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    Vitrine du disque du 17 décembre 2010

    17 décembre 2010 |Le Devoir | Musique
    Chanson
    Le Condamné à mort
    Jeanne Moreau et Étienne Daho
    Radical Pop Music / Naïve

    «Le vent qui roule un cœur sur le pavé des cours...» Ainsi commence Le Condamné à mort, poème homoérotique de Jean Genet écrit en 1942 en hommage à Maurice Pilorge, jeune assassin de 25 ans. Les mots crus, exaltés et vénéneux de Genet, mis en musique au début des années 1960 par Hélène Martin, renaissent aujourd'hui grâce à la voix, soyeuse et sensuelle, d'Étienne Daho et à celle, grave et rugueuse, de Jeanne Moreau.

    Ces deux voix s'entrelacent, l'une pour chanter, l'autre pour dire les alexandrins de Genet que Moreau, qui l'a bien connu, décrit comme un «diamant noir». Cette métaphore s'applique parfaitement aux nouveaux arrangements de Daho sur la musique chatoyante d'Hélène Martin. Trente-cinq minutes de pur enchantement! Le Condamné à mort est offert soit en CD régulier, soit en coffret de luxe avec un livret comportant notamment un entretien passionnant avec Daho et Moreau.

    Paul Bennett

    ***

    Chanson
    Dehors
    Meb
    Lazy at Work

    Dehors, nous dit Meb sur son premier disque complet. Pourtant, non. Ses dix chansons nous donnent envie de rester à l'intérieur, emmitouflé sur le sofa avec un bon livre, en regardant les lumières de Noël clignoter. C'est d'abord sa voix qui surprend. Meb, de son vrai nom Marie-Ève Bouchard, a un timbre grave, riche, apaisant. Ensuite, on entend les larges arrangements. Sur Dehors, on sent une ambiance intrigante, presque inquiétante parfois. Les cuivres, les cordes, la basse très ronde et le mélodica y sont pour quelque chose, mais ce sont les détails qui scellent l'esprit: les percussions, le glockenspiel, les bruitages qui s'infiltrent un peu partout. Reste qu'au fond, Meb offre une chanson au squelette assez classique, avec une touche qui rappelle Émilie Proulx. Il y a trois titres en anglais sur l'album, dont Train Song, très folk, qui ne va pas du tout avec l'ensemble. Ne boudez pas votre plaisir à cause de ce faux pas. www.chezmeb.com.




    Philippe Papineau

    ***

    Worldbilly
    NO SORROW FOR ME
    Swift Years
    Flaming Nora Records / www.swiftyears.com

    Du Kentucky à la Russie en passant par la Hongrie, les pays celtiques et le Québec, ces trois lurons surfent sur des musiques rurales qu'ils mâtinent à leur sauce: une sorte de rock primitif minimaliste et mondial qu'ils appellent worldbilly, une véritable musique bipolaire révélant les joies et les chagrins dans une même pièce. Comme un mélange de folk, d'americana et de rétro qu'ils insèrent autant dans un traditionnel tsigane que dans une pièce de Lawrence Lepage ou une chanson kabyle. Mais cela demeure toujours du Swift Years, en anglais comme en français ou en hongrois. À coups de raclements de mandoline et de grattements rythmiques au banjo, Bob Cussen, un dinosaure rescapé du White River Bluegrass Band, table sur les contrastes avec la basse et la guitare électrique de ses comparses sur une musique qui rappelle l'esprit des vinyles par sa spontanéité. Un vrai bijou de l'underground montréalais.






    Yves Bernard

    ***

    Classique
    FRA DIAVOLO
    La musique de rue dans le royaume de Naples. Accordone. Arcana A359 (SRI).

    Après quelques parutions sur l'étiquette belge Cyprès, Accordone trouve en Arcana un éditeur à la hauteur de ses projets artistiques. À la hauteur aussi de la finition et de l'accomplissement éditorial du premier grand disque réunissant le claveciniste, musicologue et chef Guido Morini et le chanteur Marco Beasley. Il s'agissait en 2003 de La Bella Noeva, chez Alpha. Accordone, ensemble qui s'agrège autour du tandem Morini-Beasley, poursuit son exploration du répertoire populaire de l'Italie du Sud au XVIIIe siècle. D'aucuns ne verront en Fra Diavolo qu'une nouvelle resucée de La Tarantella, le légendaire CD Alpha de Beasley et Erica Pluhar, il y a 10 ans déjà. On peut aussi voir en Fra Diavolo le prolongement heureux et le plaisir renouvelé de La Tarantella. Admirateurs de Marco Beasley (j'en suis!), la question ne se pose pas: ce nouvel exemple d'alchimie entre savant et populaire est irrésistible.






