Déballage de la dernière chance
Certains ont une mince pellicule de poussière sur la pellicule de plastique: mauvais signe. Le destin des disques pas déballés de l'automne est cruel: perdus dans la cohue, tablettés au bout de la tablette, ils étouffent en silence dans leur cello scellé comme dans un sarcophage de pharaon jamais né. Janvier venu, fatalement, finalement, je les vois. Ils sont bien cinquante, mes laissés-pour-compte. Encore neufs et déjà si vieux. Sûr et certain, il y en a des bons, dans le lot. Allez, c'est parti pour le déballage de la dernière chance.
Essayons celui-là, tiens, le nom du groupe fait trop sixties pour ne pas me plaire. Le Chelsea Beat, que ça s'appelle (label Killer Diller). Googlons pour voir: évidemment, ils ont leur page Facebook: «groupe garage mod freakbeat de Montréal», dit le profil. Le chanteur a un nom ronflant: Pat Météor. Entrevues à CISM, bonne critique à Bande à part, l'ami Sébastien Desrosiers est un fan. Bon signe. Dès les premières mesures de Taj Mahal noir, on est fixé: ces gars-là ont décidé que vivre en 1967 tout le temps, ça se peut. Et c'est vrai: ça se peut. Question d'autosuggestion et d'étourdissement par le bruit. C'est même pas original et ça s'en contrefout, j'entends Arnold Layne de Pink Floyd en trame de fond de leur Taj Mahal, et We Gotta Get Out of This Place des Animals dans Si tu reviens chez moi, et pourquoi pas? Ça groove, ça grince, c'est même pas rétro tellement c'est leur présent. Cliquons: j'aime.
Et qu'avons-nous là? Un barbu sur la voie ferrée, grosse caisse dans une main, guitare dans l'autre. They Call Me Rico est son nom d'artiste. Pas Rico tout court. They Call Me Rico. En vérité, c'est Frédéric Pellerin, le chanteur des Madcaps, mais avec l'autre Fred Pellerin qui couvre tout le terrain d'ici à Saint-Élie, un Rico au lieu d'un Frederico, ça distingue. L'escapade hors Madcaps est l'occasion pour notre gaillard de jouer tout seul ce qui lui plaît, majoritairement des reprises de bon cru: Buckets of Rain de Dylan, Blind Love de Tom Waits, de l'Elvis, du T. Rex, et ainsi de suite. Quand je dis tout seul, c'est tout seul: en prise directe, façon homme-orchestre baignant dans l'écho estampillé Sun 1954. Ça renvoie au dernier John Mellencamp, enregistré à partir d'un seul micro, dans la même mouvance de retour à l'origine. Pas mal du tout, dans le genre: Blue Moon of Kentucky est un peu trop copié-collé, mais dans Fortune Teller, on touche à la vérité première de l'homme. C'est à l'enseigne de Voxtone Records.
Et dans ce coin-là? Ah oui, j'avais une petite pile Brassens que je réservais pour un complément au gros papier sur l'intégrale en 19 disques du bon Georges. Crotte, j'ai oublié. Faut dire que c'est une petite pile de deux disques. Il y a d'abord le Brassens d'abord! de Jean Custeau, avec Pierre Olivier Ouellet à l'accordéon (indépendant). Un hommage fort digne, pas loin de l'imitation, mais agréable de bout en bout: qui plus est, Custeau s'est fendu d'une musique à lui, manière Brassens forcément, pour un poème laissé en plan par le maître: L'orphelin. Travail louable d'un passionné, c'est clair. L'autre disque est un collectif de chez Formulette Productions au titre explicite: Brassens chanté par... C'est la bande de Debout sur le zinc, avec Agnès Bihl que nous connaissons bien, Les Ogres de Barback et compagnie. La valeur varie selon l'audace de l'approche: à la différence de Custeau, ici, moins ça sonne Brassens, mieux c'est. La palme va à Debout sur le zinc, dont la relecture des Passantes confine au western-spaghetti. Le bon, la brute et le Brassens.
