Vitrine du disque - 28 octobre 2011
Classique
LISZT
Les Préludes, Fantaisie hongroise, Ce qu'on entend sur la montagne. Gabor Farkas, Orchestre de l'État hongrois, Zoltan Kocsis. Warner 2564 66722-6 (Naxos).
La fin de semaine dernière fut marquée par la commémoration du 200e anniversaire de la naissance de Franz Liszt. Lang Lang et Charles Dutoit l'ont célébré à Philadelphie, alors qu'un concert donné à Weimar sous la direction de Christian Thielemann arrosait les écrans européens. Les rares disques symphoniques de cette année Liszt sont nettement dominés par ce concert fiévreux qui nous vient du Palais des arts de Budapest. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir un jour vibrer à l'écoute du poème symphonique Ce qu'on entend sur la montagne. Si vous ne l'appréciez pas ici, vous ne le supporterez jamais. L'excellent pianiste Kocsis est devenu un non moins excellent chef qui semble carburer à la passion... Le seul défaut est ici la prise de son trop peu directive: on entend distinctement les toux des spectateurs.
Christophe Huss
Pop rock
Mylo Xyloto
Coldplay
Parlophone (EMI)
C'est à se demander à qui Coldplay tente de plaire. Ses premiers albums avaient conquis pour toujours les coeurs tristes, qui trouvaient réconfort dans les pièces brumeuses du chanteur Chris Martin. Son dernier opus, Viva la Vida or Death and All His Friends, l'avait propulsé au sommet des palmarès même s'il avait gardé une touche audacieuse. Voici qu'avec Mylo Xyloto (prononcer «my-lo zy-letoe» dans les cocktails dînatoires), Coldplay plonge ses pièces dans le chocolat fondu et ajoute une vrille de caramel. Les Britanniques optent un peu partout pour des sons plus doux à l'oreille des fans de musique dance, de pop de clubs. Sur Paradise, ils optent pour la fibre rap, Major Minus est pavé de gros «ouh ouh» à la U2 et Princess of China, en duo avec nulle autre que Rihanna, nous amène plus loin que jamais de Yellow. Mylo Xyloto fera sûrement de bons concerts, mais en disque, il faut avoir la dent sucrée.
Philippe Papineau
Chanson
MARA TREMBLAY
Mara Tremblay
Audiogram - Sélect
C'était le show de sa vie. Mai 2009 au National. Le son qu'elle aimait, les gars qu'il lui fallait: le parfait équilibre entre ce qui égratigne et ce qui caresse, sa nature profonde en musique. Et puis le corps n'a plus suivi, Mara a traversé son enfer. Après, Mara ne pouvait tout simplement pas reprendre là où la vie l'avait laissée: Olivier Langevin, Pierre Fortin, Guillaume Chartrain, Jocelyn Tellier sont les meilleurs, réquisitionnés partout. Et puis, Mara elle-même est ailleurs, se produit seule ces jours-ci (à Coup de coeur, notamment, samedi 5 novembre au Lion d'Or), c'est sa thérapie. Seule possibilité de rattraper la belle affaire: convoquer les gars en studio, quelques soirs entre les engagements, refaire le show. Live pareil. C'est ça qu'on a. On comprend encore plus à l'écoute la nécessité de marquer le coup: les chansons du premier album, surtout, Le teint de Linda, Tout nue avec toi, Le bateau, exultent, libres comme jamais, exsudent le bonheur. Essayez ça en auto.
Sylvain Cormier
Chanson
Syncop
Sïrocco d'érable
Disques Nuits d'Afrique / DEP
Voilà bientôt une décennie que Syncop transgresse les genres en captant la manière d'une ville «si belle quand elle est colorée». Au menu du chanteur Karim: l'identité plurielle, le choc culturel, le couscous piquant et la poutine souriante dans ce pays de raï-hop, de ragga et de chanson. Il chante l'aliénation, récite le courage de la femme et raconte la déchirure des liens sacrés. La musique y est accrocheuse, mélodique, et surtout interprétée en français: une intention rassembleuse et un résultat heureux. Si la sauce arabo-berbère prend avec une panoplie de styles et d'inflexions nord-africains, elle se fond dans la guitare tournoyante et la kora, le reggae-ragga de Face T, l'urbanité de Riddim Wise Sound et même le remixage de Chaffik de Loco Locass. Avec de nouveaux musiciens, Karim lance enfin un premier disque complet. Un brillant métissage de chansons! Suite le 26 novembre au Mile End, en première partie de Bombino.
