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    La naissance d'un savoir-faire en musique - Le Prix d'Europe consacre en 1915 Wilfrid Pelletier

    Après Papineau-Couture, les Tremblay, Garand, Vivier...

    6 novembre 2010 |Christophe Huss | Musique
    Wilfrid Pelletier, à droite, est le premier directeur musical de l'OSM. Il a partagé avec Zubin Mehta (à gauche) le concert inaugural de la Place des Arts, le 21 septembre 1963. <br />
    Photo: Archives Le Devoir Wilfrid Pelletier, à droite, est le premier directeur musical de l'OSM. Il a partagé avec Zubin Mehta (à gauche) le concert inaugural de la Place des Arts, le 21 septembre 1963.
    • 1910 Compagnie d'opéra de Montréal
    • 1921 Société canadienne d'opérette
    • 1930 Montreal Orchestra à l'Orpheum
    • 1934 Concerts symphoniques de Montréal
    • 1937 Igor Stravinski à l'Auditorium du Plateau
    • 1939 Festivals de Montréal
    • 1942 Opera Guild
    • 1943 Conservatoire de musique
    • 1947 Symphonie féminine de Montréal au Carnegie Hall
    • 1949 Jeunesses musicales du Canada
    • 1954 L'Heure du concert
    • 1956 Concerts Couperin
    • 1957 Joseph Rouleau au Covent Garden
    • 1962 Ensemble Tudor
    • 1963 Place des Arts
    • 1966 Société de musique contemporaine du Québec
    • 1970 Orchestre mondial des Jeunesses musicales
    • 1974 Orchestre de chambre de Montréal. L'Ensemble Cantabile
    • 1977 Orchestre des jeunes du Québec
    • 1977 Charles Dutoit à l'OSM
    • 1983 I Musici
    Il y eut les voix, celle d'Albani entre autres. Puis un orchestre, celui de Québec en 1902. Une grande salle: la Place des Arts en 1963. Et beaucoup de musiciens, de chefs ou de compositeurs. Il est loin le temps où les compagnies itinérantes animaient à elles seules le paysage musical québécois.

    Merveilleux raccourci: en 1910, un peu au nord de la rue Sainte-Catherine, l'Académie de musique, un théâtre de 2100 places qui avait vu Calixa Lavallée diriger Jeanne d'Arc, de Gounod, et Emma Albani chanter La Traviata, a été détruite pour laisser place à un grand magasin qui deviendra le Centre Eaton. Un siècle plus tard, un peu plus à l'est, s'élève un nouveau temple de la musique.

    L'image vaut ce qu'elle vaut, mais de la même manière se sont édifiées au Québec une vie et une éducation musicales professionnalisées et structurées, avec des organisations fortes et stables. Cette autonomie, ce savoir-faire et cette stabilité n'allaient pas de soi il y a cent ans.

    Prenons l'Opéra de Montréal. Quoi de plus logique que la présence d'une compagnie d'opéra dans une métropole? Or notre Opéra de Montréal (OdM) n'a «que» trente ans. L'organisme créé en 1910 et dénommé Compagnie d'opéra de Montréal, puis Montreal Musical Society, ne vécut que trois ans. Outre les soucis financiers, on donnera une idée de certaines contraintes de l'époque en citant Gilles Potvin — le grand journaliste musical du Devoir de 1961 à 1985 — dans l'Encyclopédie de la musique canadienne: «En décembre 1910, la troupe se rendit à Québec [...] mais apprit à son arrivée que l'évêque avait interdit aux fidèles d'assister aux spectacles sous peine de péché. Les livrets furent aussitôt soumis pour approbation et l'interdit levé, sauf pour Manon et Thaïs, de Massenet.»

    L'opéra avant l'OdM fut surtout le fait de troupes itinérantes: la Charley Opera Company, de La Nouvelle-Orléans, ou la Quinlan English Opera Company, qui présenta en 1914 la tétralogie de Wagner. En 1911, le Metropolitan Opera de New York était venu avec Aïda (dirigé par Toscanini), Madame Butterfly, Tannhäuser et Faust. Il reviendra entre 1941 et 1945 au Théâtre Saint-Denis.

    Bourgeonnements symphoniques


    Des organismes musicaux nés dans la seconde moitié du XIXe siècle, nous connaissons aujourd'hui encore à Montréal le Ladies' Morning Musical Club, fondé en 1892. Autre organisme antérieur au Devoir, l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ), créé en octobre 1902. L'OSQ se nommera Société symphonique de Québec avant de retrouver, en 1942, sa dénomination d'origine, après avoir fusionné avec l'éphémère Cercle philharmonique de Québec (1935-1942). L'OSQ deviendra un ensemble permanent et professionnel en 1960. Il se produit au Grand Théâtre depuis 1971 et ses chefs emblématiques se nomment Pierre Dervaux, James de Priest et Yoav Talmi (1998-2011).

