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Vitrine du disque - 10 février 2012

Le Devoir   10 février 2012  Musique
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Classique
CHOSTAKOVITCH
Symphonie no 15. Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam, Bernard Haitink. RCO Live RCO 11003 (SRI).

Le bilan des productions phonographiques pilotées par les orchestres eux-mêmes est assez mitigé: dans l'ensemble, le répertoire très traditionnel se duplique souvent et l'absence de vrais directeurs artistiques se fait souvent sentir. Ainsi, les redites inutiles de Bernard Haitink sont légion. Certaines d'entre elles sont même catastrophiques, à l'image de la récente 4e Symphonie de Bruckner avec l'Orchestre symphonique de Londres. Tout au contraire, cette 15e Symphonie de Chostakovitch est un monument discographique; une vraie plongée dans les affres et l'angoisse existentielle du compositeur à l'orée de la mort. Seul Kurt Sanderling a su traduire avec autant de concentration la chape de plomb pesant sur Chostakovitch dans cette partition. Haitink égale le vieux maître, mais à la tête du plus bel orchestre du monde, servi par une prise de son parfaite... Un incontournable.

Chostakovitch: Symphonie 15, Finale


Christophe Huss


Country-rock
Bêtes lumineuses
Les Revenants
C4 / Sélect

Ceci n'est presque plus un disque, c'est quasiment un film. Ça tombe bien, Les Revenants ont intitulé leur premier disque Bêtes lumineuses, en clin d'oeil au documentaire de Pierre Perrault. Ne cherchez pas trop de liens avec la chasse, du moins pas au premier degré, mais le quatuor montréalais a créé avec cet album de fort belles ambiances. Les Revenants changent de visage de pièce en pièce, passant de la ballade country baignée d'écho (À l'oreille) au rock'n'roll des années 1960 (Ballade de meurtre) avec un détour par le western spaghetti (Firmament). Et, ô joie, le groupe mené par le chanteur Jimmy Beaudoin (un ex-Prostiputes) nous comble de cinq pièces instrumentales parsemées sur les 14 titres de Bêtes lumineuses, un choix qui nous rappelle les disques de Dany Placard. Le voyage n'en est que plus agréable ainsi. Dommage que les voix soient un peu noyées dans la poussière et l'écho du désert, mais bon, on lira les sous-titres.

Les Revenants: Beau danseur


Philippe Papineau



Psych-folk
THE LION'S ROAR
First Aid Kit
Wichita

Elles sont soeurettes et suédoises, Klara et Johanna Söderberg; on les dirait écloses à l'été 67, jeunes filles en fleurs, enfants d'Abba rêvant qu'elles sont Judy Collins et Joni Mitchell chantant Both Sides Now (leur chanson Blue ne s'appelle pas Blue pour rien), ou alors Emmylou Harris et June Carter Cash en amour. Elles ont d'ailleurs une chanson qui le dit, qui a pour nom Emmylou: «I'll be your Emmylou and I'll be your June / If you'll be my Gram and my Johnny too...» Allez écouter cette chanson-là, vous voudrez l'album après, et puisque c'est leur deuxième, vous rechercherez leur premier ensuite, j'en jurerais. Ces entrelacs d'harmonies dans les refrains de To a Poet et I Found a Way vous enlaceront comme ils m'ont enlacé, vous valserez au gré de ce folk-indie comme je me suis laissé emporter, vous baignerez si longtemps dans la douce psychédélie de Dance to Another Tune que vous en sortirez... tout ratatinés. Carrément des McGarrigle scandinaves. À la Sala Rossa le 3 avril.

First Aid Kit: Emmylou


Sylvain Cormier


Trad électro
Patrimoine irréel
Olivier
Scorbut

Le disque démarre, un instrument se met à slider, des effets étranges rappellent le gamelan, un violon quèbe entre en scène par la porte d'en arrière, tout finit par s'entremêler. «Et là, on peut dire que la viellée est startée», clame en boucle le regretté Louis Pitou Boudreault, passé dans la machine, comme son set carré. Du patrimoine irréel? Futuriste avec un fond d'histoire, un rappel des instruments traditionnels, des vielles voix, des folks plus tristes, des chansons à répondre, de la mandoline, du banjo et de l'harmonica. Mais il y a la manière, les effets atmosphériques, les coups de pieds électroniques, le métronome carré, le beat syncopé, les parfums d'ailleurs, le call surréaliste et le quadrille électro, hard et rythmé à la fois. La tendresse fait aussi sa place et l'électro est parfois plus discrète au début des pièces, mais les années 10 rattrapent les tempos. Et ce disque brillant est signé par un vrai porteur de traditions.