Yves Bernard
Classique
BRUCKNER
Symphonie no 4. Yannick Nézet-Séguin (Atma), Mario Venzago (CPO), Gerd Schaller (Profil), Bernard Haitink (LSO).
Yannick Nézet-Séguin et le Métropolitain nous arrivent avec leur quatrième CD Bruckner: la «Romantique» enregistrée en avril 2011. Cette version un peu moins tonique que le concert donné à Verdun en a les mêmes légers défauts: un andante un brin lent et un trio de 3e volet doucereux. C'est un «bon» disque dans la carrière du chef, mais pas un disque déterminant dans la discographie de l'oeuvre, à laquelle trois autres chefs se frottent concomitamment. Le Suisse Mario Venzago entame une intégrale avec les nos 4 et 7, mais il rate la 4e avec des cuivres fades. Haitink à Londres est une catastrophe opaque, peu en place et avachie. Le plus intéressant est un inconnu, Gerd Schaller, chef de province en Allemagne, qui groupe la 4e, la 7e et une version achevée de la 9e. Tout est passionnant, avec une superbe transparence et une logique imparable. Un chef à suivre.
C. H.
Jazz
Autour de Bill Evans
Lozano-Bourassa-Donato-Tanguay
Effendi
Bill Evans avec du saxophone? Certainement. Et bellement. Le projet lancé par le batteur Pierre Tanguay et le saxophoniste Frank Lozano de rendre hommage à l'un des plus influents pianistes de l'histoire du jazz affiche le goût relevé et le ton des productions les plus raffinées. Le quartet qui s'exprime ici (François Bourassa au piano et Michel Donato à la contrebasse complètent l'ensemble) s'est visiblement fait plaisir. Quatre heures d'enregistrement et une seule prise par pièce, dit-on, un répertoire qui n'hésite pas à sortir des sentiers battus de la Waltz for Debby, une interaction absolument fluide. C'est lyrique, il y a du swing, des ballades et des touches bleues de bop. Merci. Hautement mélodique et romantique, la musique d'Evans est bien servie par Bourassa et Lozano — dont on apprécie la sensibilité d'interprétation de lignes conçues au piano. Très beau projet qui honore la simplicité.
Guillaume Bourgault-Côté
Reprises
SEEKING MAJOR TOM
William Shatner
Cleopatra
Kirk à l'Entreprise? Non! William Shatner l'entrepreneur! Le diplômé de McGill, cultissime cabotin à 80 ans bien sonnés, a encore trouvé de quoi faire fructifier son fonds de commerce intergalactique: le voilà racontant, deux disques durant, l'équipée de Major Tom — le Major Tom du Space Oddity de David Bowie. L'idée est marrante et tordue, digne de l'avocat Danny Crane: s'approprier toutes les chansons ayant pour sujet la chose spatiale (Space Cowboy, Walking on the Moon, Rocket Man...), inviter toutes les vieilles vedettes de rock avec un fond trekkie (de Dave Davies à Edgar Froese de Tangerine Dream, vaste clientèle), et surjouer le tout en leur compagnie comme seul Shatner sait surjouer. Là est tout le plaisir: on sait que ça va être grotesque. On le sait depuis 1968, alors qu'il «dramatisait» Lucy in the Sky with Diamonds, décrété «worst Beatles cover ever». Shatner, une fois de plus, va là où personne n'est allé avant lui. Au bout de l'autodérision. Insupportable et jouissif.
S. C.
Blues
The Road Is Dark
Michael Jerome Browne
Borealis
En valeureux guerrier, le multi-instrumentiste Michael Jerome Browne a bourlingué sur toutes les routes du roots américain. Il pose ici ses guitares sur les plaintes du blues, qu'il interprète avec des inflexions assez douces dans un soul à peine éraillé. Il chante la mort et la rédemption, l'incarcération et les droits civiques, l'infidélité et la dépendance à l'alcool, tous des thèmes qui sont chers à ses inspirateurs, de B. A. Markus, qui signe plus de la moitié des textes, à Tommy Johnson, Frank Lee Sims, J. P. Lenoir, en passant par le Reverend Gary Davis. Ses instruments sont intemporels, comme les techniques qu'il utilise: blues électrique fluide ou notes de basse avec la guitare arch-top, folk ou atmosphérique avec la 12-cordes, country blues au banjo, très roots au violon. Dénudé dans l'ensemble, le disque révèle des moments sautillants avec la planche à laver et un clin d'oeil au rag. Un véritable trésor montréalais à voir demain soir à L'Astral.
Y. B.
LISZT
Les Préludes, Fantaisie hongroise, Ce qu'on entend sur la montagne. Gabor Farkas, Orchestre de l'État hongrois, Zoltan Kocsis. Warner 2564 66722-6 (Naxos).
