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    Musique classique - Graupner et l'effet boule de neige

    13 novembre 2010 |Christophe Huss | Musique
    Cela fait dix ans que Geneviève Soly, directrice musicale des Idées heureuses, s'adonne passionnément à la redécouverte de la musique de Christoph Graupner. <br />
    Photo: Caroline Bergeron Cela fait dix ans que Geneviève Soly, directrice musicale des Idées heureuses, s'adonne passionnément à la redécouverte de la musique de Christoph Graupner.
    Le site internet des Idées heureuses
    À l'occasion du 250e anniversaire de la mort du compositeur Christoph Graupner, Geneviève Soly et Les Idées heureuses lui rendent un hommage appuyé lundi, à la salle Pierre-Mercure, avec deux concerts. L'occasion aussi, pour nous, de faire un état des lieux de la redécouverte de ce compositeur.

    Cela fait dix ans que Geneviève Soly, directrice musicale des Idées heureuses, s'adonne passionnément à la redécouverte de la musique de Christoph Graupner (1683-1760). C'est en 2000 que la claveciniste et chef a découvert un manuscrit à la bibliothèque Beinecke, à Yale.

    Elle s'était dit alors qu'elle pourrait bien consacrer quelques mois à ce compositeur, contemporain de Bach et Haendel. Elle a rapidement vu que cela pourrait bien lui prendre deux ans, puis considéra qu'en trois ans elle devrait avoir fait le tour des choses.

    Dix ans plus tard, elle n'a jamais lâché et s'émerveille encore: «Le bonhomme ne m'a jamais déçue», dit-elle en entrevue au Devoir. Lors d'un symposium, à Darmstadt, centre névralgique des archives Graupner, en mai 2010, elle a rencontré des collègues musiciens qui lui ont fait se remémorer ses premières joies de la découverte.

    Avec la multiplication des musiciens qui s'intéressent à son oeuvre, Graupner bénéficie d'un effet boule de neige. En deux mois, nous avons reçu trois nouveaux disques, réalisés en Allemagne et en Belgique, qui témoignent que la pionnière montréalaise est aujourd'hui bien entourée.

    Éditer pour convaincre

    Après dix ans de recherche, Geneviève Soly affiche un bilan qui fait autorité. Après Darmstadt, la ville du compositeur, Montréal est, avec Gand, en Belgique, l'une des capitales Graupner dans le monde. C'est elle qui, devant tous ses pairs, avait eu l'honneur d'ouvrir le symposium Graupner en mai dernier.

    L'objectif de Geneviève Soly est désormais «de faire sortir Graupner des cartons». Elle précise son plan: «J'ai fini d'apprendre toute la musique de clavecin de Graupner. J'en ai fait le tour à l'endroit et à l'envers. À présent il s'agit de faire entrer cette musique dans le répertoire des clavecinistes.»

    L'instillation passe par une édition sérieuse des partitions: «Une édition critique, avec toute la musique pour clavecin réunie dans un seul volume et une préface en trois langues. J'imagine que dans deux ans elle pourra voir le jour», espère celle qui se désole de voir des éditions isolées «bourrées de fautes» tronquer l'image du compositeur.

    Mais pour vendre Graupner, Geneviève Soly va aussi prendre un bâton de pèlerin. Elle commencera en France, le pays qui compte le plus grand bassin de clavecinistes. «J'organise des ateliers au Conservatoire [CRR] de Paris pour des

    clavecinistes et des professeurs. L'an prochain je donnerai des cours de maître.» La prophétesse graupnérienne se donne dix ans avant que «cela aille de soi de mettre une pièce de Graupner au programme d'un concert ou d'un examen». Tant que les éditions ne sont pas réalisées et couramment disponibles, la musique ne pourra pas «rentrer dans les doigts des clavecinistes, professeurs ou élèves», comme le formule la musicienne. Après? Des lendemains qui chantent. «Cela va être une révolution dans notre domaine. J'en ai fait le tour et je n'en reviens toujours pas: Graupner claveciniste, c'est monumental.»

    Geneviève Soly relève des liens avec Haendel et Rameau, elle trouve aussi que la connaissance de Graupner permet une meilleure compréhension de la musique de Bach.

    Effet d'entraînement

    Graupner a composé 1418 cantates sacrées! Le musicologue Oswald Bill, ancien directeur de la bibliothèque de Darmstadt, est en train de les cataloguer après avoir donné un numéro GWV (Graupner Werk Verzeichnis) à toutes les oeuvres instrumentales. Bill pense réaliser le catalogue en 20 ans, mais il a déjà lui-même 75 ans! Le musicien belge Florian Heyerick suit cela de près et publie sur son site Internet l'avancement des travaux.

    Heyerick est l'un de ces nouveaux croisés de Graupner, un collègue important pour Geneviève Soly puisqu'il travaille sur un domaine complémentaire. «Florian Heyerick a joué 35 cantates de Graupner; il a passé un post-doctorat: il est vraiment docteur en Graupner!»

    Au festival de Gand, en décembre, Soly et Heyerick vont faire un échange de bons procédés. «Il a enregistré tous ses concerts. Il m'apporte ses archives, je lui apporte les miennes. Nous allons doubler notre connaissance d'un coup. D'ailleurs, 90 % de la musique vocale de Graupner que j'ai dirigée n'est pas enregistrée. J'ai 26 cantates de Graupner à mon répertoire et n'en ai enregistré que deux ou trois. Il y a donc beaucoup d'oeuvres que nous connaissons mais qui ne sont pas accessibles.»

    L'expérience menée par Heyerick fait rêver Geneviève Soly. «Ce serait formidable de trouver un mécène qui mette sur pied à Montréal un projet consistant à présenter un dimanche par mois trois cantates de Graupner. Cela en ferait 30 par année; 300 au bout de 10 ans. Là, je pourrais dormir tranquille. Mais cela prendrait 500 000 $. J'ai donc un rêve mais pas d'illusions!» Au chapitre du mécénat, Les Idées heureuses cherchent également 25 000 $ pour enregistrer Les Sept Dernières Paroles du Christ, reprises en concert le 10 avril prochain.

    La grande redécouverte récente de Geneviève Soly est celle de Graupner compositeur d'opéras, notamment Didon et Antiochus und Stratonica. «À Darmstadt, lorsque Florian Heyerick en a présenté des extraits, j'étais tellement émue que les larmes me coulaient et que j'ai dû me mettre en arrière de la salle. Graupner, c'est comme le jeune Haendel: un grand compositeur d'opéras!»

    La saga n'est donc pas finie. Avec la multiplication des expertises, semble émerger l'image d'un grand oublié qui, comme le Tchèque Jan Dismas Zelenka, ne demande qu'à être davantage connu.

    ***

    Concerts des Idées heureuses. Lundi à 18h et 19h30.Billets: 514 843-5881.

    Nouveautés discographiques:

    •  Oeuvres orchestrales (vol. 3). Nova Stravaganza, Siegbert Rampe. MDG
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    • Un Oratorio de Noël. Mannheimer Hofkapelle. Ex Tempore, Florian Heyerick. Ricercar
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    • Cinq cantates de Noël. Das Kleine Konzert, Hermann Max. CPO












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