Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Cesaria Evora n'est plus

17 décembre 2011 15h09 | Associated Press , Le Devoir | Musique
Cesaria Evora<br />
Photo : Agence Reuters - archives Le Devoir Cesaria Evora
Cesaria Evora, «la diva aux pieds nus», s'est éteinte dans son île du Cap-Vert, à l'âge de 70 ans. Affaiblie par des problèmes de santé, la chanteuse de Sodade avait mis un terme à sa carrière en septembre dernier.


Son étiquette de disque Lusafrica a annoncé dans un communiqué publié sur son site Internet le décès de l'artiste, morte à l'hôpital Baptista de Sousa, à Mindelo sur son île natale de Sao Vicente au Cap Vert.

Cesaria Evora, qui avait fêté son 70e anniversaire le 27 août, avait subi plusieurs interventions chirurgicales ces dernières années, dont une opération à coeur ouvert en mai 2010, avait rappelé à l'époque Lusafrica.

Après cette opération, l'artiste, ambassadrice iconique des musiques du monde, avait repris la route et s'était produite «en avril dernier, très en forme sur la scène parisienne du Grand Rex», comme l'avait rappelé Lusafrica le 23 septembre en annonçant que la chanteuse, très faible, mettait fin à sa carrière.

«Cize», comme l'appelait ses admirateurs, avait alors expliqué au quotidien français Le Monde qu'elle n'avait «pas de force, pas d'énergie». «Je veux que vous disiez à mes fans: ''excusez-moi, mais maintenant, je dois me reposer. Je regrette infiniment de devoir m'absenter pour cause de maladie, j'aurais voulu donner encore du plaisir à ceux qui m'ont suivie si longtemps"».

La diva, qui avait fait ses premiers pas sur la scène internationale au début des années 90, avait livré quatorze albums studio et enregistré des duos avec Compay Segundo, mais aussi Bernard Lavilliers ou les Neg'Marrons. Couronnée par un Grammy Award en 2003 pour l'album Voz d'Amor, Cesaria Evora avait reçu en France deux Victoires de la musique, la première en 2000 pour Café Atlantico la seconde en 2003 pour Voz d'Amor.

Depuis ses vrais débuts, il y a près de quarante-cinq ans sur l'île de Sco Vicente, Cesaria Evora avait souvent chanté les amours contrariées avec en toile de fond la nature brute et l'isolement insulaire propre au Cap-Vert, archipel qui, selon l'artiste, «marque les âmes pour des générations». «Ce lien qui m'attache à ma terre natale, je l'emmène avec moi partout où je vais dans le monde: c'est aussi le bâton de pèlerin sur lequel je m'appuie quand je suis fatiguée», confiait-elle à l'Associated Press en 2009.

Cette «saudade» aux accents de spleen chanté a été durant toute sa carrière la marque de fabrique de «Cize». Mais l'artiste s'est également illustrée sur d'autres rythmes, parfois plus dansants comme les «coladeras», ou plus noirs encore tels les «mornas», un genre musical à part entière que les puristes qualifient volontiers de «blues capverdien».

Sorte d'épitaphe discographique à la fois sombre et léger, son dernier opus Nha Sentimento, sorti en octobre 2009, rendait à nouveau hommage à la puissance des éléments de la nature capverdienne. «Vert Cap de mon regard/Mindelo de mes gloires/Je veux mourir dans ton vert/Et vivre dans tes chansons», égraine la diva aux pieds nus sur le titre Verde Cabo di Nha Odjos, à l'origine un poème coécrit par Luis Pastor et Teofilo Chantre.

Née en août 1941 d'une mère cuisinière et d'un père musicien disparu alors qu'elle était âgée de sept ans, Cesaria Evora s'est d'abord produite dès sa vingtaine sur de petites scènes locales ou dans des bars de l'archipel, où elle ne connut que des succès d'estime.

C'est lors d'un concert à Lisbonne en 1988 qu'elle devait rencontrer José da Silva, Français lui-même d'origine capverdienne. Il lui proposa d'enregistrer, à l'âge de 47 ans, son premier album La Diva aux pieds nus sur le label Lusafrica. Un opus dont le succès fut immédiat en France comme à l'international, au moment même où la musique du monde connaissait un essor hors du commun.

Particulièrement fidèle à Paris où elle avait établie sa base internationale par l'entremise de son manager historique et découvreur José da Silva, un Français d'origine cap-verdienne et créateur du label Lusafrica, Cesaria Evora a été faite chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres en février 2004 puis chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur en février 2009.



Extraits d'une critique de notre collaborateur Yves Bernard, en 2008:


C'est la survivante du quartier chaud de Lombo dans le port de Mindelo, là où on considérait la musique comme une animation et non comme un métier rémunéré. Lorsqu'elle chantait, on lui offrait le bar ouvert et certains clients pouvaient rajouter quelques verres s'ils voulaient l'entendre plus longtemps. Les musiciens avec qui elle se produisait travaillaient souvent au port ou à la douane. Elle était l'une des seules du milieu à ne pas avoir de travail réel puisque toute sa vie, elle n'a jamais accepté de petits boulots ailleurs. Il était alors mal vu pour les femmes de chanter, et une fois mariées, les hommes ne les laissaient pas continuer. Mais, femme indépendante, Cesaria Evora a préféré vivre seule. À l'instar de Billie Holiday, sa vie musicale illustre la rencontre avec la musique dans les milieux interlopes, mais contrairement à elle, elle ne finira pas la voix brisée par l'alcool puisqu'elle a arrêté de boire en 1994. Tout cela est fort bien expliqué dans le livre Cesaria Evora la diva du Cap-Vert, qu'a fait paraître récemment la journaliste Sandrine Teixido.

Aujourd'hui, la plupart des bars qu'elle fréquentait sont disparus ou ont été reconvertis. «J'ai galéré pendant des années sans être payée. Maintenant, j'ai le goût de chanter», dit-elle parfois. Cesaria se promène désormais en limousine, découvre les plus grandes villes du monde. Dans le DVD Live d'Amor, son sonorisateur relatait qu'elle ne faisait jamais de test de son, que parfois elle n'avait jamais vu la salle avant son concert, qu'elle aimait se laisser surprendre. Sans doute comme dans le temps de Mindelo, où les nuits s'improvisaient avec la plus grande vérité. À un point tel que lorsqu'elle s'est fait connaître sur la scène internationale en 1992, elle n'avait jamais tenu un récital d'une heure et demie.

Sur les planches, elle marche lourdement, parle peu, s'arrête pour une pause cigarette et n'offre que peu de surprises. Mais cette voix traînante, enfumée, dénuée d'exubérance mais porteuse d'un vécu si intense, se marie parfaitement aux rythmes plaintifs de la morna et à la légèreté de la coladeira. À cause de cela, l'étoile ne pâlit jamais. «Je pense qu'on entendra parler de moi pendant longtemps encore. Tout ce que je demande, c'est que le bon Dieu m'accorde la santé.»

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel