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Les cinq meilleurs spectacles francophones en 2011 - Au paradis de la sudation

Sylvain Cormier   30 décembre 2011  Musique
Vanessa Paradis a cette voix impossible de fillette-femme qui rend fou.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Vanessa Paradis a cette voix impossible de fillette-femme qui rend fou.
Notez: il n'y a pas dans ce palmarès de spectacles vus aux FrancoFolies de Spa, le seul festival européen où l'on trouve encore le moyen — merci, Wallonie-Bruxelles Musiques — de m'inviter. Au journal, on a préféré privilégier les soirées où vous aussi étiez là, ce qui est bien normal. Petite conséquence, j'ai élu les champions ci-dessous à partir d'une liste de candidats nettement plus courte qu'avant: les artistes francos des vieux pays se font rares sur nos rives, voilà le hic. Quand reverra-t-on les Florent Marchet, Arnaud Fleurent Didier, Daphné? Commençons tout de suite le lobby. En attendant Johnny.

1- Vanessa Paradis à la PdA (Montréal en lumière). Vanessa Paradis, je ne l'avais jamais à ce point compris, peut-être parce qu'il s'agissait de son spectacle le plus humainement accessible, acoustique et tout, est à la fois une vraie personne et une star. Avec une aisselle gauche moite de star (j'étais assis très près). Elle est à la fois Drew Barrymore, Marlene Dietrich et Bardot période Harley-Davidson, la Vanessa, et ça ne lui fait pas un pli. En plus, elle a cette voix impossible de fillette-femme qui rend fou. En plus, elle chante juste. En plus, elle a du goût. En plus, elle ne travaille qu'avec des génies de l'arrangement, c'est vrai depuis Gainsbourg et Lenny Kravitz et -M-, et ça se vérifiait encore à Wilfrid avec Albin de la Simone. C'est dire à quel point c'était bon. Au paradis de la sudation.

2- Serge Gainsbourg & Jane via le Japon au Métropolis. Jane nous aime, nous aimons Jane, c'est entendu. Avec un quatuor de virtuoses du jazz japonais et musiciens japonais cette fois-ci? Eh oui. Ça vous rajeunissait le Gainsbourg, ça monsieur. A-t-elle jamais mieux chanté, l'ex-fan des sixties petite baby doll? Elle s'est appliquée comme jamais, notre Jane. L'occasion était belle, rare, unique, et Jane Birkin voulait que tout soit parfait et beau. Et c'était beau et parfait. Sauf pour le coup du passeport perdu le matin du spectacle, évidemment.

3- Daran au Lion d'or. Ça ne comptait pas, je n'avais pas apporté de bloc-notes, c'était pour casser les chansons de son prochain disque avec ses musiciens québécois. Il les a toutes jouées, et on a les toutes reçues dans le plexus, presque aussi instantanément familières et bonnes à étreindre que son hymne national Dormir dehors, qu'il a redonné pour dire merci. Daran ne sait pas s'économiser, ses gars non plus. Ce ne sera pas meilleur à la première en 2012, pas moins formidablement bon non plus.

4- Maurane à L'Astral. Un peu beaucoup la Ginette Reno des Belges, Maurane est surtout aimée parce qu'elle est Maurane, à savoir: vive, marrante, rayonnante, bouleversante quand elle veut. L'entendre et la voir mordre dans le verbe cru et les rimes riches du taureau toulousain était l'aimer plus encore: enfin de la viande. Certes, elle a inséré dans le programme ses quelques succès, mais c'est quand elle s'extirpait le Nougaro du fin fond d'elle-même qu'elle passait d'interprète naturellement douée à interprète supérieurement inspirée. Et accomplissait son destin.

5- Albin de la Simone à L'Astral (Montréal en lumière). Le pur boni de la programmation. L'aire de jeu d'un drôle de cinéma. En première partie, sur bande préenregistrée, les trames sonores qu'Albin a composées pour des films qui n'existent pas. Fascinante expérience. Le concert en solo pour voix et piano électrique Wurlitzer de la seconde partie n'était pas moins cinématographique: le cher Albin, en plus d'être un mélodiste franchement épatant, sait fichument bien raconter, cultivant le second degré avec le même bonheur que le doux-amer. Il cultive aussi les amis, et nous étions tous là.
 
 
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