Jazz - Le soufflé au fromage de Chick Corea
Photo : Source: Concord jazz
Chick Corea
Bon, soyons aussi terre à terre que chronologique. Au cours de notre épicerie musicale, voilà qu'on aperçoit une pochette avec, dans le haut de celle-ci, trois noms propres imprimés. Ceux du pianiste Chick Corea, du contrebassiste Eddie Gomez et du batteur Paul Motian. Illico, on entend murmurer ceci: il s'agit d'un des derniers enregistrements du très, très regretté Motian.
Ensuite, la voix d'outre-tombe se manifeste sous la forme d'un rappel: Motian fut l'éclaireur rythmique de la fabuleuse aventure animée par la douceur stylistique de Bill Evans et coécrite par Scott LaFaro, le contrebassiste aux accents si calmes. Histoire de ne pas être en reste, le fantôme de la voix d'outre-tombe a surgi pour souligner à gros traits que Gomez accompagna Evans du milieu des années 60 au terme de la décennie suivante. Ils firent même une halte au Soleil levant, rue Sainte-Catherine. On se souvient d'ailleurs que... Philly Joe Jones était à la batterie!
Bien. On se saisit de la pochette. On constate qu'il s'agit d'un live enregistré au Blue Note de New York, propriété d'intérêts japonais. On lit le programme et on retient qu'ils «jousent» du LaFaro, du Evans évidemment, du Monk, du Duke Ellington, de célèbres standards et des compositions originales. On se dit: «ze raie-père-toît-reux!» Et le prix? Pas cher mon frère: moins de 20 $ pour un double.
On l'écoute? Très vite, on convient que Corea n'a pas gommé son principal défaut: il est bavard. Il cingle. Il rallonge. À chaque morceau, il en remet une louche. De quoi? De chapelets de notes inutiles. On n'a pas le temps de digérer telle note ou tel accord que hop! il déploie une rafale. Bref, rarement il nous laisse le temps d'apprécier. Bon. Comme on est lent du ciboulot, on décide de faire une pause.
On le réécoute en espérant être passé à côté de la plaque, comme cela arrive fréquemment. Pour Motian, on veut l'aimer, ce foutu album. Pour Gomez aussi. Et même pour Corea, car on a le souvenir ébloui de l'album qu'il avait enregistré en compagnie du contrebassiste Miroslav Vitous et du batteur Roy Haynes sur étiquette ECM dans les années 70.
Puis? L'espoir s'évanouit à l'image du soufflé au fromage. On prend une autre pause et... eurêka! On a compris: le trio ECM en tête, on a conclu qu'il est à son meilleur lorsqu'il est flanqué d'un producteur. Un Manfred Eicher. C"est dit!
Randy chez Dizzy
Grâce à Corea, c'est le cas de le dire, on a jeté notre dévolu sur le grand, l'immense, le beaucoup-trop-sous-estimé Randy Weston. Weston le plus africain des jazzmen nés aux États-Unis d'Amérique. Weston l'archéologue des musiques africaines, le gardien des musiques marocaines. Weston l'alchimiste du jazz et des musiques dont il est l'enfant.
De quoi s'agit-il? D'un live enregistré en 2009 au plus mal nommé des clubs new-yorkais: Dizzy's Club Coca-Cola. Associer Dizzy Gillespie, l'auteur de Salts Peanuts, le compositeur de Night in Tunisia, le trompettiste brillant, à une eau gazéifiée sucrée, c'est la faute de goût par excellence. Passons.
Toujours est-il que ce live, c'est le piano de Weston, les saxos de T. K. Blue, le trombone de Benny Powell, mort depuis, hélas, trois fois hélas! la contrebasse d'Alex Blake, les percussions de Neil Clarke, la batterie de Lewis Nash. Autrement dit, c'est Randy Weston and His African Rythms Sextet. Le titre? The Storyteller - Live at Dizzy's Club. L'étiquette? Motema. Le prix? 21 $ sans les taxes chez Archambault. HMV? On ne l'a jamais vu.
