L'ascension de Gretchen Parlato

Après deux albums bien reçus, Gretchen Parlato a frappé un grand coup ce printemps avec la parution de The Lost and Found.<br />
Photo: Source FIJM Après deux albums bien reçus, Gretchen Parlato a frappé un grand coup ce printemps avec la parution de The Lost and Found.

Gretchen Parlato a remarqué le phénomène. Depuis que quelques grands noms du jazz se sont enthousiasmés sur son talent et la singularité de son chant jazz, on la perçoit différemment. «Un changement instantané», dit-elle. L'attention du public est plus... attentive. Et les portes s'ouvrent une à une, avant même qu'elle ne frappe.

«Ça ne devrait pas fonctionner comme ça», dit-elle, un peu gênée de profiter d'une situation qui n'a pourtant rien de méchant: elle est bonne, elle est unique, et le bouche à oreille alimente la rumeur à grande vitesse. Alors, le mouvement positif lancé par Wayne Shorter, Herbie Hancock et Kenny Barron se propage. «Les gens se disent que si ces gens-là trouvent ça intéressant, ça doit être pas si mal...» Effectivement.

Après deux albums bien reçus (Billboard a qualifié In a Dream d'album jazz le plus «séduisant» de l'année 2009, et NPR l'a classé dans son top 10 annuel), Parlato a frappé un grand coup ce printemps avec la parution de The Lost and Found. Des deux côtés de l'Amérique, des éloges. Et pour cause. L'album est solide d'un bout à l'autre. Entre des compositions et quelques reprises (Juju de Shorter, Blue in Green de Bill Evans), Parlato présente un jazz à la fois accessible et singulier. Aucune tentative d'imitation de qui que ce soit, juste sa voix à elle qui trace la voie.

On trouve aussi sur ce disque la signature du pianiste touche-à-tout Robert Glasper, à titre de coréalisateur. Parlato l'a rencontré à son arrivée à New York, en 2003. «C'est une grosse influence pour moi, dit-elle en entretien depuis son domicile new-yorkais. J'adore sa façon de voir la musique, de la ressentir.»

Il y a entre les deux musiciens le même attrait pour les musiques américaines au sens large: témoin du vaste bassin d'influences de Parlato, The Lost and Found est bien sûr jazz, mais aussi un peu brésilien, ouest-africain, pop (belle reprise de Holding Back The Years, de Simply Red), soul, folk, R&B... Le chant est subtilement sensuel, très précis dans l'émotion, avec de belles qualités rythmiques. «J'essaie seulement de rendre la musique humaine, dit Parlato. Je veux qu'elle soit à la fois technique et émotionnelle, qu'on puisse sentir les choses.»

Le choix de Holding Back the Years — dont Jimmy Scott proposait une lecture intéressante en 1998 — comme pièce d'introduction au disque illustre bien la collaboration entre Parlato et Glasper. «Robert voulait absolument qu'on ait une reprise de chanson populaire, explique la chanteuse. Il a suggéré cette chanson, mais je n'étais vraiment pas certaine. Sauf que dès que j'ai entendu ses arrangements, dès que j'ai compris ce qu'on pouvait en faire, où on pouvait l'amener, quelles couleurs on pouvait ajouter, j'ai accepté. Il faut toujours faire confiance à Robert Glasper...»

Gretchen Parlato n'a pas eu à faire beaucoup d'efforts pour se mettre en contact avec le monde de la musique. Son père était bassiste — il a notamment joué pour Frank Zappa —, alors que son grand-père était ingénieur du son — il a enregistré Louis Armstrong et Ella Fitzgerald. Dans la maison de son enfance, la musique était donc omniprésente. «On écoutait de tout, du jazz et du classique, beaucoup, mais aussi de la pop, du rock. Mes parents m'ont laissée développer mes goûts sans rien pousser, et je me suis mise au jazz plus sérieusement vers 15-16 ans», raconte-t-elle.

Au départ, c'est le jazz bossa-nova de Stan Getz et Joao Gilberto qui l'a accrochée. Cet album, l'immortel Getz-Gilberto, elle l'a écouté mille fois. Ses premiers disques portaient encore la marque de cet attachement, mais la musique latine se fait plus discrète sur son

dernier album. Une évolution normale, dit Parlato. «Je fais plus de place à mes compositions, et je trouve plus facile de chanter en anglais si je veux réellement être connecté à la musique et en transmettre l'émotion. Une chanson, c'est une histoire, il faut savoir bien la raconter.»

Pour son deuxième passage au Festival (elle a joué au Savoy l'an dernier), Parlato sera accompagnée de l'excellent pianiste Aaron Parks — qui a fait forte impression en 2009 avec son trio et au sein du quartet de Joshua Redman —, du guitariste et contrebassiste Alan Hampton, ainsi que du batteur Kendrick Scott.

  • À écouter: The Lost and Found (2011)

2 commentaires
  • Michel Mongeau - Abonné 29 juin 2011 09 h 30

    FIJM: plaisir et déception partie 1

    Ma compagne et moi sommes arrivés sur le site à l'heure où les travailleurs, massivement, regagnent leur foyer. Quelle déception de voir ce site encore en chantier, écorché et privé d'une partie de ses installations habituelles. Bien assis à la petite terrasse SAQ, face au complexe Desjardins, il a fallu nous passer de musique, puisque celle-ci est maintenant amputée des deux scènes qui s'y trouvaient depuis plusieurs années. Et la SAQ devrait faire un effort pour offrir de meilleurs produits à des prix moins exagérés. Enfin, côté musique, nous nous sommes attardés au spectacle du groupe Skinny Bones de Martin Goyette et l'ambiance y était agréable et la musique plutôt sympa, mais du genre grosse sono rentre-dedans. Face au Pub Heineken, depuis lequel nous faisions la file pour la soirée avec Gretchen Parlato, nous pouvions voir et entendre la formation de Buddy McNeil

  • Michel Mongeau - Abonné 29 juin 2011 09 h 32

    FIJM:plaisir et déception (suite et fin)

    Heureusement que que le band de Gretchen Parlato nous a offert un concert simple, intime et professionnel, assez pour nous réconcilier en bonne partie avec le reste de cette soirée. Je ne connaissais Parlato que pour avoir lu sur elle et je dois reconnaitre que je comprends l'engouement d'une certaine presse pour la New-yorkaise qui possède, hors de tout doute, une façon bien à elle de rendre et d'habiter ses chansons.