    Christophe Huss

    ***

    Jazz
    Songlines/ Night & Blue
    Paolo Fresu
    Tuk Music

    Tout y est: tout Fresu. Paolo de son prénom, trompettiste de fonction. Producteur aussi, désormais: le Sarde vient en effet de créer sa maison de disques, Tuk Music, dont le premier album est... le sien. Accompagné de son quintet — le même depuis 20 ans —, Fresu y synthétise joliment son art. Faut dire qu'il se donne l'espace nécessaire: deux disques, pas loin de 30 pièces, moitié compositions et moitié reprises de standards. Trompette feutrée ici, bugle aux rondeurs enveloppantes là, Fresu sait comme toujours créer les textures relevées et les couleurs chaudes qui font le jazz agréable. Il ne décoiffera personne sur cet album. Il ne redéfinira pas non plus le cadre d'expression du jazz moderne. Mais cette musique aux délicates envolées poétiques a tout ce qu'il faut: la finesse harmonique, la douceur des lignes épurées, le bon goût du répertoire (le disque de reprises est tout versé dans le bleu, de Blue in Green à Blue Samba). Il y a du Miles et du Chet dans l'air, et vraiment pas de quoi se plaindre!



    Guillaume Bourgault-Côté

    ***

    Chaâbi
    VIE AUJOURD'HUI
    Karim Saada
    Indépendant

    Valeureux guerrier de la musique maghrébine à Montréal, Karim Saada a fait paraître, après plusieurs années d'efforts dans l'ombre, La Danse de l'exilé, un premier disque solo qui lui a valu un prix de la musique folk canadienne l'an dernier. Un honneur pleinement mérité. Dans l'album, le joueur de banjo et de mandole révélait plusieurs facettes du chaâbi algérois. Le revoici avec plus de lumière en intégrant davantage sa vie de Montréalais avec des musiciens accomplis qui l'aident à atteindre un autre niveau. Il y explore davantage la guitare et se permet même de faire valser Montréal en français. Pour le reste, les fondements du chaâbi sont repris en arabe ou en instrumental. On varie les ambiances, de la romance mélancolique à l'introspection aérienne jusqu'à une attitude plus énergique. On accentue ou on syncope avec les percussions et la batterie en avant. Des accents de rumba et de blues bédouin sont insérés. Avec un bel allant.

    Y. B.

    ***

    Spectacle
    LES SAISONS DE PASSAGE
    -M-
    Barclay - Universal


    Nous aimons -M-, c'est entendu et cela s'entend: résonne encore dans ma tête un soir de bringue-happening sur la Catherine. Il nous manque, -M-, d'autant que nous n'avons pas encore eu ici le show de l'album Myster Mystère, et c'est tout l'intérêt de ce disque double, concert intégral reconstitué à partir des triomphes à répétition de la tournée européenne 2009-2010. Est-il besoin de dire que le gars Chédid est en feu, et qu'il en donne encore plus dans sa nouvelle incarnation «noire et blanche», moitié Elton John, moitié Hendrix, électrisant et interactif, intimiste aussi dans la portion guitare-voix? Il est cependant nécessaire de dire que l'expérience du show de Mister Mystère se vit bien chichement sur disque: on n'y est pas, et c'est cruellement ressenti. Les solos très aventureux nous laissent en plan là où, sur place, ils emportaient assurément les multitudes. Qui veut du son et lumière sans lumière? Le Mystère demeure entier.
    Sylvain Cormier

    ***

    Coffret
    MUSIQUES DE L'ÂGE D'OR DU CINÉMA FRANÇAIS
    Artistes divers
    Cinémusique


    Qui a bien compilé compilera. Le bon travail réalisé l'an dernier autour des musiques de Lucien Adès ayant été loué, les cinéphiles et mélomanes québécois de chez Cinémusique rempilent. Pour ce coffret de quatre disques, ils ont ratissé large, rééditant 45-tours et microsillons des années 50, bandes originales de film pour la plupart, où la qualité des partitions est le fil conducteur: ça va d'immortelles de Prévert-Kosma (admirable À la belle étoile, du film Le Crime de monsieur Lange) jusqu'à des trames d'Actualités Gaumont signées Georges Tzipine, et ça lie à des films tant célébrés qu'oubliés des compositeurs qui ont bien mérité de la patrie, ici un Georges Van Parys (jolie dentelle pour Belles de nuit), là un Jean Françaix (pompes de circonstance pour Si Versailles m'était conté). Mon inclination va naturellement du côté de Paul Misraki, dont la musique d'Et Dieu créa la femme... exhale encore le parfum du scandale. Humez!

    S. C.












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