Les dix meilleurs disques classiques de 2011 - De plus en plus d'artistes d'ici chez les grands
Le fait artistique important de l’année phonographique classique 2011 est l’abondance quantitative, plus que qualitative, de parutions à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Liszt. Notre palmarès matérialise également la présence grandissante d’artistes québécois de très haut niveau sur le marché international du disque.
1. Bach: Concertos pour clavier et orchestre. Alexandre Tharaud, Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Virgin 50999 087109 2. Pourquoi se gêner? Puisqu’un disque d’un ensemble québécois est dans notre top 10 international, plaçons-le en tête. Ce CD Bach aux articulations millimétrées fera sans doute beaucoup pour la notoriété internationale des Violons du Roy, qui reviennent d’une triomphale tournée française, justement avec Alexandre Tharaud. Les nuances infinitésimales, le son tempéré du pianiste, font naître une atmosphère quasi hypnotique. Tharaud nous a également donné en 2011 un superbe disque de sonates de Scarlatti.
2. Haendel: Streams of pleasure. Airs et duos. Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux, Il Complesso barocco, Alan Curtis. Naïve V 5261 (Naxos). Un bonheur ne vient jamais seul: nous adjoignons au tandem Tharaus-Labadie cette consécration de deux grandes chanteuses québécoises dans l’une des nouveautés phares de la rentrée discographique d’un éditeur à résonance internationale. Le tandem Gauvin-Lemieux est gagnant-gagnant: les deux collègues s’apprécient, leurs voix se marient parfaitement, leur niveau vocal est identique et elles parviennent à une émulation synergique.
3. Liszt: Harmonies du soir. Nelson Freire (piano). Decca 478 272 8. Devant l’afflux de pianistes engagés pour leur sex-appeal ou leur capacité à ouvrir des marchés, voir que Decca reste fidèle à Nelson Freire rassure quelque peu. Le retour sur investissement se matérialise, pour l’éditeur, par le plus fascinant disque Liszt de l’année, nourri d’univers riches et grouillants. La faculté évocatrice du toucher de Freire est inchangée. La gradation d’Harmonies du soir, l’articulation suprême de La valse oubliée et la nostalgie profonde du Lac de Wallenstadt sont de purs bijoux.
4. Luis de Briceño: El Fenix de Paris. Le Poème harmonique, Vincent Dumestre. Alpha 182 (SRI). Vincent Dumestre et son ensemble Le Poème harmonique font partie des artistes dont on peut acheter la moindre parution sans risque. Ils nous révèlent ici l’œuvre d’un Espagnol installé à Paris, où il fit paraître une méthode pour apprendre facilement la guitare à l’espagnole en 1627. Dumestre et ses amis, parmi lesquels la soprano Claire Lefilliâtre et la mezzo Isabelle Druet, ressuscitent des œuvres vocales et instrumentales en un parcours coloré et enchanteur. La prise de son est exceptionnelle.
5. Bartók. Concertos pour violon nos 1 et 2. Concerto pour alto. James Ehnes, BBC Philharmonic, Gianandrea Noseda. Chandos CHAN 10690 (SRI). Doublé gagnant pour le violoniste canadien James Ehnes en 2011 avec ce disque Bartók, puis un concerto de Tchaïkovski en toute fin d’année pour l’étiquette Onyx. Ehnes défend ici un programme aussi parfait que généreux. Il n’est pas le premier à jouer le violon et l’alto dans Bartók — Menuhin releva le défi — mais il est, à ma connaissance, le premier à réunir les trois concertos sur un CD. Et à quel niveau!
6. Chopin. Les valses. Stephen Hough (piano). Hyperion CDA 67849 (SRI). En dix années, Stephen Hough, pianiste à l’ambitus sonore infini, nous a livré, sans faire de vagues, les interprétations modernes les plus intéressantes des concertos de Rachmaninov, de Saint-Saëns et de Tchaïkovski. Son disque des Valses de Chopin fait souffler un vent frais sur une discographie trop souvent plombée par le maniérisme. Voici une leçon de naturel, de panache, de modestie et de classe.
7. Rameau. Suites des Indes galantes, Naïs, Zoroastre et Les Boréades. Le Concert des nations, Jordi Savall. Alia Vox 2 SACD AVSA 9882 (Pelléas). Jean Philippe Rameau à la composition et Jordi Savall et ses musiciens à l’exécution musicale: l’affiche est prometteuse; le résultat à la hauteur. Savall a titré cette parution L’orchestre de Louis XV, sans doute pour faire suite à une précédente parution sur L’orchestre de Louis XIII. L’album est aussi spectaculaire dans ses explosions musicales (L’orage des Indes galantes) que sublime dans sa poésie subtile (Second air pour les Zéphirs) ou agreste (Musette tendre de Naïs).
