Southside Johnny & The Asbury Jukes au Club Soda - La bataille
On n'était pas au Stone Pony, disons. Au Stone Pony d'Asbury Park, New Jersey, chef-lieu du fief à Southside Johnny et ses Asbury Jukes, tout le monde aurait chanté toutes les chansons, et on aurait été debout de bout en bout. Ailleurs aussi, remarquez: Southside joue partout en Amérique et en Europe devant des auditoires extatiques. Faut dire qu'en 35 ans de shows invariablement formidables, il les a fidélisés, ses fans. Ici, la dernière fois, la seule fois, c'était au El Casino le 18 décembre 1978. Au Soda hier, avec le Café Cléopâtre en face au lieu du boardwalk et de l'océan, Southside Johnny était comme qui dirait en terra nova.
Les fans finis étaient si peu nombreux qu'on les remarquait (devant, sur les côtés). Derrière moi, un monsieur informait madame que le chanteur était paraît-il une connaissance de Bruce Springsteen lui-même. Ça donne le ton. Au FIJM, il y a ainsi des salles à moitié touristiques: ils font confiance à la programmation, tiens, pourquoi pas Southside Johnny?
Il en était un brin désarçonné, le Johnny, au début. Il cherchait ses marques, tournait dans son espace au centre de la scène, tel un boxeur dans l'arène, étudiant l'adversaire. Les Jukes étaient tout de suite fameusement bons, comme de raison, il n'y a rien de plus rentre-dedans que ces cuivres, ce soul, cette voix, la machine est incomparable autant qu'imparable. Champions du New Jersey, les frères de la côte n'ont peur de personne, et l'abordage est d'ordinaire affaire de routine: n'empêche qu'il a fallu un doublé de chansons de Springsteen, la frénétique Talk To Me et l'épique Love On The Wrong Side Of Town (écrite avec Miami Steve Vand Zandt) pour que ça exulte un peu. «It's gonna be one of those nights», a commenté Southside, haussant les sourcils: eh oui, il allait encore devoir se battre pour que la soirée justifie «les six heures de route Asbury Park-Montréal».
L'homme a donc retrempé sa chemise mouillée, soufflé comme deux diables plutôt qu'un dans son harmonica, les gars ont redoublé d'ardeur (comme si c'était possible!), et le Soda a fini par lever. Mais au prix d'un test. «Do you take requests?», a crié quelqu'un. «Non, mais on va continuer de jouer quand même», a d'abord répliqué Southside, cinglant. «Vous voulez quoi? Du Freddie King? D'accord.» Et du tac au tac, les Jukes ont lancé Goin' Down comme s'ils la jouaient tous les soirs. Immense. L'ovation résultante disait tout: même les non-disciples avaient rallié la cause. Après, tout baignait, The Fever, I Don't Want To Go Home, Got To Be A Better Way Home, on était quasiment au Stone Pony. Manquait seulement la plage dehors.
Les fans finis étaient si peu nombreux qu'on les remarquait (devant, sur les côtés). Derrière moi, un monsieur informait madame que le chanteur était paraît-il une connaissance de Bruce Springsteen lui-même. Ça donne le ton. Au FIJM, il y a ainsi des salles à moitié touristiques: ils font confiance à la programmation, tiens, pourquoi pas Southside Johnny?
Il en était un brin désarçonné, le Johnny, au début. Il cherchait ses marques, tournait dans son espace au centre de la scène, tel un boxeur dans l'arène, étudiant l'adversaire. Les Jukes étaient tout de suite fameusement bons, comme de raison, il n'y a rien de plus rentre-dedans que ces cuivres, ce soul, cette voix, la machine est incomparable autant qu'imparable. Champions du New Jersey, les frères de la côte n'ont peur de personne, et l'abordage est d'ordinaire affaire de routine: n'empêche qu'il a fallu un doublé de chansons de Springsteen, la frénétique Talk To Me et l'épique Love On The Wrong Side Of Town (écrite avec Miami Steve Vand Zandt) pour que ça exulte un peu. «It's gonna be one of those nights», a commenté Southside, haussant les sourcils: eh oui, il allait encore devoir se battre pour que la soirée justifie «les six heures de route Asbury Park-Montréal».
L'homme a donc retrempé sa chemise mouillée, soufflé comme deux diables plutôt qu'un dans son harmonica, les gars ont redoublé d'ardeur (comme si c'était possible!), et le Soda a fini par lever. Mais au prix d'un test. «Do you take requests?», a crié quelqu'un. «Non, mais on va continuer de jouer quand même», a d'abord répliqué Southside, cinglant. «Vous voulez quoi? Du Freddie King? D'accord.» Et du tac au tac, les Jukes ont lancé Goin' Down comme s'ils la jouaient tous les soirs. Immense. L'ovation résultante disait tout: même les non-disciples avaient rallié la cause. Après, tout baignait, The Fever, I Don't Want To Go Home, Got To Be A Better Way Home, on était quasiment au Stone Pony. Manquait seulement la plage dehors.
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