Musique - Un vent de folie souffle sur Les Cowboys fringants
Que du vent, un huitième disque festif et cabotin
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir
«Que du vent»: le retour aux sources des Cowboys fringuants.
À retenir
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Que du vent
Les Cowboys fringants
La Tribu / DEP
Seize ans. Il y a seize ans déjà que les premiers accords des Cowboys fringants ont été joués dans un sous-sol de l'est de Montréal. Seize ans d'une longue route pour le moins improbable, qui se poursuit encore avec la parution de leur disque Que du vent, où on retrouve un esprit plus rock et plus cabotin.
Avec leurs disques L'expédition (2008) et La grand-messe (2004), Les Cowboys fringants traversaient une phase plus «adulte», avec des pièces plus lentes au propos davantage mature et nostalgique, en rupture avec l'esprit des premières heures du groupe.
Car, au départ, Les Cowboys fringants, c'était de la pure déconne. C'était Karl Tremblay et Jean-François Pauzé qui écrivaient des pièces country comme Gaétane, morceau qui déjà traçait les bases des pièces d'amour loufoques comme Léopold. Puis, dès 1997, avec l'aide de la violoniste Marie-Annick Lépine, du bassiste Jérome Dupras et du batteur Domlebo, Les Cowboys ont rapidement séduit plusieurs collégiens et autres jeunes adultes à l'esprit libre et à l'humour boutonneux.
Refaire la noce
C'était l'époque de 12 gran-des chansons et de Motel Capri, pavés de personnages burlesques mais attachants (Dieudonné Rastapopoulos, Goldie, Marcel Galarneau, Maurice au bistro) et de ballades réalistes sans être vraiment sérieuses (Banlieue, Rue Chapdelaine, Voyou, Spécial #6). Leur disque Break syndical — l'album vert, là, avec En berne et Joyeux calvaire — leur ouvrira toutes grandes les portes des radios commerciales, des télés, des salles de spectacles.
De leur propre aveu, c'est cet esprit bringuebalant, bouffon et festif que les quatre Cowboys (Domlebo faisant une carrière solo) voulaient retrouver sur Que du vent. «Ça nous a manqué un peu dans la dernière tournée, avoue Karl Tremblay, le costaud chanteur du groupe, attablé avec ses trois comparses. On a beaucoup aimé L'expédition, mais il y avait un côté plus lourd, "introspectif". C'est bien, des chansons comme La tête haute, mais un moment donné, en spectacle, c'était pas ça qui était le plus l'fun à faire.» Jean-François Pauzé, qui écrit les textes, est d'accord. «Comme disait un grand sage, la vie est assez plate, il faut agrémenter ça aussi de choses ludiques et cabotines. C'était ça, le but.»
Et le ton est donné dès la première pièce, Télé, qui raconte sur un air quasi disco l'histoire d'une m'as-tu-vu en manque d'attention. Plus tard, Les Fringants se moquent d'eux-mêmes sur Hasbeen, aux airs de Thunderstruck d'AC/DC, avant d'être «contents d'être heureux» sur Party. «Des fois, c'est aussi des thèmes sérieux, mais abordés de façon plus légère, explique Jérôme Dupras. Comme sur Classe moyenne, le portrait d'un gars qui est écoeuré, mais tourné de façon ludique; c'est pas moralisateur ou lourd. Ça fait un clin d'oeil. Y'a un peu de tout sur le disque, mais on trouve aussi la légèreté.»
Cordes rock
Ce huitième album retrouve donc un esprit ludique, mais ce qui surprend le plus de Que du vent est son côté rock, alors que plusieurs pièces sont rythmées par la guitare électrique. La raison est simple, de raconter le guitariste Pauzé. «J'ai découvert les powerchords!», lance-t-il en parlant des accords barrés, souvent utilisés dans le rock. «J'ai jamais bien joué de la guitare dans la vie, j'ai toujours été un gratteux. Dans la dernière tournée, le guitariste Daniel Lacoste, qui roule avec nous, m'a montré ce type d'accord là, et c..., c'est dont ben facile! J'ai trouvé comment jouer du Nirvana pour la première fois cette année.»
La dernière tournée des Cowboys fringants, 170 con-certs sur près de trois ans, a donné envie au groupe d'ajouter des pièces plus énergiques à son répertoire récent. «Les chansons de L'expédition étaient peut-être plus difficiles à placer dans un concert, raconte Marie-Annick Lépine. Elles arrivaient dans les endroits plus tranquilles du spectacle, donc ça enlevait de la place pour Toune d'automne ou Mon chum Rémi, qui sont très appréciées du public.»
