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    Maison symphonique: la cathédrale sonore

    L'OSM interprète des oeuvres québécoises et la 9e de Beethoven pour inaugurer sa nouvelle salle

    8 septembre 2011 | Christophe Huss | Musique
    Le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), Lucien Bouchard, ont inauguré hier soir sans fausse note la Maison symphonique de Montréal sous le regard brillant du maestro Kent Nagano, des musiciens et d’un parterre de spectateurs triés sur le volet.<br />
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), Lucien Bouchard, ont inauguré hier soir sans fausse note la Maison symphonique de Montréal sous le regard brillant du maestro Kent Nagano, des musiciens et d’un parterre de spectateurs triés sur le volet.
    Ça y est! Devant un parterre de dignitaires et de notables, la nouvelle salle de concert de Montréal a ouvert ses portes hier soir, aux sons d'œuvres contemporaines québécoises et de la 9e Symphonie de Beethoven.

    Plus tôt dans la journée, le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine avait annoncé le nom officiel de cette nouvelle institution: la Maison symphonique de Montréal.

    Les spectateurs, composés de mécènes, de personnalités et de gens des médias, ont d'abord foulé un tapis mauve pour assister à cette soirée sur invitation. Le grand public, qui pourra entendre le programme à la Maison symphonique de Montréal demain et samedi, était invité à suivre la soirée festive sur écran géant. La diffusion sur l'esplanade de la 9e Symphonie de Beethoven, habillée de prestations du Cirque Éloise et de paroles édifiantes, était également relayée par la télévision de Radio-Canada.

    Les discours inauguraux réunissaient dans un même souffle deux premiers ministres, ancien et actuel: Lucien Bouchard et Jean Charest. Le premier a rendu un hommage appuyé au second: «Il s'est trouvé un premier ministre et un gouvernement pour décider et agir. Ce sera votre honneur et celui de votre gouvernement d'avoir doté le Québec de cette magnifique réalisation.»

    M. Bouchard a également souligné le travail de trois personnes auxquelles l'OSM doit «son existence et son prestige»: Wilfrid Pelletier, Pierre Beïque et Charles Dutoit, avant de s'adresser à Kent Nagano et aux musiciens actuels. Il voit en la construction de cette salle un hommage à «leur talent et leur passion». Enfin, Lucien Bouchard a tenu à souligner l'apport déterminant de Monique Jérôme-Forget à cette réalisation.

    Qualifiée en 2006, par la nouvelle vice-première ministre Line Beauchamp, d'«ange gardien de ce projet», l'ancienne présidente du Conseil du trésor savourait dans le public ces moments dont elle avait rêvé ainsi que des hommages mérités. «Au nom de tous les Québécois: merci!» a renchéri Jean Charest à l'adresse de son ancienne ministre, chaleureusement applaudie.

    Le premier ministre a insisté sur le fait que «la force de notre culture nous a gardés vivants depuis 400 ans» et que l'OSM, «l'une des institutions du Québec les plus mondialement connues» méritait cet «investissement en culture, source d'épanouissement pour notre société». Jean Charest voit en cette nouvelle salle un élément qui «donne à tout le Québec un élan de créativité».

    Loin du miracle

    Kent Nagano ne s'est pas exprimé verbalement. On l'attendait d'ailleurs plutôt au tournant musical, de même — évidemment et surtout — que la salle, dont on allait enfin jauger l'acoustique.

    On nous avait tant vanté une salle que le monde entier nous envierait, qu'on avait fini par le croire, oubliant que l'acoustique n'est pas une science exacte.

    On conçoit aujourd'hui des salles avant de construire un bâtiment autour. Ces salles sont dites ajustables par des panneaux régulant la hauteur du plafond, des rideaux, etc. Il était clair avant même l'inauguration que la finesse du réglage sonore prendrait un ou deux ans. Mais dans le cas de la Maison symphonique de Montréal, on est très loin de parler de finesse de paramétrage. C'est un véritable ravalement et une remise en cause profonde qu'il va falloir pour que cette salle réponde aux attentes élevées.

    Assurément, concentrer toute cette science pour se retrouver avec une acoustique digne d'une salle des pas perdus n'était pas au programme du cahier des charges du ministère. Pour une salle de concert, celle-ci a une étrange acoustique de cathédrale, avec une réverbération massive tout à fait inédite dans l'histoire récente des créations de salles de concert.

    Ce paramètre nécessite assurément de baisser la partie du plafond au-dessus de la scène, pour calquer l'espace dont ont bénéficié les musiciens placés au-dessus de l'orchestre (choeurs, solistes, flûte dans l'oeuvre de Gilles Tremblay), qui, eux, sonnaient bien.

    Ce qui est un peu plus inquiétant, c'est que, malgré le généreux halo, le son manque pour l'heure d'attaque, de présence, de clarté, de chaleur et de vie. Or l'histoire nous dit que les premières impressions révèlent la personnalité intrinsèque d'une salle. On peut l'aménager, pas la transfigurer.

    Du travail à faire

    La firme d'acousticiens Artec a en poche un contrat d'un an pour effectuer les adaptations de la salle et son optimisation. Ses ingénieurs risquent d'avoir beaucoup plus de travail qu'ils ne s'y attendaient.

    Un gros effort de dernière minute a été consenti par le groupe Ovation, un partenaire privé, pour donner du lustre aux couloirs et aux foyers, transformés par rapport au chantier des derniers jours.

    Il faut dire que le bâtiment n'est pas encore tout à fait complété. Débuté en mai 2009 seulement, il ne sera définitivement achevé qu'à la fin décembre. Son coût de 266 millions de dollars comprend — à peu près à égalité de parts — le prix de la construction et celui de son entretien par le partenaire privé sur une période de trente années.

    Quant à la musique, nous avons entendu une mystérieuse oeuvre pour choeur de Vivier, une composition pour flûte un peu longuette de Gilles Tremblay, mais avec des effets dynamiques saisissants, et une création vigoureuse, à la fois moderne et consensuelle de Julien Bilodeau.

    La 9e Symphonie de Beethoven par Kent Nagano, nous la connaissons depuis le concert inaugural de 2006. L'approche est vive, très musicologique et peu frémissante. En l'état, la polyphonie orchestrale ne gagne pas vraiment en clarification dans la nouvelle salle, même si le son d'ensemble a plus d'impact.

    Les musiciens, très contents du son qu'ils entendent sur scène, n'ont pas encore trouvé leurs marques les uns par rapport aux autres et l'étagement de l'orchestre en paliers mérite d'être reconsidéré, notamment pour les contrebasses, qui pâtissent du manque d'ampleur des graves.

    La salle est ouverte. Mais elle est pour l'instant bien plus belle à voir qu'à entendre. Le défi est à présent d'équilibrer ses qualités visuelles avec ses qualités sonores.
     
     
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