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Musique classique - 40 ans d'opérette au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Christophe Huss   4 février 2012  Musique
La soprano saguenéenne Marie-Ève Munger, que l’on voit ici sur la scène du Théâtre du Châtelet à Paris en 2010, interprétera le rôle féminin principal dans Les brigands d’Offenbach à Jonquière. Ses prochains engagements la conduiront à Saratoga, à Min-neapolis et à Aix-en-Provence.<br />
Photo : Source: Théâtre du Châtelet
La soprano saguenéenne Marie-Ève Munger, que l’on voit ici sur la scène du Théâtre du Châtelet à Paris en 2010, interprétera le rôle féminin principal dans Les brigands d’Offenbach à Jonquière. Ses prochains engagements la conduiront à Saratoga, à Min-neapolis et à Aix-en-Provence.

À retenir

    LES BRIGANDS
    Opéra-bouffe en trois actes de Jacques Offenbach, livret de Meilhac et Halévy (1869).
    Direction: Jean-Philippe Tremblay. Mise en scène: Éric Chalifour. Avec, entre autres, Éric Thériault, Marie-Ève Munger, Pascale Beaudin, Patrick Mallette, Joseph Rouleau et Renée Lapointe. Salle François-Brassard, Jonquière, du 9 au 11 février.
Cette semaine, du 9 au 11 février, Les brigands d'Offenbach seront à l'affiche, non pas de l'Opéra de Montréal ou de l'Opéra de Québec, mais de la salle François-Brassard du cégep de Jonquière! Ce spectacle de la Société d'art lyrique du Royaume marque les quarante années d'opérette au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Les brigands d'Offenbach à Jonquière, ce n'est pas du bricolage, c'est du sérieux! Et si l'opérette est jouée dans un cégep cette année, c'est parce que l'auditorium de Chicoutimi est en réfection. Sur la scène, Marie-Ève Munger, en transit entre New York et Paris, interprétera le rôle de Fiorella; Éric Thériault, celui de Falsacappa; alors que le vénérable Joseph Rouleau donnera sa caution et bénédiction à l'ensemble en incarnant le chef des carabiniers. La distribution affiche également Pascale Beaudin, Patrick Mallette et Renée Lapointe. Jean-Philippe Tremblay dirigera 20 chanteurs, 40 choristes et 20 instrumentistes de la région.

«Avec ce 40e anniversaire, tous les rêves sont permis, nous dit Martin Boucher, directeur artistique de la Société d'art lyrique du Royaume (SalR) depuis quelques mois. Nous travaillons à solidifier nos bases. Le conseil d'administration a été renouvelé et responsabilisé afin de trouver du financement d'entreprises à long terme.» Une entente avec la Ville de Saguenay permet à la SalR d'occuper une ancienne église, ce qui lui fournit un lieu pour ses bureaux et une salle de répétition, au sous-sol. La compagnie est modeste, avec un budget annuel de moins de 300 000 $. «180 000 $ seront investis dans la production des Brigands. C'est le mandat que l'on m'a donné, afin de revenir aux belles années de l'opérette à Chicoutimi», souligne Martin Boucher.

Le Carnaval et le maire Drapeau


Ces belles années, Guy Dion, instigateur de la tradition de l'opérette au Saguenay, interrogé par Le Devoir, s'en souvient bien. «Au départ il y a le Carnaval-souvenir de Chicoutimi, qui a débuté en 1960 et dont je suis devenu directeur en 1969. On m'a alors "garroché" la responsabilité des spectacles.» Quelqu'un a eu l'idée de monter une opérette. «Les débuts ont été difficiles. Il fallait trouver un metteur en scène. Personne ne voulait prendre la responsabilité du spectacle. Mais on a réussi à organiser les choses avec les membres de la société chorale d'Arvida, des employés d'Alcan, qui montaient régulièrement des spectacles avec des extraits d'opérettes.» C'est ainsi qu'en 1971 L'auberge du cheval blanc amorça une longue tradition. «L'accompagnement se limitait à deux pianos et tout le monde était bénévole. Mais le spectacle a semblé intéressant et les années suivantes, grâce à une équipe qui s'est investie dans ce projet, dont j'étais le surveillant et le pourvoyeur de fonds, ont fait qu'aujourd'hui puisse être présenté un 41e spectacle.», résume Guy Dion.

À ses débuts, Guy Dion fut aidé dans la promotion de l'opérette par l'invité d'honneur du Carnaval-souvenir de 1971: Jean Drapeau. «Il a bien aimé l'opérette en lançant des blagues à l'intention du député ministre Jean-Noël Tremblay, ministre des Affaires culturelles. Cela a créé une curiosité, une sympathie et un intérêt pour cette initiative et nous a amenés à pousser plus loin l'expérience.»

Dans les premières années, l'opérette était incluse dans le budget du Carnaval-souvenir avant de voler de ses propres ailes à partir de 1987 en tant que Société d'art lyrique du Royaume.

Une vraie tradition


En consultant les archives, on se rend compte que la SalR est héritière d'une tradition sans comparaison au Québec. La belle Hélène, La veuve joyeuse, La vie parisienne, Les mousquetaires au couvent et, même, L'étoile de Chabrier (en 1987) ont été vus dès ses 15 premières années d'existence. Depuis 1987, Offenbach est le compositeur le plus sollicité, mais les Saguenéens ont aussi pu entendre Boccaccio de Suppé, La chauve-souris de Strauss ou Les pirates de Penzance de Gilbert et Sullivan.

«Lors du Carnaval-souvenir, il y avait de 10 à 15 représentations de l'opérette. Toutes étaient remplies», se souvient Martin Boucher. Les organisateurs engageaient alors beaucoup d'étudiants qui jouaient pour presque rien. «Mais pour travailler de manière professionnelle, il faut commencer par faire appel à l'orchestre professionnel régional: celui du Saguenay-Lac-Saint-Jean», insiste le nouveau directeur artistique.

«Il y a eu des périodes de flottement quand le Carnaval-souvenir a arrêté ses activités, se souvient Martin Boucher, qui rend hommage à Jean François Lapointe. Il a été directeur artistique pendant six ou sept ans et nous lui devons le soutien du Conseil des arts et lettres du Québec.»

Après le départ de Lapointe, la jeune soprano Marie-Ève Munger, dans sa vingtaine, a pris les rênes de la manifestation. Très attachés à l'auditorium Dufour à Chicoutimi, les spectacles ont déménagé à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. «Il y avait du monde, mais on était passés de 900 places à 400 places.» En fait, «on est passés de l'engouement jusqu'au milieu des années 90 à une sorte d'accalmie», analyse Martin Boucher.

Parmi les riches traditions, il y avait l'apparition des «vedettes d'un soir» lors de galas, où un chanteur connu venait faire une apparition incongrue pendant la représentation. Maureen Forrester ou Louis Quilico sont ainsi venus chanter à Chicoutimi!

Partenariats

«L'idée en région est d'être très rassembleur. Les brigands sont une oeuvre idéale pour cela. Il y a beaucoup de rôles; nous avons remonté un choeur amateur, souligne le directeur artistique. Il faut travailler ensemble, pas faire nos petites affaires chacun de notre côté.» Afin de donner un nouveau souffle à l'une des seules compagnies en Amérique du Nord produisant annuellement une opérette, Martin Boucher veut intensifier les relations avec le Conservatoire, l'orchestre symphonique, le Centre régional des Jeunesses musicales du Canada, les compagnies artistiques et théâtrales du cru, voire des artisans régionaux qui pourraient être sollicités pour les décors, les costumes ou la technique.

Martin Boucher rêve de disséminer encore davantage l'expérience et l'expertise saguenéennes en matière d'opérette, par exemple à travers des projets en collaboration avec d'autres organisations culturelles du milieu artistique au Québec. «La production des Brigands peut très bien être offerte à d'autres, être présentée ailleurs. On ne peut pas partir en tournée, mais je n'exclus pas des collaborations, pourquoi pas avec l'Opéra de Québec? Les brigands pourraient très bien être donnés à Québec. Pour tout ce qui peut faire rayonner les artistes et la musique, dans des conditions professionnelles, je suis partant».
 
 
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