Bigre, c'est déjà la fin du papier. Et tous les autres?
Essayons celui-là, tiens, le nom du groupe fait trop sixties pour ne pas me plaire. Le Chelsea Beat, que ça s'appelle (label Killer Diller). Googlons pour voir: évidemment, ils ont leur page Facebook: «groupe garage mod freakbeat de Montréal», dit le profil. Le chanteur a un nom ronflant: Pat Météor. Entrevues à CISM, bonne critique à Bande à part, l'ami Sébastien Desrosiers est un fan. Bon signe. Dès les premières mesures de Taj Mahal noir, on est fixé: ces gars-là ont décidé que vivre en 1967 tout le temps, ça se peut. Et c'est vrai: ça se peut. Question d'autosuggestion et d'étourdissement par le bruit. C'est même pas original et ça s'en contrefout, j'entends Arnold Layne de Pink Floyd en trame de fond de leur Taj Mahal, et We Gotta Get Out of This Place des Animals dans Si tu reviens chez moi, et pourquoi pas? Ça groove, ça grince, c'est même pas rétro tellement c'est leur présent. Cliquons: j'aime.
Chelsea Beat - Taj Mahal Noir
Et qu'avons-nous là? Un barbu sur la voie ferrée, grosse caisse dans une main, guitare dans l'autre. They Call Me Rico est son nom d'artiste. Pas Rico tout court. They Call Me Rico. En vérité, c'est Frédéric Pellerin, le chanteur des Madcaps, mais avec l'autre Fred Pellerin qui couvre tout le terrain d'ici à Saint-Élie, un Rico au lieu d'un Frederico, ça distingue. L'escapade hors Madcaps est l'occasion pour notre gaillard de jouer tout seul ce qui lui plaît, majoritairement des reprises de bon cru: Buckets of Rain de Dylan, Blind Love de Tom Waits, de l'Elvis, du T. Rex, et ainsi de suite. Quand je dis tout seul, c'est tout seul: en prise directe, façon homme-orchestre baignant dans l'écho estampillé Sun 1954. Ça renvoie au dernier John Mellencamp, enregistré à partir d'un seul micro, dans la même mouvance de retour à l'origine. Pas mal du tout, dans le genre: Blue Moon of Kentucky est un peu trop copié-collé, mais dans Fortune Teller, on touche à la vérité première de l'homme. C'est à l'enseigne de Voxtone Records.
They Call Me Rico - Fortune Teller
Et dans ce coin-là? Ah oui, j'avais une petite pile Brassens que je réservais pour un complément au gros papier sur l'intégrale en 19 disques du bon Georges. Crotte, j'ai oublié. Faut dire que c'est une petite pile de deux disques. Il y a d'abord le Brassens d'abord! de Jean Custeau, avec Pierre Olivier Ouellet à l'accordéon (indépendant). Un hommage fort digne, pas loin de l'imitation, mais agréable de bout en bout: qui plus est, Custeau s'est fendu d'une musique à lui, manière Brassens forcément, pour un poème laissé en plan par le maître: L'orphelin. Travail louable d'un passionné, c'est clair. L'autre disque est un collectif de chez Formulette Productions au titre explicite: Brassens chanté par... C'est la bande de Debout sur le zinc, avec Agnès Bihl que nous connaissons bien, Les Ogres de Barback et compagnie. La valeur varie selon l'audace de l'approche: à la différence de Custeau, ici, moins ça sonne Brassens, mieux c'est. La palme va à Debout sur le zinc, dont la relecture des Passantes confine au western-spaghetti. Le bon, la brute et le Brassens.
Debout sur le zinc - Les passantes (Brassens)
Jean Custeau - L'orphelin (Brassens)
Bigre, c'est déjà la fin du papier. Et tous les autres?
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