La fin de semaine dernière fut marquée par la commémoration du 200e anniversaire de la naissance de Franz Liszt. Lang Lang et Charles Dutoit l'ont célébré à Philadelphie, alors qu'un concert donné à Weimar sous la direction de Christian Thielemann arrosait les écrans européens. Les rares disques symphoniques de cette année Liszt sont nettement dominés par ce concert fiévreux qui nous vient du Palais des arts de Budapest. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir un jour vibrer à l'écoute du poème symphonique Ce qu'on entend sur la montagne. Si vous ne l'appréciez pas ici, vous ne le supporterez jamais. L'excellent pianiste Kocsis est devenu un non moins excellent chef qui semble carburer à la passion... Le seul défaut est ici la prise de son trop peu directive: on entend distinctement les toux des spectateurs.
Liszt - Fantaisie hongroise
Christophe Huss
Pop rock
Mylo Xyloto
Coldplay
Parlophone (EMI)
C'est à se demander à qui Coldplay tente de plaire. Ses premiers albums avaient conquis pour toujours les coeurs tristes, qui trouvaient réconfort dans les pièces brumeuses du chanteur Chris Martin. Son dernier opus, Viva la Vida or Death and All His Friends, l'avait propulsé au sommet des palmarès même s'il avait gardé une touche audacieuse. Voici qu'avec Mylo Xyloto (prononcer «my-lo zy-letoe» dans les cocktails dînatoires), Coldplay plonge ses pièces dans le chocolat fondu et ajoute une vrille de caramel. Les Britanniques optent un peu partout pour des sons plus doux à l'oreille des fans de musique dance, de pop de clubs. Sur Paradise, ils optent pour la fibre rap, Major Minus est pavé de gros «ouh ouh» à la U2 et Princess of China, en duo avec nulle autre que Rihanna, nous amène plus loin que jamais de Yellow. Mylo Xyloto fera sûrement de bons concerts, mais en disque, il faut avoir la dent sucrée.
Coldplay - Princess of China (avec Rihanna)
Philippe Papineau
Chanson
MARA TREMBLAY
Mara Tremblay
Audiogram - Sélect
C'était le show de sa vie. Mai 2009 au National. Le son qu'elle aimait, les gars qu'il lui fallait: le parfait équilibre entre ce qui égratigne et ce qui caresse, sa nature profonde en musique. Et puis le corps n'a plus suivi, Mara a traversé son enfer. Après, Mara ne pouvait tout simplement pas reprendre là où la vie l'avait laissée: Olivier Langevin, Pierre Fortin, Guillaume Chartrain, Jocelyn Tellier sont les meilleurs, réquisitionnés partout. Et puis, Mara elle-même est ailleurs, se produit seule ces jours-ci (à Coup de coeur, notamment, samedi 5 novembre au Lion d'Or), c'est sa thérapie. Seule possibilité de rattraper la belle affaire: convoquer les gars en studio, quelques soirs entre les engagements, refaire le show. Live pareil. C'est ça qu'on a. On comprend encore plus à l'écoute la nécessité de marquer le coup: les chansons du premier album, surtout, Le teint de Linda, Tout nue avec toi, Le bateau, exultent, libres comme jamais, exsudent le bonheur. Essayez ça en auto.
Mara Tremblay - Le Bateau
Sylvain Cormier
Chanson
Syncop
Sïrocco d'érable
Disques Nuits d'Afrique / DEP
Voilà bientôt une décennie que Syncop transgresse les genres en captant la manière d'une ville «si belle quand elle est colorée». Au menu du chanteur Karim: l'identité plurielle, le choc culturel, le couscous piquant et la poutine souriante dans ce pays de raï-hop, de ragga et de chanson. Il chante l'aliénation, récite le courage de la femme et raconte la déchirure des liens sacrés. La musique y est accrocheuse, mélodique, et surtout interprétée en français: une intention rassembleuse et un résultat heureux. Si la sauce arabo-berbère prend avec une panoplie de styles et d'inflexions nord-africains, elle se fond dans la guitare tournoyante et la kora, le reggae-ragga de Face T, l'urbanité de Riddim Wise Sound et même le remixage de Chaffik de Loco Locass. Avec de nouveaux musiciens, Karim lance enfin un premier disque complet. Un brillant métissage de chansons! Suite le 26 novembre au Mile End, en première partie de Bombino.
Syncop - A contre courant
Yves Bernard
Classique
BRUCKNER
Symphonie no 4. Yannick Nézet-Séguin (Atma), Mario Venzago (CPO), Gerd Schaller (Profil), Bernard Haitink (LSO).
