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Concerts classiques - Rusalka peine à nous captiver

Christophe Huss   14 novembre 2011  Musique

À retenir

    OPÉRA DE MONTRÉAL

    Rusalka, opéra en trois actes

    d'Antonin Dvorak. Kelly Kaduce (Rusalka), Khachatur Badalyan (le prince), Robert Pomakov (Vodnik), Liliana Nikiteanu (Jezibaba), Ewa Biegas (la princesse étrangère), Orchestre Métropolitain, John Keenan. Mise en scène: Eric Simonson, remontée à Montréal par Bill Murray). Chorégraphies: Aimée Simard et Noëlle-Émilie Desbiens. Décors: Erhard Rom. Costumes: Karin Kopischke. Vidéos: Wendall K. Harrington. Éclairages: Anne-Catherine Simard-Deraspe. Salle Wilfrid-Pelletier, samedi 12 novembre. Reprises mardi, jeudi et samedi.
Avec Rusalka de Dvorak, l'Opéra de Montréal (OdM) prend un certain risque. Tous les exemples de programmation hardie à Montréal, ces dernières années, se sont soldés par de relatifs échecs du point de vue du nombre de spectateurs, le bouche à oreille n'y faisant souvent rien.

Parmi les raisons d'aller voir Rusalka, il y a la découverte d'un ouvrage qui fait son entrée au répertoire de l'institution et l'intérêt de principe que suscite le recours à la vidéo dans une mise en scène d'opéra. En la matière, l'OdM n'a pas fait les choses à moitié: le lourd dispositif de panneaux à diodes électroluminescentes (DEL) qui cadre le décor a bien fonctionné, malgré la frayeur engendrée au début par une panne de deux secondes.

Comme l'avait annoncé au Devoir le metteur en scène Bill Murray, le rendement intrinsèque des DEL permet de sculpter de vrais éclairages à l'avant-scène, puisque les diodes sont peu sensibles aux reflets. Boston et Minneapolis, villes qui se sont alliées pour produire ce spectacle, utilisaient la rétroprojection, avec bien moins de latitude. Avantage collatéral: les panneaux délimitent un cadre scénique de plus petite taille, au sein duquel les artistes viennent naturellement chanter à l'avant-plan.

Sous plusieurs aspects, la première de samedi avait encore l'allure d'une répétition d'acclimatation de la Salle Wilfrid-Pelletier. Ainsi, le chef, John Keenan, ne semblait pas avoir vraiment conscience de ce qui passe — ou ne passe pas — dans la salle. Son Ier acte était sous abat-jour, alors que, sur le plan dynamique, le IIIe acte trouvait ses marques. Le ténor Khachatur Badalyan, malgré son fort potentiel, a, lui, pédalé dans le dernier acte. Soit il était vraiment à bout de voix, soit il tentait inutilement des nuances détimbrées.

Au sein de la distribution, Ewa Biegas en princesse étrangère, écrase tout le monde. Elle a une vraie voix pour Wilfrid-Pelletier. Kelly Kaduce en Rusalka s'en sort grâce à sa maîtrise du rôle. Mais certaines intonations sont légèrement basses. Pomakov a beaucoup d'aplomb, à défaut de finesse, alors que Liliana Nikiteanu est insuffisante en sorcière. Cette distinguée mozartienne est une excellente chanteuse et une bonne actrice, mais, ici, seule une Ameris (Aïda) ou une Azucena (Le Trouvère) peut passer la rampe.

Quant au spectacle lui-même, mention «bon, sans plus». Je passe sur les idées étranges, telle, au IIIe acte, cette «danse du couteau» de la sorcière, alors que Rusalka est censée avoir jeté l'arme dans les eaux juste avant. Je préfère mentionner l'astucieux plancher de scène avec sa faille simulant le milieu aquatique. Le problème est que, fondamentalement, les projections, censées clarifier la situation, embrouillent l'esprit. Certes, Dvorak n'a pas facilité le travail du metteur en scène, mais, aux IIe et IIIe actes, le spectateur se demande souvent où l'action est censée se situer. Quant aux images proprement dites, on retient surtout la définition splendide de certaines d'entre elles (sous-bois, lune, fougère), car on est loin de «l'art visuel»...