8. Richard Strauss. «Poésie», mélodies avec orchestre. Diana Damrau, Orchestre philharmonique de Munich, Christian Thielemann. Virgin 628664 0. La soprano Diana Damrau nous livre ici le récital Richard Strauss comme peut-être on n’en a jamais eu, Schwarzkopf et Fischer-Dieskau compris! Les parures orchestrales enveloppantes de l’expert Christian Thielemann y sont évidemment aussi pour quelque chose. L’ambitus vocal et expressif de la chanteuse, de la confidence (Waldseligkeit) à l’exaltation (Cäcilie), est déployé avec un naturel confondant, sans les artifices un peu précieux de Schwarzkopf.
9. Bruch: Concerto pour violon no 1. Romance op. 85. Quintette. Vadim Gluzman, Orchestre philharmonique de Bergen, Andrew Litton. BIS SACD 1852 (SRI). L’Ukrainien Vadim Gluzman se présente, disque après disque, comme un violoniste de première grandeur. Dans un monde musical qui, au violon, privilégie l’esthétisme apollinien de jolies jeunes femmes, Gluzman apporte la matière et le poids du son, alliés à une expression brûlante et subtile. Le programme paraît anecdotique; il est essentiel. La Romance est un moment de grâce et le rare Quintette de 1918, redécouvert en Angleterre en 1988, se révèle une œuvre post-brahmsienne dense et intéressante de bout en bout.
10. Robert Fuchs. Sérénades nos 1 et 2. Orchestre de chambre de Cologne, Christian Ludwig. Naxos 8.572 222. En matière de répertoires jusqu’alors oubliés, voici la découverte de l’année. Robert Fuchs (1847-1927) est un compositeur autrichien, apprécié, paraît-il, de Brahms. Il a composé deux sérénades pour cordes si irrésistibles qu’elles se rangent immédiatement derrière celles de Dvorák et de Tchaïkovski parmi les meilleures réussites du genre. La 1re Sérénade, opus 9, la plus séduisante, mérite d’entrer dans le répertoire de tous les orchestres de chambre; I Musici de Montréal, par exemple.
1. Bach: Concertos pour clavier et orchestre. Alexandre Tharaud, Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Virgin 50999 087109 2. Pourquoi se gêner? Puisqu’un disque d’un ensemble québécois est dans notre top 10 international, plaçons-le en tête. Ce CD Bach aux articulations millimétrées fera sans doute beaucoup pour la notoriété internationale des Violons du Roy, qui reviennent d’une triomphale tournée française, justement avec Alexandre Tharaud. Les nuances infinitésimales, le son tempéré du pianiste, font naître une atmosphère quasi hypnotique. Tharaud nous a également donné en 2011 un superbe disque de sonates de Scarlatti.Bach - Alexandre Tharaud -BWV 874
2. Haendel: Streams of pleasure. Airs et duos. Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux, Il Complesso barocco, Alan Curtis. Naïve V 5261 (Naxos). Un bonheur ne vient jamais seul: nous adjoignons au tandem Tharaus-Labadie cette consécration de deux grandes chanteuses québécoises dans l’une des nouveautés phares de la rentrée discographique d’un éditeur à résonance internationale. Le tandem Gauvin-Lemieux est gagnant-gagnant: les deux collègues s’apprécient, leurs voix se marient parfaitement, leur niveau vocal est identique et elles parviennent à une émulation synergique.Duo extrait de Solomon de Haendel
3. Liszt: Harmonies du soir. Nelson Freire (piano). Decca 478 272 8. Devant l’afflux de pianistes engagés pour leur sex-appeal ou leur capacité à ouvrir des marchés, voir que Decca reste fidèle à Nelson Freire rassure quelque peu. Le retour sur investissement se matérialise, pour l’éditeur, par le plus fascinant disque Liszt de l’année, nourri d’univers riches et grouillants. La faculté évocatrice du toucher de Freire est inchangée. La gradation d’Harmonies du soir, l’articulation suprême de La valse oubliée et la nostalgie profonde du Lac de Wallenstadt sont de purs bijoux.Liszt - Valse oubliée No1 - Nelson Freire