Olivier Soucy: Set Carré à Boudreault


Yves Bernard



Classique
BARTÓK
Sonates et Rhapsodies pour violon et piano. James Ehnes, Andrew Armstrong. Chandos CHAN 10705 (SRI).

James Ehnes a trouvé une vitesse de croisière en matière d'exposition discographique, jonglant avec les étiquettes Chandos et Onyx. Les projets dont Chandos n'est pas preneur trouvent place chez Onyx, par exemple l'exceptionnel concerto de Tchaïkovski, récemment, ou le parfait couplage Barber-Korngold-Walton. Chandos aussi a hérité de couplages idéaux: après les Concertos pour violon nos 1 et 2 de Bartók, associés au Concerto pour alto sur un seul CD, voici le programme chambriste bartokien idéal: les deux Rhapsodies, les deux Sonates, l'Andante en la majeur et même une mouture alternative d'un extrait de la 1re Rhapsodie: 80 minutes de violon aiguisé, parfaitement enregistré. Ehnes est resté fidèle à son partenaire, le pianiste Andrew Armstrong. Ce dernier n'est pas un foudre de guerre au chapitre de la variété de touchers, mais dans ce répertoire, cela importe peu.

Bartok: Rhapsodie 1


C. H.



Compilation
BEST OF
Johnny Hallyday
Mercury - Universal

Johnny s'en vient, j'en frétille et j'en frémis, mais qui d'autre se souvient de Johnny ici? Il y a un Centre Bell et des Plaines à remplir, un trou de plusieurs décennies à combler. Tout le monde s'y met: chez Warner, la multi du Johnny d'aujourd'hui, on pousse Autoportrait, nouvelle chanson, en téléchargement. Chez Universal, c'est-à-dire Philips, là où Johnny enregistra pendant plus de 40 ans, on complète le portrait avec une compilation en béton: à la Star Ac' dimanche dernier, assaut conjugué, Hallyday a chanté sa nouveauté et les essentielles de la compilation. On verra l'effet que ça aura. Ce «best of», cela dit, aurait pu mieux cibler le Québec: il fut un temps où Johnny alignait les succès dans nos classements, et les Jusqu'à minuit, Hey Joe, Le mauvais rêve, Mon fils, Ceux que l'amour a blessés, voire le duo J'ai un problème avec Sylvie Vartan, auraient été plus justifiés que Je te promets, J'oublierai ton nom ou Marie. Suggestion: Johnny les chante toutes sur YouTube.

Johnny Halliday: Avec le temps


S. C.



Musique métissée
Standing Out
Silk Road Music
Autumn Cloud Recordings

Qiu Xia He découvre le monde et le transforme un peu à partir de son instrument, le pipa chinois. Avec son complice André Thibault, guitariste, oudiste et d'origine québécoise, elle s'applique à explorer tous les allers-retours de la Route de la soie depuis Vancouver, où ils sont installés. Cette fois-ci, leur musique passe par l'Espagne, alors que plusieurs des pièces de ce disque sont inspirées par le flamenco. Le genre n'y est pas transmis dans sa forme traditionnelle et on l'évoque le plus souvent par des atmosphères, des rythmes ou des raclements de guitare qui s'entremêlent au son du pipa qui atténue le caractère dramatique. Avec quelques invités qui ajoutent des percussions et le erhu chinois, on lorgne un environnement original empreint de délicatesse orientale, de sautillements brésiliens, de l'intimité d'un bansuri indien, d'une rythmique moyen-orientale et même d'un blues à la fin. Belle trajectoire et joli résultat!

Silk Road Music: Passion's Promise

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