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Vitrine du disque - 23 décembre 2011

Le Devoir   23 décembre 2011  Musique
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Musique de Noël
Celtic Christmas
Artistes variés
Putumayo

Putumayo a fait paraître quelques disques de Noël dignes de mention, dont New Orleans Christmas et le World Christmas Party de l'an dernier. Le présent Noël celtique n'est pas le meilleur cru. Non pas que le disque soit mauvais, mais l'intérêt croît ou décroît selon la pièce. Onze versions celtiques des classiques glanés sur des disques parus entre 1995 et 2011, en plus d'une originale de White Christmas, laquelle est bien interprétée par Lasairfhíona Ní Chonaola avec contrebasse et piano jazzés. Parmi les meilleurs moments du disque: l'entrée de l'Albion Christmas Band, entre folk, chanson à danser et marching band; Noel Nouvelet de DruidStone, tout doux à la harpe; Manx Jezebel Carol d'Áine Minogue, délicieusement syncopé; et cette poignante version écossaise de Ce n'est qu'un au revoir de Dougie MacLean à la fin. Pour le reste, quelques moments de nostalgie thérapeutiques, mais aussi des pièces instrumentales sans grand éclat.

The Albion Christmas Band: Here We Come A-Wassailing


Yves Bernard

Chanson
Benoît Rocheleau
Benoît Rocheleau
La Tribu / Dep

Après avoir été musicien accompagnateur pendant une dizaine d'années avec plusieurs artistes québécois, Benoît Rocheleau a fait le grand saut solo sur disque au début de l'automne. À la fois habile avec les claviers et les cuivres, le Trifluvien livre ici une douzaine de pièces comico-sentimentales, qui oscillent entre les récits naïfs et les textes plus sérieux autour des remises en question. Musicalement, on pense tout de suite à Tricot Machine, qui comme Rocheleau travaille avec le réalisateur David Brunet. On retrouve aussi certaines manières d'écrire de son vieil ami Urbain Desbois, ainsi que l'esprit musical d'un Marc Déry ou d'un Vincent Vallières. Rocheleau est parfois un peu trop à fleur de peau et gagnerait à peaufiner sa plume pour l'élever au-delà de l'anecdote du quotidien. Mais quand il s'amuse, c'est contagieux, comme sur Tout nu!, la pièce feu d'artifice de ce disque.

Benoît Rocheleau - Tout nu!

Philippe Papineau

Classique
Savall
La sublime porte - Voix d'Istanbul (1430-1750). Hespèrion XXI, Jordi Savall. Alia Vox AVSA 9887.

Après un sublime album Rameau, un de nos 10 CD de l'année, Jordi Savall revient au métissage culturel et à l'imbrication entre musiques traditionnelles et savantes. Istanbul, et sa position au carrefour de cultures, est un sujet que Savall et ses musiciens avaient abordé dans un disque intitulé Istanbul. Dimitrie Cantemir. Le livre de la science de la musique et autres traditions sépharades et arméniennes. Un peu comme les films de Star Wars ou de Spider-Man, les «sequels» (suites) nous font remonter dans le temps. L'album précédent était dédié à l'univers de la musique savante de cour du tournant du XVIIIe siècle. Ici, nous reculons dans le temps et nous abordons aussi la musique sacrée. La réunion de l'Orient et de l'Occident devient une (saine) obsession de Savall. Traditions ottomanes, grecques, sépharades et arméniennes s'unissent dans un disque hypnotique.

La sublime porte Punxa, Punxa

Christophe Huss

Classique

Eberl
Grand sextetto op. 47. Pot-pourri en trio, op. 44. Trio op. 8 no 2. Trio Van Hengel & guests. Ramée RAM 1103 (Allegro).

Cet Anton Eberl (1765-1807) a été l'un des contemporains oubliés de Mozart, révélés par un disque symphonique du Concerto Köln, le cas de résurrection le plus connu dans le genre étant celui de Joseph Martin Kraus. Cet enregistrement du Trio Van Hengel fait suite à un premier volume, paru il y a cinq ans, autour d'un «Grand quintetto». Nous nous situons très nettement dans une obédience musicale viennoise classique, dont les maîtres sont Haydn et Mozart. Le mérite des musiciens et des ingénieurs du son est de préserver l'intimisme et les couleurs de cette musique. Cela se matérialise par le choix d'un pianoforte à l'ambitus sonore réduit, qui ne vient pas phagocyter ses partenaires, et par un juste positionnement, à distance, des micros. Tant de goût est chose rarissime à notre époque. Un CD à déguster au coin du feu.