Parti pris pour 1300 gars
Ce qui ne change pas chez le groupe, c'est son engagement social et son parti pris pour l'humble travailleur — pensez au Gars de la compagnie ou à La tête à Papineau. L'exemple parfait se trouve en Shooters, une pièce dédiée aux travailleurs de l'usine Électrolux de L'Assomption, qui fermera bientôt ses portes. C'est dans cette ville qu'est née Marie-Annick et où vivent maintenant trois des membres du groupe.
Les bras croisés, Jean-François Pauzé penche la tête. «On en connaît, des gens, parmi les 1300 qui vont perdre leur job. On en connaît personnellement. Ç'a été dur pour la région, pour les familles. On est du monde normal, nous aussi, ce n'est pas parce qu'on joue à l'Olympia de Paris qu'on n'est pas touchés par ce qui se passe chez nous. On l'aime bien, cette chanson. Elle nous touche particulièrement.»
Sur Shooters, aux accents trad, on peut entendre les voix de Michel Bordeleau et de Normand Miron, deux des Charbonniers de l'enfer. En guise d'épilogue, Miron pousse une chansonnette composée par Lépine, intitulée Le coeur battant.
«Quand l'expérience n'est que du vent / pour l'étranger mercenaire / Tu prends l'allée par en avant / y'a aucun sens à la misère.»
«Karl et moi, on a passé quelques jours en Irlande, et j'avais trouvé magnifique que, dans les pubs, des gens se levaient parfois pour chanter une pièce traditionnelle, explique la violoniste. Je voulais qu'on retrouve cette ambiance, qu'on soit comme au bar Le Portage à L'Assomption, et que Normand devienne le travailleur qui nous chante sa peine.»
Les Cowboys restent peu bavards sur leur récent Félix du groupe de l'année récolté grâce au vote populaire — ils avaient demandé à leurs fans de ne pas voter pour eux. «Au mois de mai, quand c'est le temps de soumettre les candidatures pour l'ADISQ, tu ne te réveilles pas un matin en te disant qu'il faudrait appeler la compagnie pour pas qu'elle propose notre nomination», résume Pauzé. Marie-Annick fait la moue. «En tout cas, personnellement, je suis contente; je le prends pour les trois ans de tournée qu'on a faits. De nous avoir fait gagner, c'était une belle preuve d'amour.» Parce que des admirateurs fidèles, c'est pas que du vent.
Avec leurs disques L'expédition (2008) et La grand-messe (2004), Les Cowboys fringants traversaient une phase plus «adulte», avec des pièces plus lentes au propos davantage mature et nostalgique, en rupture avec l'esprit des premières heures du groupe.
Car, au départ, Les Cowboys fringants, c'était de la pure déconne. C'était Karl Tremblay et Jean-François Pauzé qui écrivaient des pièces country comme Gaétane, morceau qui déjà traçait les bases des pièces d'amour loufoques comme Léopold. Puis, dès 1997, avec l'aide de la violoniste Marie-Annick Lépine, du bassiste Jérome Dupras et du batteur Domlebo, Les Cowboys ont rapidement séduit plusieurs collégiens et autres jeunes adultes à l'esprit libre et à l'humour boutonneux.
Refaire la noce
C'était l'époque de 12 gran-des chansons et de Motel Capri, pavés de personnages burlesques mais attachants (Dieudonné Rastapopoulos, Goldie, Marcel Galarneau, Maurice au bistro) et de ballades réalistes sans être vraiment sérieuses (Banlieue, Rue Chapdelaine, Voyou, Spécial #6). Leur disque Break syndical — l'album vert, là, avec En berne et Joyeux calvaire — leur ouvrira toutes grandes les portes des radios commerciales, des télés, des salles de spectacles.
De leur propre aveu, c'est cet esprit bringuebalant, bouffon et festif que les quatre Cowboys (Domlebo faisant une carrière solo) voulaient retrouver sur Que du vent. «Ça nous a manqué un peu dans la dernière tournée, avoue Karl Tremblay, le costaud chanteur du groupe, attablé avec ses trois comparses. On a beaucoup aimé L'expédition, mais il y avait un côté plus lourd, "introspectif". C'est bien, des chansons comme La tête haute, mais un moment donné, en spectacle, c'était pas ça qui était le plus l'fun à faire.» Jean-François Pauzé, qui écrit les textes, est d'accord. «Comme disait un grand sage, la vie est assez plate, il faut agrémenter ça aussi de choses ludiques et cabotines. C'était ça, le but.»
Et le ton est donné dès la première pièce, Télé, qui raconte sur un air quasi disco l'histoire d'une m'as-tu-vu en manque d'attention. Plus tard, Les Fringants se moquent d'eux-mêmes sur Hasbeen, aux airs de Thunderstruck d'AC/DC, avant d'être «contents d'être heureux» sur Party. «Des fois, c'est aussi des thèmes sérieux, mais abordés de façon plus légère, explique Jérôme Dupras. Comme sur Classe moyenne, le portrait d'un gars qui est écoeuré, mais tourné de façon ludique; c'est pas moralisateur ou lourd. Ça fait un clin d'oeil. Y'a un peu de tout sur le disque, mais on trouve aussi la légèreté.»
Cordes rock
Ce huitième album retrouve donc un esprit ludique, mais ce qui surprend le plus de Que du vent est son côté rock, alors que plusieurs pièces sont rythmées par la guitare électrique. La raison est simple, de raconter le guitariste Pauzé. «J'ai découvert les powerchords!», lance-t-il en parlant des accords barrés, souvent utilisés dans le rock. «J'ai jamais bien joué de la guitare dans la vie, j'ai toujours été un gratteux. Dans la dernière tournée, le guitariste Daniel Lacoste, qui roule avec nous, m'a montré ce type d'accord là, et c..., c'est dont ben facile! J'ai trouvé comment jouer du Nirvana pour la première fois cette année.»
La dernière tournée des Cowboys fringants, 170 con-certs sur près de trois ans, a donné envie au groupe d'ajouter des pièces plus énergiques à son répertoire récent. «Les chansons de L'expédition étaient peut-être plus difficiles à placer dans un concert, raconte Marie-Annick Lépine. Elles arrivaient dans les endroits plus tranquilles du spectacle, donc ça enlevait de la place pour Toune d'automne ou Mon chum Rémi, qui sont très appréciées du public.»
Parti pris pour 1300 gars
Ce qui ne change pas chez le groupe, c'est son engagement social et son parti pris pour l'humble travailleur — pensez au Gars de la compagnie ou à La tête à Papineau. L'exemple parfait se trouve en Shooters, une pièce dédiée aux travailleurs de l'usine Électrolux de L'Assomption, qui fermera bientôt ses portes. C'est dans cette ville qu'est née Marie-Annick et où vivent maintenant trois des membres du groupe.
Les bras croisés, Jean-François Pauzé penche la tête. «On en connaît, des gens, parmi les 1300 qui vont perdre leur job. On en connaît personnellement. Ç'a été dur pour la région, pour les familles. On est du monde normal, nous aussi, ce n'est pas parce qu'on joue à l'Olympia de Paris qu'on n'est pas touchés par ce qui se passe chez nous. On l'aime bien, cette chanson. Elle nous touche particulièrement.»
Sur Shooters, aux accents trad, on peut entendre les voix de Michel Bordeleau et de Normand Miron, deux des Charbonniers de l'enfer. En guise d'épilogue, Miron pousse une chansonnette composée par Lépine, intitulée Le coeur battant.
«Quand l'expérience n'est que du vent / pour l'étranger mercenaire / Tu prends l'allée par en avant / y'a aucun sens à la misère.»
«Karl et moi, on a passé quelques jours en Irlande, et j'avais trouvé magnifique que, dans les pubs, des gens se levaient parfois pour chanter une pièce traditionnelle, explique la violoniste. Je voulais qu'on retrouve cette ambiance, qu'on soit comme au bar Le Portage à L'Assomption, et que Normand devienne le travailleur qui nous chante sa peine.»
Les Cowboys restent peu bavards sur leur récent Félix du groupe de l'année récolté grâce au vote populaire — ils avaient demandé à leurs fans de ne pas voter pour eux. «Au mois de mai, quand c'est le temps de soumettre les candidatures pour l'ADISQ, tu ne te réveilles pas un matin en te disant qu'il faudrait appeler la compagnie pour pas qu'elle propose notre nomination», résume Pauzé. Marie-Annick fait la moue. «En tout cas, personnellement, je suis contente; je le prends pour les trois ans de tournée qu'on a faits. De nous avoir fait gagner, c'était une belle preuve d'amour.» Parce que des admirateurs fidèles, c'est pas que du vent.
Les Cowboys fringants - Paris-Montréal
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