    À Montréal, l'histoire est plus chaotique. Un orchestre bâti en 1898 par le violoniste Joseph-Jean Goulet, sur le modèle des Concerts Colonne à Paris, périclite en 1919. Plusieurs orchestres émergent alors dans les années 1920 (même la station de radio CKAC aura un orchestre symphonique!), mais la crise économique passera par là. Après la tentative d'un Montreal Orchestra anglophone (Holst y dirigera ses Planètes en 1932) et d'un Orchestre philharmonique de Montréal, c'est la naissance de la Société des concerts symphoniques de Montréal en 1934 qui sera la bonne (la dénomination OSM ne sera entérinée qu'en 1953).

    Le premier concert est donné le 14 janvier 1935 sous la direction de Rosario Bourdon, avec en soliste Léo-Pol Morin, second lauréat du Prix d'Europe, en 1912. Le Prix d'Europe, centenaire l'an prochain, avait consacrée en 1915 Wilfrid Pelletier, premier directeur musical de l'OSM vingt ans plus tard (1935-1941). Cherchant à ouvrir l'orchestre aux meilleurs musiciens d'ici, Pelletier se bat alors pour la création d'un Conservatoire de musique du Québec, qui voit le jour en 1943. Il est formé, aujourd'hui, d'un réseau de sept établissements.

    Pelletier partage avec Zubin Mehta le concert inaugural de la Place des Arts, le 21 septembre 1963. La salle prendra son nom trois ans plus tard. Lors de ce concert, Pelletier dirige une oeuvre de Jean Papineau-Couture (1916-2000), fondateur, en 1954, de la Société de musique canadienne et professeur de trois compositeurs québécois importants: Jacques Hétu, André Prévost et Gilles Tremblay.

    La reconnaissance d'une création musicale québécoise est le fruit de nombreuses énergies. Serge Garant s'y est illustré, mais c'est Pierre Mercure (1927-1966), élève de Claude Champagne, qui donna en août 1961 une impulsion majeure, en organisant une «Semaine internationale de musique actuelle». Le Vivier, organisme nommé en hommage à Claude Vivier (1948-1983) et regroupant 22 organismes du domaine des musiques nouvelles à Montréal, fêtera en 2011 le cinquantenaire de cet acte initiateur du bouillonnement créatif québécois.

    Le terme «ébullition» s'applique tout autant au milieu de la musique ancienne et baroque, dont Montréal est la capitale nord-américaine. Le Studio de musique ancienne de Montréal est fondé en 1974. L'Ensemble Arion suit en 1981. À Québec, le Trio Nouvelle-France se forme en 1977 et les Violons du Roy naissent en 1984. Se sont ajoutées, depuis, Les Boréades, les Idées heureuses et plusieurs autres formations.

    Terre d'accueil et d'émancipation

    Montréal et Québec ont accueilli les plus grands musiciens du siècle. «Le salut du Canada français à la France héroïque, musicale, artistique», écrit Le Devoir en janvier 1919, au lendemain d'un concert de l'Orchestre du Conservatoire de Paris dirigé par André Messager devant 4000 personnes. C'est à Montréal, le 12 octobre 1931, que Rachmaninov crée ses Variations Corelli. Dans leur Chronique musicale du Québec (1535-2004), parue chez Septentrion, Marie-Thérèse Lefebvre et Jean-Pierre Pinson comptabilisent douze présences de Rachmaninov à Montréal entre 1919 et 1939. Prokofiev joue à Montréal et Québec en 1920. L'organiste Marcel Dupré présente une intégrale Bach en 1923.

    Igor Stravinski joue ses oeuvres en 1937 à l'Auditorium du Plateau. Le Plateau est un véritable temple musical qui a vu défiler Horowitz, Gieseking, Kempff, Munch, Monteux, Klemperer et bien d'autres légendes.

    Les années soixante seront une décennie-phare, avec la première tournée de l'OSM, qui monte en puissance sous la houlette de Zubin Mehta; la forte présence de la musique classique à la radio et la télévision, développée depuis 1955 par Françoys Bernier; la création du Centre d'arts Orford par Gilles Lefebvre et les visites plus prestigieuses les unes que les autres générées par le Festival mondial d'Expo 67.

    Les années suivantes seront celles, bien connues, amenant la reconnaissance internationale du Québec comme une terre musicale fertile. L'OSM et Charles Dutoit en ont été, de 1977 à 2002, les porte-étendards. De nouveaux orchestres — le Métropolitain notamment, en 1980 — et ensembles se sont créés et de nouvelles voix — Marie-Nicole Lemieux, Karina Gauvin, Jean-François Lapointe — ont succédé à Emma Albani, Raoul Jobin, Joseph Rouleau, Richard Verreau et André Turp.

    Ces cent années ont été celles de l'émancipation musicale du Québec.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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