Vitrine du disque - 5 août 2011
Pop-rock
Tosta Mista
Hooded Fang
Daps Records
Hooded Fang a le vent dans les voiles depuis quelques mois, son premier disque, intitulé prudemment Album, ayant été choisi parmi les 40 meilleurs disques au pays par les jurys du prix Polaris. Revoilà déjà les Torontois avec un deuxième effort, Tosta Mista, dont il faut profiter pendant qu'il fait encore chaud. Parce que leur indie-pop «classique» a pris un gros virage ensoleillé, où les guitares, baignées dans l'écho, livrent des mélodies simples et accrocheuses. Ici, on croirait entendre les Beach Boys (sans les harmonies vocales); là, un esprit «Elvis à Hawaï»; ailleurs, le Beck de Devil's Haircut ou même Vampire Weekend. Tosta Mista — aussi le nom d'un sandwich portugais (?!) — se laisse découvrir facilement, car très homogène dans l'énergie — et donc peu surprenant. Il ne faut pas aimer les disques fleuves, car Hooded Fang offre 23 minutes de musique, réparties en sept titres et trois interludes. Un peu de zèle n'aurait pas fait de tort.
Philippe Papineau
Afro-caribéenne
Chaleur des îles
Doody le Tigre
Indépendant / MMM
Sympathique personnage, Doody le Tigre synthétise plusieurs musiques afro-caribéennes avec une légèreté insouciante. Une écoute trop rapide du disque pourrait faire penser à une version 2.0 de la Compagnie créole, mais ce serait réduire considérablement le potentiel de ce bon vivant. Crooner à ses heures, il se livre à ses romances et sérénades dans un esprit qui évoque la chanson sous la tonnelle. Ambianceur désinvolte, il zouque, adoucit le konpa, le marie avec la samba et le soukous. Il se plonge aussi dans la nostalgie de la rumba congolaise et de la béguine antillaise, deux styles qu'il mélange avec adresse. Il injecte une dose de vaccines dans le synthé pour un rara frénétique et fait un clin d'oeil au Buena Vista en citant Chan Chan. Visiblement, il maîtrise ses références. S'il se proclame ouvertement coureur de jupons, il peut aussi parler de tolérance et d'espoir. Ce soir, il réchauffera la Tohu pour les Black Parents.
Yves Bernard
Chanson
Les enfants de Gorée
Chris Combette
Les Transamazoniennes
Avec sa voix de ténor, il incarne la tendresse de la Guyane française, son pays natal, si mal connu. Il dépeint ses moeurs et se plonge dans son histoire avec les mots simples d'une poésie très touchante. Il chante à la mémoire de «ces hommes marchandises que l'on nomme bois d'ébène» ou de ses «ancêtres pas gaulois, Caraïbes intrépides». Le ton est doux comme la caresse d'une bossa, les pièces, délicatement chaloupées, parfois plus animées ou syncopées. On lorgne aussi le reggae acoustique, la chanson de samba ou même le soul funk, toujours subtilement. Entre le français et le créole, le poète devient le véhicule d'une intimité profonde et pourtant haletante. Des vocalises s'élèveront sur les appels et réponses, les cadences se feront plus roots, la contrebasse, plus jazzée, mais toujours au son d'une signature homogène qui confère une légèreté sans danger de surdose. À redécouvrir aux Bobards le 11 août avec Prince Koloni.
Y. B.
Classique
TRIEBENSEE
«L'art de l'arrangement». Amphion. Accent ACC 24232 (SRI).
Le compositeur Joseph Triebensee (1772-1846) est de ceux qui, dans la génération suivant celle de Mozart, ont arrangé pour des ensembles à vent des oeuvres et airs connus. C'est dans les châteaux de la Bohème que l'on utilisait beaucoup le fruit de ce travail. C'est pour cela que, parmi les transcripteurs, on trouve beaucoup de Tchèques et de Moraves. Les sujets de transcription les plus fameux sont les opéras de Mozart, et L'Enlèvement au sérail sut fournir le plus beau et le plus varié matériau. Dans ce disque somptueusement enregistré dans un château du sud de l'Allemagne, l'Octuor Amphion nous propose un menu un peu différent avec des extraits de Médée de Cherubini, le 2e mouvement du Quatuor op. 76 no 3 de Haydn (L'Empereur), la Symphonie no 92, «Oxford», de Haydn — bijou du disque! — et cinq morceaux du Don Giovanni de Mozart. Amphion joue avec ferveur et de superbes couleurs ce substrat renouvelé.
