Libre opinion - Rocker à vie
Cher Jean «Elvis» Laberge, le hasard a voulu que j'écoute du vieux Charlebois en lisant votre lettre teintée de mépris («100 000 Elvis Gratton») publiée mardi dans Le Devoir. C'est ce qui jouait dans le restaurant où je dînais bien tranquillement, en lisant mon journal. Et cela m'a donné envie de vous répondre — ce que je n'ai jamais fait puisque d'habitude, je suis payé pour écrire dans un journal.
Je n'étais pas au show de Metallica sur les plaines d'Abraham, parce que ma journée de travail commence aux aurores ces jours-ci. Mais j'ai vu les parrains du heavy metal lors de leurs deux derniers passages au Centre Bell, à Montréal. J'ai donc fait mes devoirs de rocker.
U2, par contre, j'y étais et croyez-moi, ce spectacle grandiose — si, si! — valait chaque sou noir que j'ai déboursé pour ma paire de billets (à 250 $ pièce, ça fait beaucoup de «cennes»). C'était d'ailleurs la quatrième fois que je les voyais en spectacle; la première fois, c'était en 1985. Autre spectacle inoubliable.
Loin de moi l'intention de me lancer dans le pétage de bretelles, mais j'ai vu au moins 200 «shows rock», peut-être même 300, depuis mon tout premier, en 1977 (Kiss au Forum, avec Cheap Trick en première partie). J'ai vu des artistes québécois dans le lot, aussi: Offenbach au Forum à trois reprises, Pagliaro, Charlebois, Éric Lapointe... et même, je le confesse, Céliiiine. Trois fois, en plus!
Or, je n'ai jamais eu l'impression, encore moins l'intention, de poser un geste politique. J'aime le rock à toutes les sauces, qu'il soit pesant, planant, léger ou carrément frivole; je l'aime même quand il est un peu sale. Mais je ne revendique absolument rien d'autre que l'amour de ce genre musical, que ce soit lorsque je vais voir les Rolling Stones à 300 $ le billet ou Plume à 45 $ au Métropolis.
Un colonisé?
J'aime le rock et il se trouve, malheureusement, que c'est un genre qui se conjugue plus souvent en anglais qu'en français. À part Lapointe, le rock dit «classique», celui de ma génération, se meurt au Québec, depuis la fin d'Offenbach et Corbeau, depuis que Charlebois ne rocke plus, depuis que Pagliaro ne fait plus de disques... Est-ce que cela fait de moi un colonisé? Un suppôt de l'impérialisme culturel anglo-saxon? Un Elvis Gratton?
Désolé, mais je refuse ces étiquettes. Et cela n'a rien à voir avec mes couleurs politiques, que je me garde bien de révéler, par pudeur (et éthique professionnelle, aussi). Vous en avez, M. Laberge, contre Metallica? Contre McCartney? Contre Elton John? Visiblement, vous avez un problème avec les monuments. Or, quels monuments avons-nous au Québec, à part Céline? Félix et Léveillée sont morts, Vigneault, Ferland et Charlebois ne sont pas éternels.
Pourquoi irais-je au spectacle de la Saint-Jean si aucun des artistes présents ne m'inspire? Pour poser un geste politique? Désolé, je ne mélange pas l'amour et la politique. Et j'aime la musique (rock, surtout), plus que n'importe quoi. Si c'est c'est ça, un Elvis Gratton, hé bien dans ce cas, je m'autoproclame Elvis Laguë.
Rock'n Roll!
***
Philippe Laguë - Journaliste
Je n'étais pas au show de Metallica sur les plaines d'Abraham, parce que ma journée de travail commence aux aurores ces jours-ci. Mais j'ai vu les parrains du heavy metal lors de leurs deux derniers passages au Centre Bell, à Montréal. J'ai donc fait mes devoirs de rocker.
U2, par contre, j'y étais et croyez-moi, ce spectacle grandiose — si, si! — valait chaque sou noir que j'ai déboursé pour ma paire de billets (à 250 $ pièce, ça fait beaucoup de «cennes»). C'était d'ailleurs la quatrième fois que je les voyais en spectacle; la première fois, c'était en 1985. Autre spectacle inoubliable.
Loin de moi l'intention de me lancer dans le pétage de bretelles, mais j'ai vu au moins 200 «shows rock», peut-être même 300, depuis mon tout premier, en 1977 (Kiss au Forum, avec Cheap Trick en première partie). J'ai vu des artistes québécois dans le lot, aussi: Offenbach au Forum à trois reprises, Pagliaro, Charlebois, Éric Lapointe... et même, je le confesse, Céliiiine. Trois fois, en plus!
Or, je n'ai jamais eu l'impression, encore moins l'intention, de poser un geste politique. J'aime le rock à toutes les sauces, qu'il soit pesant, planant, léger ou carrément frivole; je l'aime même quand il est un peu sale. Mais je ne revendique absolument rien d'autre que l'amour de ce genre musical, que ce soit lorsque je vais voir les Rolling Stones à 300 $ le billet ou Plume à 45 $ au Métropolis.
Un colonisé?
J'aime le rock et il se trouve, malheureusement, que c'est un genre qui se conjugue plus souvent en anglais qu'en français. À part Lapointe, le rock dit «classique», celui de ma génération, se meurt au Québec, depuis la fin d'Offenbach et Corbeau, depuis que Charlebois ne rocke plus, depuis que Pagliaro ne fait plus de disques... Est-ce que cela fait de moi un colonisé? Un suppôt de l'impérialisme culturel anglo-saxon? Un Elvis Gratton?
Désolé, mais je refuse ces étiquettes. Et cela n'a rien à voir avec mes couleurs politiques, que je me garde bien de révéler, par pudeur (et éthique professionnelle, aussi). Vous en avez, M. Laberge, contre Metallica? Contre McCartney? Contre Elton John? Visiblement, vous avez un problème avec les monuments. Or, quels monuments avons-nous au Québec, à part Céline? Félix et Léveillée sont morts, Vigneault, Ferland et Charlebois ne sont pas éternels.
Pourquoi irais-je au spectacle de la Saint-Jean si aucun des artistes présents ne m'inspire? Pour poser un geste politique? Désolé, je ne mélange pas l'amour et la politique. Et j'aime la musique (rock, surtout), plus que n'importe quoi. Si c'est c'est ça, un Elvis Gratton, hé bien dans ce cas, je m'autoproclame Elvis Laguë.
Rock'n Roll!
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Philippe Laguë - Journaliste
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