Bon (bis), on s'est régalé de bout en bout. Parce qu'il joue en public des pièces maîtresses de Spirit of Our Ancestors, ce chef-d'oeuvre publié par Gitanes/Verve, de Volcano Blues, dont il reprend le splendide Mystery of Love ou encore Khepera. Quoi d'autre? Il reprend un classique dont il est l'auteur et qu'une armada de jazzmen ont repris: Hi Fly.
Savez quoi? Le vieux Weston, l'ancêtre Weston, est beaucoup plus jeune, beaucoup plus moderne que Corea. Il est plus jazz. L'écouter, c'est délier le fil de la grande histoire du piano. C'est réaliser qu'il est l'héritier de ce courant qui, toujours au piano, débute avec Jelly Roll Morton, se poursuit avec Duke Ellington, se développe avec Thelonious Monk et se conclut avec... Weston.
La beauté de la chose, c'est que ce pan de l'histoire dont il est la dernière personnification avec Sonny Rollins, ce pan qui est au bout de ses doigts est rythmé par des mélopées qui invitent au voyage. Donc des rythmes qui dépaysent, qui aiguisent la curiosité, qui sont à des années-lumière de cet amas de productions dont l'académisme, et la froideur qui lui est intrinsèque, ébranle le jazz. Cet album est saisissant de bout en bout.
Tous à Frontenac
La maison de la culture Frontenac présente une série intitulée Les jeudis jazz. Le 9 février, le saxophoniste Samuel Blais sera accompagné de Paul Shrofel au piano, de Morgan Moore à la contrebasse et de Robbiue Kuster à la batterie.
Le 16 février, ce sera le tour de Zekuhl, voix, guitare et nkuu, qui sera flanqué de Guy Langue à la basse et d'Erik Hove au saxophone. Le 23 février, le saxophoniste et compositeur Pierre Labbé présentera sa suite Sacré tympan. Pour décliner cette suite convaincante comme hypnotisante, Labbé a fait appel aux services de Jean Derome et André Leroux aux saxophones, de Jean-Nicolas Trottier au trombone, d'Aron Doyle à la trompette, de Josiane Laberge et Mélanie DeBonville aux violons, de Jean René au violon alto, d'Émile Girard-Charest au violoncelle, de Bernard Falaise à la guitare électrique, de Guillaume Dostaler au piano électrique, de Clinton Ryder à la contrebasse et de Pierre Tanguay à la batterie.
Ensuite, la voix d'outre-tombe se manifeste sous la forme d'un rappel: Motian fut l'éclaireur rythmique de la fabuleuse aventure animée par la douceur stylistique de Bill Evans et coécrite par Scott LaFaro, le contrebassiste aux accents si calmes. Histoire de ne pas être en reste, le fantôme de la voix d'outre-tombe a surgi pour souligner à gros traits que Gomez accompagna Evans du milieu des années 60 au terme de la décennie suivante. Ils firent même une halte au Soleil levant, rue Sainte-Catherine. On se souvient d'ailleurs que... Philly Joe Jones était à la batterie!
Bien. On se saisit de la pochette. On constate qu'il s'agit d'un live enregistré au Blue Note de New York, propriété d'intérêts japonais. On lit le programme et on retient qu'ils «jousent» du LaFaro, du Evans évidemment, du Monk, du Duke Ellington, de célèbres standards et des compositions originales. On se dit: «ze raie-père-toît-reux!» Et le prix? Pas cher mon frère: moins de 20 $ pour un double.
On l'écoute? Très vite, on convient que Corea n'a pas gommé son principal défaut: il est bavard. Il cingle. Il rallonge. À chaque morceau, il en remet une louche. De quoi? De chapelets de notes inutiles. On n'a pas le temps de digérer telle note ou tel accord que hop! il déploie une rafale. Bref, rarement il nous laisse le temps d'apprécier. Bon. Comme on est lent du ciboulot, on décide de faire une pause.
On le réécoute en espérant être passé à côté de la plaque, comme cela arrive fréquemment. Pour Motian, on veut l'aimer, ce foutu album. Pour Gomez aussi. Et même pour Corea, car on a le souvenir ébloui de l'album qu'il avait enregistré en compagnie du contrebassiste Miroslav Vitous et du batteur Roy Haynes sur étiquette ECM dans les années 70.