Yannick Nézet-Séguin et le Métropolitain nous arrivent avec leur quatrième CD Bruckner: la «Romantique» enregistrée en avril 2011. Cette version un peu moins tonique que le concert donné à Verdun en a les mêmes légers défauts: un andante un brin lent et un trio de 3e volet doucereux. C'est un «bon» disque dans la carrière du chef, mais pas un disque déterminant dans la discographie de l'oeuvre, à laquelle trois autres chefs se frottent concomitamment. Le Suisse Mario Venzago entame une intégrale avec les nos 4 et 7, mais il rate la 4e avec des cuivres fades. Haitink à Londres est une catastrophe opaque, peu en place et avachie. Le plus intéressant est un inconnu, Gerd Schaller, chef de province en Allemagne, qui groupe la 4e, la 7e et une version achevée de la 9e. Tout est passionnant, avec une superbe transparence et une logique imparable. Un chef à suivre.
Yannick Nézet-Séguin - Bruckner Symphonie no 4
C. H.
Jazz
Autour de Bill Evans
Lozano-Bourassa-Donato-Tanguay
Effendi
Bill Evans avec du saxophone? Certainement. Et bellement. Le projet lancé par le batteur Pierre Tanguay et le saxophoniste Frank Lozano de rendre hommage à l'un des plus influents pianistes de l'histoire du jazz affiche le goût relevé et le ton des productions les plus raffinées. Le quartet qui s'exprime ici (François Bourassa au piano et Michel Donato à la contrebasse complètent l'ensemble) s'est visiblement fait plaisir. Quatre heures d'enregistrement et une seule prise par pièce, dit-on, un répertoire qui n'hésite pas à sortir des sentiers battus de la Waltz for Debby, une interaction absolument fluide. C'est lyrique, il y a du swing, des ballades et des touches bleues de bop. Merci. Hautement mélodique et romantique, la musique d'Evans est bien servie par Bourassa et Lozano — dont on apprécie la sensibilité d'interprétation de lignes conçues au piano. Très beau projet qui honore la simplicité.
Guillaume Bourgault-Côté
Reprises
SEEKING MAJOR TOM
William Shatner
Cleopatra
Kirk à l'Entreprise? Non! William Shatner l'entrepreneur! Le diplômé de McGill, cultissime cabotin à 80 ans bien sonnés, a encore trouvé de quoi faire fructifier son fonds de commerce intergalactique: le voilà racontant, deux disques durant, l'équipée de Major Tom — le Major Tom du Space Oddity de David Bowie. L'idée est marrante et tordue, digne de l'avocat Danny Crane: s'approprier toutes les chansons ayant pour sujet la chose spatiale (Space Cowboy, Walking on the Moon, Rocket Man...), inviter toutes les vieilles vedettes de rock avec un fond trekkie (de Dave Davies à Edgar Froese de Tangerine Dream, vaste clientèle), et surjouer le tout en leur compagnie comme seul Shatner sait surjouer. Là est tout le plaisir: on sait que ça va être grotesque. On le sait depuis 1968, alors qu'il «dramatisait» Lucy in the Sky with Diamonds, décrété «worst Beatles cover ever». Shatner, une fois de plus, va là où personne n'est allé avant lui. Au bout de l'autodérision. Insupportable et jouissif.
William Shatner - Rocket Man
S. C.
Blues
The Road Is Dark
Michael Jerome Browne
Borealis
En valeureux guerrier, le multi-instrumentiste Michael Jerome Browne a bourlingué sur toutes les routes du roots américain. Il pose ici ses guitares sur les plaintes du blues, qu'il interprète avec des inflexions assez douces dans un soul à peine éraillé. Il chante la mort et la rédemption, l'incarcération et les droits civiques, l'infidélité et la dépendance à l'alcool, tous des thèmes qui sont chers à ses inspirateurs, de B. A. Markus, qui signe plus de la moitié des textes, à Tommy Johnson, Frank Lee Sims, J. P. Lenoir, en passant par le Reverend Gary Davis. Ses instruments sont intemporels, comme les techniques qu'il utilise: blues électrique fluide ou notes de basse avec la guitare arch-top, folk ou atmosphérique avec la 12-cordes, country blues au banjo, très roots au violon. Dénudé dans l'ensemble, le disque révèle des moments sautillants avec la planche à laver et un clin d'oeil au rag. Un véritable trésor montréalais à voir demain soir à L'Astral.
Michael Jerome Browne - The Road is Dark
Y. B.
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