Christophe Huss
Classique
WEBER
Ouvertures. Tapiola Sinfonietta, Jean-Jacques Kantorow. BIS SACD 1760 (SRI).
On a beaucoup repensé Mozart, Haydn, Beethoven et Schubert ces 20 dernières années. Mais, curieusement, chez Beethoven, beaucoup plus les symphonies que les concertos. Tout aussi curieux, certains compositeurs semblent avoir échappé à une relecture à la lumière des «pratiques historiquement informées». Weber (1786-1826) a sauté cette étape... En fait, pas tout à fait, mais le disque du Hanover Band, sur instruments anciens, fut vite oublié. On se retrouve donc directement à une époque (la nôtre) où le vocabulaire baroque a été repris par des ensembles jouant sur instruments modernes. C'est le cas des symphonies de Beethoven par Paavo Järvi et c'est le cas des ouvertures de Weber par le Tapiola Sinfonietta, pour un résultat rafraîchissant. Cet orchestre transparent et malléable nous offre un Weber tonique et juste. Il n'y a pas mieux pour qui veut aller au-delà du trio Freischütz-Oberon-Euryanthe.
C. H.
Classique
MOZART
Symphonies nos 39 et 41. English Baroque Soloists, John Eliot Gardiner. SDG 711 (Naxos). Ouvertures. La Cetra, Andrea Marcon. Deutsche Grammophon 477 9445.
John Eliot Gardiner nous a livré tant de disques désespérants ces dernières années (notamment une hideuse intégrale des symphonies Brahms) que ce couplage des Symphonies nos 39 et 41 est plutôt une bonne surprise. Gardiner est un chef fiable pour qui cherche une application solide et cohérente des préceptes baroques. Même si son disque, méthodique et un peu raide, ne me fait pas me relever la nuit, il y a quelques idées à glaner dans telle ou telle transition, tel ou tel équilibre. Gardiner ne sombre jamais dans la violence en matière d'accentuation et de contrastes, contrairement à Jacobs, plus partial, plus critiquable mais plus passionnant. Le disque d'Andrea Marcon est, lui, un exemple de raideur frigide dogmatique et musclée. Son disque d'ouvertures est à éviter au profit de celui d'Alessandrini chez Naïve.
C. H.
Tosta Mista
Hooded Fang
Daps Records
Hooded Fang a le vent dans les voiles depuis quelques mois, son premier disque, intitulé prudemment Album, ayant été choisi parmi les 40 meilleurs disques au pays par les jurys du prix Polaris. Revoilà déjà les Torontois avec un deuxième effort, Tosta Mista, dont il faut profiter pendant qu'il fait encore chaud. Parce que leur indie-pop «classique» a pris un gros virage ensoleillé, où les guitares, baignées dans l'écho, livrent des mélodies simples et accrocheuses. Ici, on croirait entendre les Beach Boys (sans les harmonies vocales); là, un esprit «Elvis à Hawaï»; ailleurs, le Beck de Devil's Haircut ou même Vampire Weekend. Tosta Mista — aussi le nom d'un sandwich portugais (?!) — se laisse découvrir facilement, car très homogène dans l'énergie — et donc peu surprenant. Il ne faut pas aimer les disques fleuves, car Hooded Fang offre 23 minutes de musique, réparties en sept titres et trois interludes. Un peu de zèle n'aurait pas fait de tort.
Hooded Farm: Brahma
Afro-caribéenne
Chaleur des îles
Doody le Tigre
Indépendant / MMM
Sympathique personnage, Doody le Tigre synthétise plusieurs musiques afro-caribéennes avec une légèreté insouciante. Une écoute trop rapide du disque pourrait faire penser à une version 2.0 de la Compagnie créole, mais ce serait réduire considérablement le potentiel de ce bon vivant. Crooner à ses heures, il se livre à ses romances et sérénades dans un esprit qui évoque la chanson sous la tonnelle. Ambianceur désinvolte, il zouque, adoucit le konpa, le marie avec la samba et le soukous. Il se plonge aussi dans la nostalgie de la rumba congolaise et de la béguine antillaise, deux styles qu'il mélange avec adresse. Il injecte une dose de vaccines dans le synthé pour un rara frénétique et fait un clin d'oeil au Buena Vista en citant Chan Chan. Visiblement, il maîtrise ses références. S'il se proclame ouvertement coureur de jupons, il peut aussi parler de tolérance et d'espoir. Ce soir, il réchauffera la Tohu pour les Black Parents.