Reste à discuter de Rusalka, l'opéra. À l'expérience, on est assez loin de ce qui pourrait être un Eugène Onéguine tchèque, car ce qui se passe sur scène n'émeut pas. Les multiples et récurrentes séances collectives d'expression corporelle ne rendent pas la chose plus emballante. Ceux qui s'ennuient vraiment pourront se distraire en comparant les surtitres français et anglais. L'activité est une source inépuisable d'étonnement et de distraction.
 
 
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  • Pierre Blain - Abonné
    14 novembre 2011 06 h 45
    C'était joli!
    Les voix sont très bien dans cet opéra et je les ai appréciées mais le résultat final de cet opéra fait "joli".La mise en scène est nulle et les chorégraphies risibles.

    Ceratins disent qu'ils n'ont rine vu en 30 ans à Montréal. Il faut avoir un peu fréquenté les compagnies à travers le monde pour savoir que ce que l'on a servi samedi soir à l'Opéra de Montréal est du sous Lepage et ce qui se fait depuis longtemps.

    Je me souvien du Barbe-Bleu monté à Toronto il y a plus de 13 ans où Lepage se servait déjà de projections. Mais ce qui dérange dans la production de Montréal, c'est que c'est trop gros et sans subtilités. La lune est grosse et devient encore plus grosse, d'un coup, sans transition. Tout bouge tout le temps. On passe de peintures à la Douanier Rousseau à du Monet.

    Mais c'est joil, comme je l'ai entendu des spectateurs qui trouvaient cela long.

    Pourtant, je ne trouve pas cela long lorsque je suis au Met et que je goûte les Wagner.
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  • MJ - Inscrite
    14 novembre 2011 10 h 25
    Un beau spectacle
    J’ai assisté à la représentation de ce samedi et j’ai été impressionnée par le jeu des éclairages et la splendeur des décors virtuels de nature tout autour de la scène. Un décor féérique! Un bémol cependant. Les spectateurs des “régions éloignées” (ex. au balcon) auraient bénéficié d’un écran géant qui aurait fait gros plan sur les personnages et leurs expressions faciales. La mise en scène a presque tout misé sur la technologie, peut-être au détriment de la visibilité des personnages. De plus, la relation entre les personnages semble plutôt lâche, leur jeu étant un peu statique et manquant de théâtralité. La magie du conte n’est pas assez au rendez-vous dans le jeu pressé des protagonistes de cette production. On ne croit pas beaucoup au dépit et à la souffrance de Rusalka dont on a montré qu’une bien courte romance avec le prince qui s’esquive assez rapidement et qui a démontré bien peu de passion. Par contre, la princesse étrangère vole la vedette à Rusalka par une présence imposante et une voix forte et bien timbrée, alors que la voix contenue de la soprano qui interprète Rusalka, repliée sur elle-même, fait quasiment piètre figure dans cette trop grande salle. En revanche, le trio des trois nymphes, soeurs de Rusalka, sont étonnantes par leurs voix superbes dont le choeur s’élève au-dessus de la mêlée et du malheur de leur congénère. Elles m’ont rappelé les Trois Grâces, un tableau mythologique maintes fois repris par des peintres de la Renaissance. Par ailleurs, j’ai aimé les costumes de cette production et la chorégraphie dans son ensemble: autant les pas de danse des nymphes que la danse des invités au bal de la Cour. En définitive, la musique de Dvorak n’est jamais décevante et nous transporte dans un monde mythique.
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  • Jean-Pascal Vachon - Inscrit
    16 novembre 2011 10 h 25
    Et Wagner?
    Il faudrait quand même un jour qu'on nous explique pourquoi aucun opéra de Wagner n'est jamais monté à l'opéra de Montréal. Oui, bien sûr, il y a le Vaisseau fantôme à tous les dix ans. Mais n'importe quel mélomane sait très bien que s'il s'agit d'un excellent opéra, on est quand même très loin de Tristan, du Ring, des Maîtres-chanteurs ou de Parsifal.
    Il y a quelque chose de franchement comique à voir l'opéra de Montréal monter des opéras de seconde zone comme celui-ci et, en même temps, systématiquement éviter Wagner. Ca en devient carrément ridicule.
    Un peu comme si un orchestre jouait des symphonies de tout le monde, incluant des petits maîtres, mais évitait soigneusement celles de Beethoven.
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  • Christophe Huss - Abonné
    18 novembre 2011 11 h 41
    Wagner?
    Pas de Wagner ? Réponse très simple. Le budget annuel de fonctionnement de l'Opéra de Montréal équivaut grosso modo à la moitié du cout de la seule production du Ring de Lepage à New York.

