiède
À retenir
-
LES GRANDS CONCERTS
Mozart: Symphonie n° 25, Requiem. Boulez: Le Soleil des eaux. Rayanne Dupuis (soprano, Boulez), Kimy McLaren (soprano, Mozart), Anita Krause (mezzo), Colin Ainsworth (ténor), Tyler Duncan (baryton), Chœur et Orchestre symphonique de Montréal, mercredi 22 février 2012. Reprice ce soir, samedi après-midi et samedi soir.
Maison symphonique comble pour quatre présentations du Requiem de Mozart, un programme pour lequel Kent Nagano a osé une distribution 100 % canadienne. En ce qui concerne la partition, le chef choisit la version traditionnelle complétée par Süssmayr, contrairement à Bernard Labadie, qui opte pour la révision de Robert Levin.
Mais, avant d'aborder la question du Requiem, il est important de ne pas évacuer la première partie. Le Soleil des eaux reste une des oeuvres les plus intéressantes de Boulez. On sent un début d'exploration des formes d'expression vocale, mais aussi une sorte d'obsession de la note imprévisible dans le solo de soprano, servi par la voix un peu creuse de Rayanne Dupuis.
Le bijou du concert fut la Symphonie n° 25 de Mozart. On a parfois dit de l'OSM qu'il était un orchestre «français» en Amérique du Nord. Faux: aucun orchestre français ne joue Mozart aussi bien, avec cette souplesse et fluidité, ces contrechants lumineux des bassons, ce moelleux presque impalpable des cordes en sourdine dans l'Andante. Le Trio du Menuet - un sextuor de vents - fut illuminé par la grâce. Nagano a de cette symphonie une vision plus élégante et articulée que tumultueuse et exaltée.
Dans le Requiem, quelques choses brouillonnes (orchestre du Benedictus) contrastaient avec la tenue de la symphonie. Dans la balance, j'aurais préféré une contrebasse de moins. Par ailleurs, la disposition du choeur en une masse écrasant l'orchestre me parle moins que la foule chorale en demi-cercle sur la scène (choix de Labadie dans Le Messie). Parmi les solistes, Kimy McLaren et Colin Ainsworth sortent du lot, Tyler Duncan étant un peu court en graves.
Mais la grosse question soulevée par ce que j'ai entendu est celle de la signification du texte. Chez Nagano (et son chef de choeur Andrew Megill) «Agnus Dei», ce sont trois syllabes égales. Sauf erreur de ma part, en latin et dans le sens religieux, le D de «Dei» est la chose qui devrait ressortir. Les exemples de ce type viennent par dizaines («Culpa rubet», «Voca me»): on entend trop souvent un texte lissé, laminé par des tempos rapides. Jeudi le Requiem a pris la poudre d'escampette dès le Recordare pour se replacer avant l'Hostias.
Qu'elle soit révoltée ou suppliante, il y a dans une oeuvre religieuse, même de Mozart, l'expression d'une attitude du croyant face à Dieu. Il n'y a pas lieu d'en faire une soupe romantique, façon Karajan, pas plus que de lisser l'expression à ce point et d'enlever à cette oeuvre ses magiques instants d'une humanité orante.
Mais, avant d'aborder la question du Requiem, il est important de ne pas évacuer la première partie. Le Soleil des eaux reste une des oeuvres les plus intéressantes de Boulez. On sent un début d'exploration des formes d'expression vocale, mais aussi une sorte d'obsession de la note imprévisible dans le solo de soprano, servi par la voix un peu creuse de Rayanne Dupuis.
Le bijou du concert fut la Symphonie n° 25 de Mozart. On a parfois dit de l'OSM qu'il était un orchestre «français» en Amérique du Nord. Faux: aucun orchestre français ne joue Mozart aussi bien, avec cette souplesse et fluidité, ces contrechants lumineux des bassons, ce moelleux presque impalpable des cordes en sourdine dans l'Andante. Le Trio du Menuet - un sextuor de vents - fut illuminé par la grâce. Nagano a de cette symphonie une vision plus élégante et articulée que tumultueuse et exaltée.
Dans le Requiem, quelques choses brouillonnes (orchestre du Benedictus) contrastaient avec la tenue de la symphonie. Dans la balance, j'aurais préféré une contrebasse de moins. Par ailleurs, la disposition du choeur en une masse écrasant l'orchestre me parle moins que la foule chorale en demi-cercle sur la scène (choix de Labadie dans Le Messie). Parmi les solistes, Kimy McLaren et Colin Ainsworth sortent du lot, Tyler Duncan étant un peu court en graves.
Mais la grosse question soulevée par ce que j'ai entendu est celle de la signification du texte. Chez Nagano (et son chef de choeur Andrew Megill) «Agnus Dei», ce sont trois syllabes égales. Sauf erreur de ma part, en latin et dans le sens religieux, le D de «Dei» est la chose qui devrait ressortir. Les exemples de ce type viennent par dizaines («Culpa rubet», «Voca me»): on entend trop souvent un texte lissé, laminé par des tempos rapides. Jeudi le Requiem a pris la poudre d'escampette dès le Recordare pour se replacer avant l'Hostias.
Qu'elle soit révoltée ou suppliante, il y a dans une oeuvre religieuse, même de Mozart, l'expression d'une attitude du croyant face à Dieu. Il n'y a pas lieu d'en faire une soupe romantique, façon Karajan, pas plus que de lisser l'expression à ce point et d'enlever à cette oeuvre ses magiques instants d'une humanité orante.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

