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Jazz - La musique du fléau

Serge Truffaut   28 janvier 2012  Musique
Ave! Bon, le groupe The Flail, soit Le Fléau, ça vous dit quelque chose? Non? Nous non plus. Mais lorsqu'on a vu que le nom de cet orchestre, aux accents guerriers, était surmonté de la précision «Live at Smalls», on a concocté une OPA agressive sans le soutien financier d'un fonds spéculatif. Moyennant l'observation des vertus inhérentes à la valeur marchande, on l'a acquis. C'est dit!

On s'en est emparé parce que qui dit Live at Smalls dit label de qualité. Depuis que ce dernier s'est signalé à nous, soit il y a moins de deux ans, les albums publiés là n'ont jamais déçu. On répète, mais autrement, jamais on n'a transformé le CD à des fins combustibles. Aucune des musiques proposées n'est indigeste.

Après cette introduction abracadabrantesque, soyons sérieux... enfin, on va essayer. Le modèle d'affaires de Smalls est clair comme de l'eau de roche arctique: les enregistrements proposés ont tous été effectués dans le cadre du club Smalls situé au 108 West 10th Street à New York, soit à 16 pas de l'hôpital-asile où Edgar Allen Poe fit un long séjour et à 42 pas de la White Horse Tavern, où le poète Dylan Thomas a ingéré divers liquides. Des live, rien que des live.

En découdre

Au terme des 23 albums jusqu'à présent produits, un constat s'impose: Live at Smalls est au jazz d'aujourd'hui ce que Blue Note fut dans les années 40 et 50. Oui, oui, oui! Il en est ainsi parce qu'à l'instar de son illustre aîné, Smalls se distingue profondément par ceci: son jazz dynamise le jazz d'aujourd'hui. Il le secoue avec un enthousiasme, une fébrilité, un volontarisme permettant d'avancer ceci: il éloigne le jazz du danger qui parfois le guette, soit l'académisme.

Arrêtons-nous à deux noms propres. En son temps, Blue Note avait pris sous son aile une formation aujourd'hui aussi connue qu'appréciée: The Jazz Messengers. Les Messagers du jazz, il faut le rappeler, avaient un programme ou, plus exactement, avaient composé un manifeste. Ils étaient contre. Quoi? Un certain ronron, un certain académisme. Si The Flail ne partage pas la lettre des Messengers, il en partage l'esprit. Comme la bande du très regretté Art Blakey, The Flail aime bien en découdre, décaper sans jamais tomber dans l'austérité, l'ardu. Bien au contraire. Sa musique est très vivante, rafraîchissante. Elle est surtout, on le souligne, très dynamique.

Par le jeu, il va sans dire, des instrumentistes et le choix du programme. Celui-ci, comme c'est très souvent le cas avec les autres disques, est fait uniquement de compositions originales. Les auteurs? Le trompettiste Dan Blankinship, le saxophoniste ténor Stephan Moutot, le pianiste Brian Marsella, le contrebassiste Reid Taylor et le batteur Matt Zebroski.

Ce disque, ce que font les membres de The Flail, résume à merveille ce que la garde montante du jazz new-yorkais entendait faire: prolonger l'histoire du jazz. The Flail est synonyme de musique d'enfer! Notez enfin que l'on peut entendre des extraits sur le site, par ailleurs très riche, de Smalls.

En rafale


Soyons un tantinet économiste. Dans son édition du 24 janvier, The Financial Times nous apprend que le chiffre d'affaires inhérent à la vente de musique en ligne a enregistré une hausse marquée de 8 % pour se fixer à 5,2 milliards. Cette augmentation a permis de compenser, en partie, une autre réduction du revenu découlant de la vente de CD. Fait à noter, en 2011 aux États-Unis, les ventes en ligne ont excédé les ventes de compacts. À la suite de cette performance, les analystes interrogés par le Financial Times s'attendent à ce que le point d'inflexion soit atteint en 2013, au bénéfice, notamment, du iTunes d'Apple.

Restons économiste. La société française Harmonia Mundi, qui enregistre quantité d'artistes mais qui surtout distribue un nombre impressionnant d'étiquettes, dont du jazz, a décidé de s'implanter en Amérique du Nord. Au Québec, cette compagnie s'est associée à Six Media Marketing, fondée il y a trois ans par un vétéran du milieu: Simon Fauteux.
 
 
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