4. Luis de Briceño: El Fenix de Paris. Le Poème harmonique, Vincent Dumestre. Alpha 182 (SRI). Vincent Dumestre et son ensemble Le Poème harmonique font partie des artistes dont on peut acheter la moindre parution sans risque. Ils nous révèlent ici l’œuvre d’un Espagnol installé à Paris, où il fit paraître une méthode pour apprendre facilement la guitare à l’espagnole en 1627. Dumestre et ses amis, parmi lesquels la soprano Claire Lefilliâtre et la mezzo Isabelle Druet, ressuscitent des œuvres vocales et instrumentales en un parcours coloré et enchanteur. La prise de son est exceptionnelle.Briceno El Cavallo Del Marques
5. Bartók. Concertos pour violon nos 1 et 2. Concerto pour alto. James Ehnes, BBC Philharmonic, Gianandrea Noseda. Chandos CHAN 10690 (SRI). Doublé gagnant pour le violoniste canadien James Ehnes en 2011 avec ce disque Bartók, puis un concerto de Tchaïkovski en toute fin d’année pour l’étiquette Onyx. Ehnes défend ici un programme aussi parfait que généreux. Il n’est pas le premier à jouer le violon et l’alto dans Bartók — Menuhin releva le défi — mais il est, à ma connaissance, le premier à réunir les trois concertos sur un CD. Et à quel niveau!Bartok - Concerto pour alto Adagio Religioso
6. Chopin. Les valses. Stephen Hough (piano). Hyperion CDA 67849 (SRI). En dix années, Stephen Hough, pianiste à l’ambitus sonore infini, nous a livré, sans faire de vagues, les interprétations modernes les plus intéressantes des concertos de Rachmaninov, de Saint-Saëns et de Tchaïkovski. Son disque des Valses de Chopin fait souffler un vent frais sur une discographie trop souvent plombée par le maniérisme. Voici une leçon de naturel, de panache, de modestie et de classe.Chopin - Valse op34 nr1 - Hough
7. Rameau. Suites des Indes galantes, Naïs, Zoroastre et Les Boréades. Le Concert des nations, Jordi Savall. Alia Vox 2 SACD AVSA 9882 (Pelléas). Jean Philippe Rameau à la composition et Jordi Savall et ses musiciens à l’exécution musicale: l’affiche est prometteuse; le résultat à la hauteur. Savall a titré cette parution L’orchestre de Louis XV, sans doute pour faire suite à une précédente parution sur L’orchestre de Louis XIII. L’album est aussi spectaculaire dans ses explosions musicales (L’orage des Indes galantes) que sublime dans sa poésie subtile (Second air pour les Zéphirs) ou agreste (Musette tendre de Naïs).Rameau - Gavotte pour les heures et les zephirs
8. Richard Strauss. «Poésie», mélodies avec orchestre. Diana Damrau, Orchestre philharmonique de Munich, Christian Thielemann. Virgin 628664 0. La soprano Diana Damrau nous livre ici le récital Richard Strauss comme peut-être on n’en a jamais eu, Schwarzkopf et Fischer-Dieskau compris! Les parures orchestrales enveloppantes de l’expert Christian Thielemann y sont évidemment aussi pour quelque chose. L’ambitus vocal et expressif de la chanteuse, de la confidence (Waldseligkeit) à l’exaltation (Cäcilie), est déployé avec un naturel confondant, sans les artifices un peu précieux de Schwarzkopf. Strauss - Waldseligkeit
9. Bruch: Concerto pour violon no 1. Romance op. 85. Quintette. Vadim Gluzman, Orchestre philharmonique de Bergen, Andrew Litton. BIS SACD 1852 (SRI). L’Ukrainien Vadim Gluzman se présente, disque après disque, comme un violoniste de première grandeur. Dans un monde musical qui, au violon, privilégie l’esthétisme apollinien de jolies jeunes femmes, Gluzman apporte la matière et le poids du son, alliés à une expression brûlante et subtile. Le programme paraît anecdotique; il est essentiel. La Romance est un moment de grâce et le rare Quintette de 1918, redécouvert en Angleterre en 1988, se révèle une œuvre post-brahmsienne dense et intéressante de bout en bout.Bruch - Concerto Violon1_Finale
10. Robert Fuchs. Sérénades nos 1 et 2. Orchestre de chambre de Cologne, Christian Ludwig. Naxos 8.572 222. En matière de répertoires jusqu’alors oubliés, voici la découverte de l’année. Robert Fuchs (1847-1927) est un compositeur autrichien, apprécié, paraît-il, de Brahms. Il a composé deux sérénades pour cordes si irrésistibles qu’elles se rangent immédiatement derrière celles de Dvorák et de Tchaïkovski parmi les meilleures réussites du genre. La 1re Sérénade, opus 9, la plus séduisante, mérite d’entrer dans le répertoire de tous les orchestres de chambre; I Musici de Montréal, par exemple.Fuchs - Serenade Nr1 Finale
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