Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Mon ami, mon frère, mon père, mon compatriote

    18 juin 2011 | Jean-Luc Gouin - Montréal | Musique
    Claude Léveillée est entré dans ma vie quand j'avais l'âge de six ou sept ans. Par les oreilles. Il n'est depuis lors jamais ressorti de mon esprit, de mon corps. De mon être tout entier. Depuis presque cinquante ans, maintenant.

    Je n'ai jamais cessé, depuis cette époque, d'écouter, d'apprécier les Brel, Félix, Vigneault, Piaf, Hardy, Ferré, Brassens, Ferland, Ferrat, Bécaud, Aznavour, ainsi que les Raymond Lévesque, Georges Dor, Clémence, Claude Gauthier, Pauline Julien, Jacques Michel, Sylvain Lelièvre, Stéphane Venne, Robert Charlebois, Paul Piché et autres. Et pardon, embrouillé par l'émotion, à/pour ceux que j'oublie pour l'instant.

    Non, je n'ai jamais cessé.

    Car la beauté, à l'image de la vérité (ou, pour le moins, de l'authenticité), n'a rien à voir avec les modes. Ni, en particulier, avec le diktat des goûts que celles-ci cherchent à imposer à tout un chacun par le biais de l'un des termes-instruments les plus vulgaires et les plus insidieux de la langue française, à savoir: le vocable «tendance».

    Je me nourris de l'oeuvre chansonnière et instrumentale de Claude Léveillée, aujourd'hui encore, au même titre et habité de la même émotion que jadis... dans les années 60, 70, 80, 90. Sans cesse. Je n'ai connu pour ainsi dire aucun «temps mort». Jamais.

    Oeuvre qui, de Avec nos yeux au Rendez-vous, en passant par Il n'y a pas de bout du monde — immortelles collaborations avec le grand Gilles — ne se réduit pas, tant s'en faut, aux Vieux Pianos, à Frédéric, aux Amoureux de l'an 2000 ou à Elle tournera la terre. Ces enfants de l'imagination ne constituent que la partie visible de l'iceberg de son génie créateur, quelque superbes que puissent être et demeurer ces pièces d'anthologie; elle sont d'ailleurs devenues, au fil du temps, d'indestructibles briques d'acier de la maison québécoise.

    Un grand des arts au Québec

    Aucun temps mort, en effet. Disais-je. Je l'affirme et le confirme. Un poing levé. L'autre sur le coeur.

    Un Botticelli ou un Renoir, c'est magnifique.

    À jamais. Ou pas du tout.

    Rien à voir avec la dictature des faiseurs d'images. Ou de sons!

    De vide surtout.

    Pour emplir la bulle de monoxyde de carbone de l'instant.

    Par nostalgie? Non point.

    Par amour de la beauté. Simplement.

    Intemporelle par définition.

    Un pan qui s'écroule

    Claude Léveillée était et reste l'un des grands des arts au Québec. Et de la francophonie mondiale. Il le demeurera. À jamais.

    Comme Félix, Brel, Vigneault ou Brassens.

    Aussi est-ce encore un pan énorme de notre histoire nationale qui s'écroule. Et ça fait mal. Très mal. Car notre époque (et ce, depuis plus d'une génération entière) n'aura jamais su produire des gens de cette qualité, de cette beauté, de cette grandeur, de cette magnificence. De cette intemporalité.

    Claude, ton départ me heurte, me blesse, me désarme, me tue, à la manière même de la «désertion» des Félix, des René Lévesque, des Pierre Bourgault, des Camille Laurin, des Falardeau. Des Brel aussi.

    Québécois, nous sommes un peuple d'orphelins.

    Nous étions si beaux avec vous.

    Si beaux avec toi, Claude.

    Et si nuls sans vous.

    Et sans toi.

    Je t'embrasse comme un fils, Claude.

    Aussi avec André Gagnon, ton grand compagnon de la musique, présent auprès de toi depuis quasi tes tout débuts, et également compositeur et interprète de première force, je te dis à mon tour, Claude Léveillée:

    «Je t'aurai tant aimé...»

    Pour l'éternité.

    ***

    Jean-Luc Gouin - Montréal
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel