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    ADISQ: «la pizza est vraiment rendue frette»

    17 janvier 2011 21h16 | Melissa Maya Falkenberg | Musique
    Lettre ouverte à qui veut bien la lire, écrite en pyjama de Noël en mangeant de la pizz’ congelée, telle une ado qui s’apprête à pleurer dans son journal intime.

    Je ne sais pas ce qui me prend d’élever la voix. Ma mère rappelle souvent que je n’ai pas eu de crise d’adolescence ; la voilà alors, peut-être, qui surgit dix ans trop tard. Ou peut-être est-ce tout simplement mon cœur qui parle, celui qui, chaque jour, carbure à la musique, l’une des plus grandes beautés du monde. J’ose croire que cette dernière explication est plus plausible.

    Mercredi le 3 novembre, le journaliste Stéphane Leclair présente un reportage sur le métier de pisteur radio au Téléjournal de Radio-Canada. Le pisteur est celui qui va convaincre les directeurs musicaux des stations de faire jouer telle et telle chanson, en fonction de leurs créneaux respectifs. Pas facile. «C’est plate, là, parce que c’est pas parce que leurs chansons ne sont pas bonnes, mais c’est parce qu’il y en a trop, pis on prend les meilleures», confie Lilianne Randall de Rythme FM, qui choisit pour sa station une dizaine de nouvelles chansons par mois.

    Puis, je pense à ma gang de CISM. Qui prend le temps d’écouter tous les disques qu’elle reçoit, et surtout, d’en rentrer le plus possible dans sa discothèque. Je pense à mon directeur musical, Marc-André Labonté, qui chaque semaine envoie à tous les animateurs une liste d’artistes d’ici et d’ailleurs à découvrir. Je pense aussi à CIBL, à Planète Jazz, à Espace Musique, à Bande à part, à Voir, à Nomag, ainsi qu’à d’autres organisations et personnes de mon entourage qui, au quotidien, accueillent la variété à bras ouverts.

    Rapidement, on répondra que certains de ces médias sont commerciaux, que d’autres sont publics, indépendants ou communautaires, et qu’on ne peut rien contre la nature des choses. Que certains doivent faire de l’argent, d’autres moins.

    On a tous besoin de manger.

    Mais la variété a aussi un impact sur l’industrie, le monde. Elle donne naissance à de nouveaux projets, de nouvelles maisons de disques, de nouvelles idées, de nouveaux idéaux.

    Des genres et des styles, des goûts et des couleurs, il n’y en a jamais trop. C’est la plus grande force qu’une société puisse avoir. Inspirer.

    Si personne ne s’était intéressé à Pierre Lapointe, sous prétexte que sa musique est fuckée (WTF) et qu’elle ne vend pas, comment seraient nés ses spectacles grandioses ? Aujourd’hui, ils vendent des billets, ses spectacles.

    « Merde, réveillez-vous ! » avait-il d’ailleurs crié à l’ADISQ en 2005.

    Et cinq ans plus tard, on dort encore.

    La pizza est frette, je ne mange pas mes croûtes, et j’écris encore :

    Parlant de l’ADISQ, le journaliste et critique musique Olivier Robillard-Laveaux publiait récemment un article intitulé 21 observations sur l’Autre Gala de l’ADISQ. Étant une grande fan de country, et travaillant fort pour sa promotion depuis plusieurs années, son observation numéro 2 m’intéresse particulièrement :

    «Meilleur Album country : Pat Groulx et ses bas blancs. Quelle honte... Avec tout ce qui se passe sur la scène country actuellement, autant du côté des festivals en régions que dans les bars du Plateau / Mile End, remettre ce prix à Pat Groulx est horrible. Rappelons que les quatre disques en lice étaient les seuls inscrits dans la catégorie».

    Et pourquoi y a-t-il eu seulement quatre inscriptions ? Parce que s’inscrire à l’ADISQ coûte 1 320 dollars.

    1) On a tous besoin de manger.

    2) Soumettre un disque aux Junos coûte environ 50 $ ; aux Grammy Awards, pas une token.

    Le hic, c’est que la plupart des gens qui regardent le gala ne savent pas ça. Ne savent pas non plus qui aurait pu aussi être nommé, et même gagner. Et pourtant, c’est leur gala. Le seul qu’on leur offre, celui qui célèbre notre musique, notre culture.

    J’anime entre autres l’émission de radio Folk toi, folk moi. J’y présente du hillbilly, du western swing, du bluegrass, du honky tonk, du rockabilly, du outlaw, de l’americana. Ça, c’est juste pour le country.

    Des genres et des styles, il n’y en a jamais trop.

    Et, telle une ado en pleine crise d’adolescence, je refuse de manger mes croûtes. Je sais que je ne suis pas la seule, et espère de tout cœur que mon journal intime sera un jour trouvé, telle la triste histoire d’Anne Frank.

    Parce que les plus grandes beautés du monde existent aussi.

    La pizza est vraiment rendu frette, faites quelque chose. 

    Melissa Maya Falkenberg
    Chroniqueuse et animatrice, pigiste.

    (texte publié sur le web uniquement)












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