Doody le Tigre: Min Doody
Chanson
Les enfants de Gorée
Chris Combette
Les Transamazoniennes
Avec sa voix de ténor, il incarne la tendresse de la Guyane française, son pays natal, si mal connu. Il dépeint ses moeurs et se plonge dans son histoire avec les mots simples d'une poésie très touchante. Il chante à la mémoire de «ces hommes marchandises que l'on nomme bois d'ébène» ou de ses «ancêtres pas gaulois, Caraïbes intrépides». Le ton est doux comme la caresse d'une bossa, les pièces, délicatement chaloupées, parfois plus animées ou syncopées. On lorgne aussi le reggae acoustique, la chanson de samba ou même le soul funk, toujours subtilement. Entre le français et le créole, le poète devient le véhicule d'une intimité profonde et pourtant haletante. Des vocalises s'élèveront sur les appels et réponses, les cadences se feront plus roots, la contrebasse, plus jazzée, mais toujours au son d'une signature homogène qui confère une légèreté sans danger de surdose. À redécouvrir aux Bobards le 11 août avec Prince Koloni.
Chris Combette: Les Enfants de Gorée
Y. B.
Classique
TRIEBENSEE
«L'art de l'arrangement». Amphion. Accent ACC 24232 (SRI).
Le compositeur Joseph Triebensee (1772-1846) est de ceux qui, dans la génération suivant celle de Mozart, ont arrangé pour des ensembles à vent des oeuvres et airs connus. C'est dans les châteaux de la Bohème que l'on utilisait beaucoup le fruit de ce travail. C'est pour cela que, parmi les transcripteurs, on trouve beaucoup de Tchèques et de Moraves. Les sujets de transcription les plus fameux sont les opéras de Mozart, et L'Enlèvement au sérail sut fournir le plus beau et le plus varié matériau. Dans ce disque somptueusement enregistré dans un château du sud de l'Allemagne, l'Octuor Amphion nous propose un menu un peu différent avec des extraits de Médée de Cherubini, le 2e mouvement du Quatuor op. 76 no 3 de Haydn (L'Empereur), la Symphonie no 92, «Oxford», de Haydn — bijou du disque! — et cinq morceaux du Don Giovanni de Mozart. Amphion joue avec ferveur et de superbes couleurs ce substrat renouvelé.
Triebensee, Haydn: Symphonie 92, finale
Christophe Huss
Classique
WEBER
Ouvertures. Tapiola Sinfonietta, Jean-Jacques Kantorow. BIS SACD 1760 (SRI).
On a beaucoup repensé Mozart, Haydn, Beethoven et Schubert ces 20 dernières années. Mais, curieusement, chez Beethoven, beaucoup plus les symphonies que les concertos. Tout aussi curieux, certains compositeurs semblent avoir échappé à une relecture à la lumière des «pratiques historiquement informées». Weber (1786-1826) a sauté cette étape... En fait, pas tout à fait, mais le disque du Hanover Band, sur instruments anciens, fut vite oublié. On se retrouve donc directement à une époque (la nôtre) où le vocabulaire baroque a été repris par des ensembles jouant sur instruments modernes. C'est le cas des symphonies de Beethoven par Paavo Järvi et c'est le cas des ouvertures de Weber par le Tapiola Sinfonietta, pour un résultat rafraîchissant. Cet orchestre transparent et malléable nous offre un Weber tonique et juste. Il n'y a pas mieux pour qui veut aller au-delà du trio Freischütz-Oberon-Euryanthe.
Weber: Le Maître des esprits, ouverture
C. H.
Classique
MOZART
Symphonies nos 39 et 41. English Baroque Soloists, John Eliot Gardiner. SDG 711 (Naxos). Ouvertures. La Cetra, Andrea Marcon. Deutsche Grammophon 477 9445.
John Eliot Gardiner nous a livré tant de disques désespérants ces dernières années (notamment une hideuse intégrale des symphonies Brahms) que ce couplage des Symphonies nos 39 et 41 est plutôt une bonne surprise. Gardiner est un chef fiable pour qui cherche une application solide et cohérente des préceptes baroques. Même si son disque, méthodique et un peu raide, ne me fait pas me relever la nuit, il y a quelques idées à glaner dans telle ou telle transition, tel ou tel équilibre. Gardiner ne sombre jamais dans la violence en matière d'accentuation et de contrastes, contrairement à Jacobs, plus partial, plus critiquable mais plus passionnant. Le disque d'Andrea Marcon est, lui, un exemple de raideur frigide dogmatique et musclée. Son disque d'ouvertures est à éviter au profit de celui d'Alessandrini chez Naïve.
Mozart: Symphonie 39, finale Gardiner
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