Concerts classiques - Révélation double

Mémorable date, que ce 19 octobre 2010. À la troisième étape du mini-festival Mahler de Kent Nagano et de l'OSM, nous avons enfin eu un grand moment mahlérien: une Sixième d'une poignante intensité et concentration.

Mais ce concert était avant tout celui de deux révélations, deux trouvailles témoignant de justes remises en question de la part de Kent Nagano en ce qui concerne le positionnement de l'orchestre sur scène.

Dans Mahler, Nagano a enfin trouvé l'emplacement idéal pour les cors, à droite de la scène. Le son, projetté à courte distance contre la paroi est ainsi équilibré avec celui des trombones et des trompettes, d'autant que Paul Merkelo (trompette 1) a été avancé d'un rang, afin de ne pas «planer» sur l'orchestre. Tout cela a l'air de détails, mais change tout en termes d'impact sonore et de complémentarité des couleurs. Du coup, tout le monde s'y est mis: même le timbalier tapait d'aplomb!

Cet embrasement collectif a servi une Sixième engagée, aux deux premiers mouvements quasiment idéaux. Assurément Kent Nagano a digéré l'oeuvre. Il prend les bonnes décisions sur l'ordre des mouvements (le Scherzo en II), le nombre de coups de marteaux (2) du Finale, le tempo de I, etc. La complémentarité harpe-célesta s'opère à merveille; le mouvement lent ne chante pas beaucoup au début, mais s'embrase magnifiquement.

J'ai, pour ma part, une vision beaucoup plus sombre du Finale, notamment dans le poids des épisodes marqués schwer (lourd), dans l'outrance de la caricature des coloris ou la véritable déchirure qui ouvre le mouvement. Cela dit, dans un genre tiraillé mais pas trop plombé, l'approche de Nagano était cohérente.

Le dernier quart d'heure s'est un peu ressenti d'une soirée à nouveau longue, mais on ne s'en plaindra pas, car après un convaincant Im Sommerwind de Webern nous était arrivée la première révélation du concert: un concerto pour piano de Haydn où le positionnement du piano à l'intérieur de l'orchestre permettait un échange plus intime et des nuances subtiles et feutrées, tout en étant magistralement articulées.

Emmanuel Ax a joué le jeu, contenant les dynamiques et en usant parcimonieusement de la pédale. L'admirable 2e mouvement devenait soudain le plus bel air d'opéra jamais écrit par Haydn. Hélas, la fabuleuse cadence de Landowska, jouée l'an passé par Hamelin et Labadie, manquait à l'appel.
3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 20 octobre 2010 09 h 33

    Affirmatif

    Herr Huss, pour une rare fois, je suis d'accord avec vous.

  • Gaétan Sirois - Abonné 20 octobre 2010 10 h 15

    Absolument

    Je suis sortie de ce concert remplie de joie ! Vive la musique classique. Je suis d'accord pour Hamelin et les Violons du Roy,

  • Christophe Huss - Abonné 21 octobre 2010 10 h 29

    Petite leçon d'histoire à Monsieur Dugal

    Monsieur Dugal

    Je ne sais en vertu de quoi, et avec quel sous-entendu ou connotation, vous faites précéder mon patronyme d'un qualificatif allemand.

    Juste un petit rappel d'histoire pour vous situer à quel niveau de bassesse et degré d'insulte votre petite pique, lancée l'air de rien, peut être perçue par un Alsacien.

    Lors de la Seconde Guerre mondiale 100 000 de mes compatriotes (auxquels il faut ajouter 30 000 Lorrains) ont été enrôlés dans la Wehrmacht. Ces "malgré-nous" (c'est ainsi qu'on les appelle) réquisitionnées ont non seulement servi de chair à canon, forcés parfois à se battre contre leurs propres cousins ou amis. Pire encore, lorsque le Reich fut vaincu, ils n'ont pas forcément été libérés et renvoyés chez eux, beaucoup ont été entassés dans des camps en Russie, dont celui de Tambov,où 10000 Français, Alsaciens comme Lorrains, sont morts de froid et de malnutrition.

    Ni eux, ni aucun de leur descendant, ni aucun Alsacien, ou aucun Lorrain, en leur mémoire et à la mémoires de toutes les blessures engendrées, ne peut accepter toute assimilation, sous quelque forme que ce soit, à une identité qui n'est pas la sienne. Ni là-bas, ni ici, et ce quelle que soit par ailleurs mon admiration pour la culture allemande.

    Christophe Huss