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18es FrancoFolies de Spa - QuébécoFolies, premières du nom

Sylvain Cormier   23 juillet 2011  Musique
On les a comptés: dix tout rond. Ils sont dix artistes québécois (et canadiens francophones) à se produire cette semaine au cœur des Ardennes belges, d'Alex Nevsky à Radio Radio. À ce chiffre-là, ça devient événementiel, et ça se souligne. Soulignons.

Spa — Dans l'immense Salon rose du vieux Casino de Spa, qui accueillit les têtes couronnées venues clapoter dans les eaux ferrugineuses et se distraire agréablement par la même occasion, — si Pierre Le Grand, tsar de toutes les Russies, avait eu sa page Facebook, il aurait cliqué «J'aime» sur son mur —, la petite assemblée est clairsemée. En ce lendemain de veille de fête nationale belge, ce n'est pas si mal. Nous sommes presque nombreux. Et pas que des Québécois, même si la solidarité a joué. Les «antennes» Patricia Van de Weghe et Charles Pirnay ont bel et bien envoyé leurs bonnes ondes, Musicaction a fourni le courant, et les Francos l'emplacement chic: médias belges, agents belges d'artistes belges, tourneurs belges, pique-assiette belges, ceux qu'on voulait attirer et même ceux qu'on aurait voulu éviter sont là, gage de succès. Les QuébécoFolies, premières du nom, nous vous baptisons!

L'événement n'est pas banal. Une nouvelle ère s'amorce, pour dire ça pompeusement. Il faut savoir que jusqu'à ces dernières années, l'entente québéco-belge se suffisait d'une rencontre plus ou moins informelle entre artistes, médias et pros du métier, le plus souvent à l'initiative de l'agence de promotion Wallonie-Bruxelles Musiques: on rencontrait des Belges, les Belges rencontraient des Québécois, parfois un Belge chantait une chanson ou deux, et puis voilà. Difficile d'en faire un plat: peu de Québécois étaient programmés aux Francos de Spa, c'était le problème. Deux, trois chanteurs, parfois un groupe qui cartonnait (Mes Aïeux), pas de quoi péter un bouton de col. Et puis les efforts de tout un chacun ont payé, le patron Charles Gardier a multiplié les invitations et ses séjours chez nous, de sorte que ces dernières années, mine de rien, la représentation a augmenté. Et puis quelqu'un chez Virago (la boîte de Patricia et Charles) a fait ce printemps le calcul étonnant qui s'imposait: dix, ils allaient être dix artistes québécois (et canadiens francophones, rapport aux Acadiens de Radio Radio) à essaimer les scènes des Francos 2011.

Dont acte. D'où ces premières QuébécoFolies. Avec un nom pour chapeauter, ça présente mieux. Ça officialise. Pas un festival dans le festival, on n'en est pas encore là: simple vitrine, pour commencer. Un showcase doublé d'une rencontre professionnelle. Avec un petit carton imprimé à des milliers d'exemplaires et distribué dans les rues, donnant le détail des prestations québécoises, par jour. Une démarche, quoi. Du concret. Du conjugué. Du fomenté exprès. Une opération Québec à Spa, quoi.

Révélatrices prestations

Et ça ressemblait à quoi, ces premières QuébécoFolies? Eh bien, c'était bien. Modestement bien. Sympathiquement bien. Les artistes présents se sont succédé le temps d'une minimale prestation, les artistes déjà repartis (Damien Robitaille) et les pas encore arrivés (Misteur Valaire, Cowboys fringants) avaient leur vidéo. C'est fou ce qu'on peut déduire de courtes prestations effectuées dans des conditions approximatives: ça révèle les caractères. Alex Nevsky manquait de son, semblait hors d'équilibre. Pas trop malheureux, il rigolait de son inconfort. «C'est un peu tôt», a-t-il offert, un brin gêné. Remarquez, la veille sur la nouvelle scène des Arcades, tout s'était mal passé, le public était désespérément absent, et le beau gosse a survécu. Bon signe.

Les gars et la fille trompettiste de Radio Radio se souciaient comme d'une guigne du son et de l'heure: ils ont fait leur hip-hop sans chichi, énergiquement comme à l'accoutumée, et se sont gagnés instantanément des observateurs, ça se sentait. Suivait Marie-Pierre Arthur, à Spa pour la Soirée 3 Francos avec le Français Albin de la Simone et le Belge Sacha Toorop, après le même triplé à La Rochelle et à Montréal. Elle était, elle, parfaitement à l'aise et heureuse: dans sa bulle de chanson. En une minute, on touchait au moment de grâce: une guitare à gratter, un micro pour chanter, c'est tout ce qu'il lui fallait pour jouir de la drôle de situation. Championne.

Francis d'Octobre, à qui revient cette année l'ingrate mais formatrice tournée des Bars en Folie (tâche dont un Damien Robitaille ou un Antoine Gratton, par exemple, s'étaient joyeusement tirés), était plus intimidé par le contexte, et son Chercheur d'or était bien statique. Pas de souci pour le vétéran-revenant François Guy, qui avait pourtant avec lui ses choristes et ses musiciens venus de Petite-Vallée: le plaisir de chanter et jouer C'est grand la vie était trop grand et la vie trop courte. Pas démontable non plus, Jérôme Minière, à deux jours de recevoir officiellement le prix Rapsat-Lelièvre, s'est amusé de l'absence de ses musiciens, il avait une bande: «Je les ai déshydratés, ils sont sous mon chapeau...», et tout le monde a ri. Wagram va bientôt distribuer ses disques en Belgique, ça baigne pour lui.

On vous reparlera des spectacles des uns et des autres: sachez déjà que Damien a ramé au dôme Fortis, mais néanmoins franchi le Rubicon. Désarmant Damien: même une petite foule frigorifiée n'a pu longtemps résister au personnage. «Je vais faire un classique du répertoire canadien», a-t-il lancé avant son Porc-épic. Au royaume de la bédé, on aime bien les décalés marrants.

Les QuébécoFolies se sont poursuivies par un «brunch québécois» si peu québécois que c'en était drôle: dans ces moments-là, on est quand même loin de chez soi. La petite assemblée s'est peu à peu dispersée, mais pas avant que des artistes français et belges (ou leurs agents) eurent distribué des disques promo aux médias et pros québécois. La porte, constatait-on, se franchissait dans les deux sens, et c'était surtout les Européens qui avaient compris la manoeuvre. Tant mieux pour eux: l'idée de Pat et Charles et des Francos de Spa était de rendre la porte visible, et celles du Salon rose ne manquaient pas d'allure. On saura assez tôt qui, du Québec, en sera sorti gagnant.

***

Sylvain Cormier est l'invité de l'agence Wallonie-Bruxelles Musiques aux FrancoFolies de Spa
 
 
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