Eberl Sextuor Finale

C. H.

Trad
Suite8
Belzébuth
Indépendant

Ce groupe lanaudois célèbre son dixième anniversaire de trad enflammé et de chansons senties. C'est une façon de mordre dans la musique et de rendre hommage aux ancêtres français, bretons et acadiens. Quelques pièces sont d'ascendance française et dans une autre, on perçoit toute la tristesse du Grand Dérangement de 1755. On démarre avec une chanson de mensonges: on sent l'énergie pure des pieds à la bouche, le super swing, et pourtant un fond de folk. Car le groupe varie les atmosphères en allant parfois vers le banjo atmosphérique, la caisse claire dans le vieux swing, la turlutte dans le reel, des parties de reel minimaliste ou répétitif, des sonorités moyen-orientales, un violon vaguement tsigane, des claques de pieds et de bodhran, des dialogues incessants au violon et à l'accordéon et même une capacité de faire rocker la tradition en direct, tout en demeurant principalement acoustique. Belzébuth mérite beaucoup plus qu'un simple succès d'estime.

Belzébuth - Jean-Claude Marquis

Y. B.

Classique
Stoyanova
«Slavic Opera Arias». Krassimira Stoyanova (soprano), Orchestre de la Radio de Munich, Pavel
Baleff. Orfeo C 830 111A (SRI).

La soprano bulgare Krassimira Stoyanova n'est pas une artiste très connue au Canada. Elle est pourtant un véritable pilier vocal de l'Opéra de Vienne depuis environ douze ans. Le grand intérêt de son récent récital d'airs slaves est de recadrer certains airs, alourdis par une tradition qui attribue à «l'âme slave» une surcharge de pathos. Le chant de Stoyanova dans Eugène Onéguine et Rusalka a plus de corps, en ce qui concerne la matière vocale, et moins de candeur énamourée, en ce qui concerne l'expression. La voix ferme et puissante, d'une autorité naturelle impressionnante, n'est pas froide pour autant. Enfin, le récital nous donne l'occasion de sortir des sentiers battus, avec des airs de Mazeppa ou d'Iolanta de Tchaïkovski, du Prince Igor de Borodine ou de Snegourotchka de Rimski-Korsakov, tout un répertoire largement ignoré sur ce continent.

Stoyanova Snegourotchka

C. H.

Réédition cadeau
Piano Man
Billy Joel
Columbia - Sony Legacy (2 CD)

C'est tendance, comme on dit: la ressortie bonifiée d'un album qui a compté. Souvent, c'est gonflé façon baudruche, le fond de tiroir devient trésor déterré. Parfois, c'est essentiel pour retremper l'album dans son jus: contexte, genèse, on comprend mieux pourquoi le succès est arrivé quand il est arrivé. Voici l'exemple parfait du complément bienvenu: à la réédition rematricée de l'album célébré Piano Man de 1973, qui était le deuxième du jeune gars à gueule de boxeur de Hicksville, New York (après un premier essai raté qui faillit tout gâcher), s'ajoute l'enregistrement retrouvé d'un concert radiophonique de l'année d'avant. À l'écoute de ce long show joué en studio devant public — pas moins de 23 chansons d'exceptionnel niveau, pensez Elton John, Springsteen —, on comprend que l'entrée chez Columbia s'est jouée là, que Billy the Kid jouait sa vie et que, fatalement, la bonne nouvelle de l'émergence d'un singer-songwriter majeur se propagerait. Éclairant.

Billy Joel - Captain Jack [Live April 1972 At Sigma Sound Studios, Wmmr Radio, Philadelphia, PA]

Sylvain Cormier

Compilation cadeau
Best of 3 CD
Adamo
EMI

Ça ne paie pas de mine, mais mine de rien, c'est bien. Le boîtier de carton trop mince résistera mal à la manipulation, la séquence des titres n'est pas chronologique et passablement arbitraire (Inch'Allah après Caresse?), le titre générique tue, mais à moins de 20 $ (vérifié chez amazon.ca), ça se dépose utilement sous l'arbre. À 52 titres, toutes les belles du bel Italo-Belge y sont, les bluettes de jeunesse (Vous permettez, monsieur?, Quand les roses, la très yéyé En blue jeans et blouson d'cuir) autant que les tubes (Notre roman, Mes mains sur tes hanches, L'amour te ressemble) et les immortelles (C'est ma vie, À demain sur la lune): on ne le dira jamais assez, le gentil Salvatore est bien plus que l'Aznavour du pauvre et le Bécaud du bécot, probablement le plus mésestimé des grands de la chanson française. Cette compilation sans façon vous fera dire: ah oui! Celle-là aussi! Et celle-là encore! C'est ça, Adamo: de la profondeur sur le banc, et plein de petits bonheurs devenus grands.

Adamo - En blue jeans et blouson d'Cuir (2005 Digital Remaster)


S. C.
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