    Je le regrette comme vous, mais Wagner est cher et Montréal n'a pas les moyens de se le payer. Les bons chanteurs wagnériens sont rares et donc chers, la longueur des opéras rallonge la facture au niveau du temps supplémentaire de l'orchestre; le temps de mobilisation dans la préparation est plus long, etc., etc.
    C'est aussi simple que cela.

    La comparaison avec les symphonies de Beethoven ne tient pas puisque l'orchestre symphonique est là et payé pareil quoiqu'il joue, alors que l'Opéra de Montréal engage des prestataires (chanteurs, orchestres)

    Enfin, et même si cela vous choquera, je ne connais guère, au monde, de ville moins wagnérienne que Montréal. La conclusion est très simple à tirer à partir de la programmation par Nagano à l'OSM en version de concert de Tristan, Tannhäuser et l'Or du Rhin. Dans "n'importe quelle ville au monde", les concerts auraient été "sold out" après 5 jours de mise en location, six mois ou plus avant l'événement. Ici, ils ont tout juste rempli de peine et de misère cinq jours avant le concert.

    On peut rêver, mais je n'y crois guère...

    Christophe Huss
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  • Jean-Pascal Vachon - Inscrit
    19 novembre 2011 11 h 43
    Wagner et Montréal
    Cher Monsieur Huss,
    merci d'avoir bien voulu répondre à mon commentaire. Permettez-moi cependant de vous trouver bien... tendre à l'endroit de l'Opéra de Montreal. Vous évoquez les coûts pour la préparation d'un Ring... Certes. Mais on pourrait se contenter d'un petit Parsifal ou d'un petit Tristan aussi. Or, combien d'opéras de Wagner ont été monté par l'Opéra de Montréal depuis, mettons vingt-cinq ans, à l'exception du Vaisseau Fantôme? Je vais vous aider: zéro. Je n'y vois pas de justification. L'argument des coûts ne tient pas non plus. Ma comparaison avec un orchestre symphonique qui éviterait soigneusement de jouer une note de Beethoven mais jouerait des petits maîtres se voulait un commentaire sur le choix éditorial et non pas sur les contingences matérielles.
    Vous dites que Montréal n'est pas une ville wagnérienne. C'est vrai. Ou plutôt, admettons une fois pour toute que Montréal est une ville qui aime l'événement. Je ne me fais pas d'illusion, Montréal n'est pas une ville "jazz". Mais on a su crééer un événement autour du Festival de Jazz d'où son succès. Je ne vois pas en quoi Toronto est davantage wagnérienne que Montréal et pourtant, malgré le fait que l'on aime bien se moquer de Toronto (pourquoi, au fait?!?), on y a joué un Ring mis en scène par des Canadiens de surcroît. Ce que je veux dire, c'est que parfois, il faut oser. "If you build it, they will come" entend-on dans un film consacré au baseball. On pourrait surtout s'attendre davantage d'une ville qui s'autoproclame une capitale culturelle et qui a, dans le temps, a présenté une exposition universelle et les jeux olympiques.
    ...
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  • Jean-Pascal Vachon - Inscrit
    19 novembre 2011 11 h 44
    Wagner et Montréal (suite)
    Sans rêver de faire de Montréal un nouveau Seattle, pourrait-on, au moins espérer que l'Opéra de Montréal ouvre ses yeux et ses oreilles un peu et s'ouvre à l'un des plus grands compositeurs d'opéras de l'histoire. Oui, on le sait: Wagner était une ordure... Wagner a été utilisé par les nazis... Je pense qu'en 2011, il est temps de se sortir la tête du sable. Quant aux bons chanteurs nécessaires, je suis convaincu qu'il y a plein de bons jeunes chanteurs inconnus qui aimeraient "roder" leur Wagner à Montréal avant de le chanter à Munich, Berlin ou Vienne...

    Encore une fois: je ne réclame pas un opéra de Wagner par année (quoique... combien de fois faut-il se taper la Bohème, la Traviata ou la Flûte enchantée) mais disons, une fois de temps en temps?
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