Puis? L'espoir s'évanouit à l'image du soufflé au fromage. On prend une autre pause et... eurêka! On a compris: le trio ECM en tête, on a conclu qu'il est à son meilleur lorsqu'il est flanqué d'un producteur. Un Manfred Eicher. C"est dit!
Randy chez Dizzy
Grâce à Corea, c'est le cas de le dire, on a jeté notre dévolu sur le grand, l'immense, le beaucoup-trop-sous-estimé Randy Weston. Weston le plus africain des jazzmen nés aux États-Unis d'Amérique. Weston l'archéologue des musiques africaines, le gardien des musiques marocaines. Weston l'alchimiste du jazz et des musiques dont il est l'enfant.
De quoi s'agit-il? D'un live enregistré en 2009 au plus mal nommé des clubs new-yorkais: Dizzy's Club Coca-Cola. Associer Dizzy Gillespie, l'auteur de Salts Peanuts, le compositeur de Night in Tunisia, le trompettiste brillant, à une eau gazéifiée sucrée, c'est la faute de goût par excellence. Passons.
Toujours est-il que ce live, c'est le piano de Weston, les saxos de T. K. Blue, le trombone de Benny Powell, mort depuis, hélas, trois fois hélas! la contrebasse d'Alex Blake, les percussions de Neil Clarke, la batterie de Lewis Nash. Autrement dit, c'est Randy Weston and His African Rythms Sextet. Le titre? The Storyteller - Live at Dizzy's Club. L'étiquette? Motema. Le prix? 21 $ sans les taxes chez Archambault. HMV? On ne l'a jamais vu.
Bon (bis), on s'est régalé de bout en bout. Parce qu'il joue en public des pièces maîtresses de Spirit of Our Ancestors, ce chef-d'oeuvre publié par Gitanes/Verve, de Volcano Blues, dont il reprend le splendide Mystery of Love ou encore Khepera. Quoi d'autre? Il reprend un classique dont il est l'auteur et qu'une armada de jazzmen ont repris: Hi Fly.
Savez quoi? Le vieux Weston, l'ancêtre Weston, est beaucoup plus jeune, beaucoup plus moderne que Corea. Il est plus jazz. L'écouter, c'est délier le fil de la grande histoire du piano. C'est réaliser qu'il est l'héritier de ce courant qui, toujours au piano, débute avec Jelly Roll Morton, se poursuit avec Duke Ellington, se développe avec Thelonious Monk et se conclut avec... Weston.
La beauté de la chose, c'est que ce pan de l'histoire dont il est la dernière personnification avec Sonny Rollins, ce pan qui est au bout de ses doigts est rythmé par des mélopées qui invitent au voyage. Donc des rythmes qui dépaysent, qui aiguisent la curiosité, qui sont à des années-lumière de cet amas de productions dont l'académisme, et la froideur qui lui est intrinsèque, ébranle le jazz. Cet album est saisissant de bout en bout.
Tous à Frontenac
La maison de la culture Frontenac présente une série intitulée Les jeudis jazz. Le 9 février, le saxophoniste Samuel Blais sera accompagné de Paul Shrofel au piano, de Morgan Moore à la contrebasse et de Robbiue Kuster à la batterie.
Le 16 février, ce sera le tour de Zekuhl, voix, guitare et nkuu, qui sera flanqué de Guy Langue à la basse et d'Erik Hove au saxophone. Le 23 février, le saxophoniste et compositeur Pierre Labbé présentera sa suite Sacré tympan. Pour décliner cette suite convaincante comme hypnotisante, Labbé a fait appel aux services de Jean Derome et André Leroux aux saxophones, de Jean-Nicolas Trottier au trombone, d'Aron Doyle à la trompette, de Josiane Laberge et Mélanie DeBonville aux violons, de Jean René au violon alto, d'Émile Girard-Charest au violoncelle, de Bernard Falaise à la guitare électrique, de Guillaume Dostaler au piano électrique, de Clinton Ryder à la contrebasse et de Pierre Tanguay à la batterie.
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