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    Le crépuscule des dieux au Metropolitan Opera - Robert Lepage remporte son pari

    30 janvier 2012 |Christophe Huss | Musique
    Une scène du Crépuscule des dieux de Wagner, mis en scène au Metropolitan Opera par Robert Lepage<br />
    Photo: Source: Ken Howard/Metropolitan Opera Une scène du Crépuscule des dieux de Wagner, mis en scène au Metropolitan Opera par Robert Lepage
    Götterdämmerung (Le crépuscule des dieux)
    Opéra de Richard Wagner. Avec Jay Hunter Morris (Siegfried), Deborah Voigt (Brünnhilde), Ian Paterson (Gunther), Wendy Bryn Harmer (Gutrune), Hans-Peter König (Hagen), Waltraud Meier (Waltraute), Eric Owens (Alberich), etc. Choeur et Orchestre du Metropolitan Opera de New York, Fabio Luisi. Mise en scène: Robert Lepage. Décors: Carl Fillion. Costumes: François St-Aubin. Éclairages: Étienne Boucher. Vidéo: Lionel Arnould. Metropolitan Opera, vendredi 27 janvier 2012.
    Le Devoir à New York — C'était inévitable: quelques anti-Lepage se sont cotisés pour se payer la première du Crépuscule des dieux et venir huer le metteur en scène et son équipe d'Ex-Machina. Le phénomène est resté très minoritaire et ne devrait pas inquiéter Lepage et Peter Gelb, le directeur du Met qui a fait appel à Ex-Machina pour ce défi hors normes qu'est une mise en scène du Ring des Nibelungen de Wagner dans le plus conservateur des temples wagnériens. Car Lepage peut être fier de son Ring.

    Fier, parce que le travail est très cohérent sur l'ensemble du cycle. Fier, parce qu'il se fait sans chute de niveau ou de tension sur les 16 heures du parcours, contrairement au travail «concurrent» de la Fura dels Baus (Valence), plus exaltant dans ses réussites, mais, hélas, en dents de scie. Fier, parce qu'à une époque où l'on voit tout et n'importe quoi sur des scènes d'opéra, Lepage est resté fidèle à Wagner.

    Le coeur de la démarche de Lepage dans le Ring est l'utilisation de la technologie pour coller au plus près de l'imaginaire wagnérien. Lorsque j'ai eu de gros doutes sur la pertinence de telle ou telle scène, telle ou telle attitude — par exemple la passivité de Hagen dans la dernière scène du Crépuscule des dieux —, je suis retourné à la partition pour me rendre compte que Wagner lui-même l'avait voulu ainsi. Le Crépuscule comporte plusieurs images fortes de ce Ring, notamment la scène d'ouverture, où le tissage des Nornes dessine peu à peu l'image du frêne sacré. Le cheval Grane aussi est parfaitement réussi et, à la fin, la tête des dieux, devenus statues, éclate comme du pop corn.

    Points d'achoppement

    Ce qui a pu choquer les anti-Lepage, c'est peut-être la littéralité de cette absence d'intrusion. Que pense Lepage du Ring? Sans doute que c'est une riche histoire et un sacré défi scénique. Qu'en pense-t-il philosophiquement? Probablement laisse-t-il chaque spectateur faire le tri...

    L'autre point d'achoppement entre Lepage et certains spectateurs est la «machine», ce dispositif à pales qui configure toutes les scènes. Les cliquetis ont une nouvelle fois parasité des moments orchestraux importants. Dans l'utilisation de ladite machine, je voudrais être sûr qu'il n'y a pas d'inutiles effets de «chorégraphie des pales». Pour moi, au début de l'acte III du Crépuscule, il vaudrait mieux que le dispositif soit déjà réglé afin de laisser le spectateur se concentrer sur la musique.

    Car la musique est somptueuse. Fabio Luisi, qui a pris ce Ring en marche, est un wagnérien fascinant, qui conjugue dramatisme et esprit analytique. Sa maîtrise de la partition est aussi stupéfiante que celle de Levine, mais relève d'une esthétique très différente. Autre perle inattendue, Jay Hunter Morris, ce Siegfried un peu nasillard (il est Texan!) totalement forgé pour ce rôle. Morris a fait s'esclaffer la salle en faisant un petit coucou de la main aux Filles du Rhin. Devant le public qui l'ovationnait, il est aussi allé remercier en premier lieu le souffleur.

    Deborah Voigt semblait être entrée sur scène pour en découdre avec les sceptiques qui avaient fait la fine bouche devant sa prestation dans Siegfried. Cette adrénaline et cette exaltation ne l'ont pas quittée. Mais l'homme de la soirée fut Hans-Peter König en Hagen, rejoignant toutes les plus grandes légendes de l'histoire dans ce rôle de méchant. Le reste du plateau est à la hauteur des défis d'un Ring du Met, dont le choeur d'hommes est renversant de puissance.

    Rendez-vous le 11 février au cinéma. Soyez prévenus: le spectacle commencera à midi et finira à 17h50!












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