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Vitrine du disque - 10 septembre 2010

Le Devoir   10 septembre 2010  Musique
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Les disques de la semaine

Indie rock
Interpol
Interpol
Matador Records

Le nouvel album d'Interpol, c'est comme se glisser dans une vieille paire de pantoufles. Or qui dit nostalgie dit aussi réminiscences, et les New-Yorkais y sombrent avec un peu trop d'empressement sur ce quatrième album éponyme. Avec le désavantage de ne pas être à la hauteur de Turn on the Bright Lights, le premier essai qui les avait transformés en têtes d'affiche de l'indie rock en 2002. L'engouement pour ce genre musical, avec la multiplication des groupes, s'est estompé depuis, tout comme la musique du quatuor, de plus en plus erratique et vaseuse — le bassiste Carlos Dengler a d'ailleurs quitté la formation après l'enregistrement d'Interpol. Certes, des riffs prometteurs ouvrent la première moitié du disque (Success, Summer Well, Barricade entre autres), mais rarement le rythme initial est-il soutenu, et la deuxième partie de l'album passe pratiquement inaperçue. Les irréductibles seront tout de même heureux de renouer avec la voix et l'humour noir du chanteur Paul Banks.

Interpol: Success


Émilie Parent-Bouchard

***

Chanson pop
De lune à l'aube
Alex Nevsky
Audiogram

Drôle d'oiseau, que cet Alex Nevsky. En ascension depuis son passage aux Francouvertes, il a également été remarqué ce week-end au Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda, d'où il est reparti avec le prix Coup de coeur. Reconnu pour son côté fleur bleue et rose bonbon, le dauphin de Yann Perreau — qui signe la réalisation de l'album en plus d'avoir collaboré à l'écriture de certains textes — explore plusieurs avenues musicales sur son premier album, troquant aisément la chanson pour des morceaux plus sombres et audacieux. On aime particulièrement quand Nevsky ressort les influences urbaines qui ont marqué sa jeunesse et qu'il flirte avec le hip-hop sur Tristessa ou encore sur Sous les stroboscopes, où il partage le micro avec Fabrizia Di Fruscia de Random Recipe. Malgré l'éclectisme, Nevsky réussit à cimenter un tout cohérent où la poésie agit comme un fil conducteur. Oui, Nevsky est un oiseau à la robe dense et colorée, mais c'est surtout sa plume qu'on aime.

Alex Nevsky: Sous les stroboscopes

É. P.-B.

***

Monde
THIS IS THE NEW WORLD
Patricia Cano
Indépendant; patriciacano.com

Elle est d'ascendance péruvienne, mais née à Sudbury. En quatre langues, elle chante un Nouveau Monde qu'elle a naturellement assimilé entre musique afro-péruvienne, chansons de samba, folk ou bossa intimes et accents de jazz cuivrés. D'abord danseuse, puis comédienne, elle écrit maintenant des chansons avec son complice Carlos Bernardo, un guitariste fluide d'origine brésilienne bâti sur mesure pour accompagner cette voix veloutée et légèrement voilée par moments. Leur nouveau monde se construit en douceur dans le mélange des langues et à travers des styles qui les ont marqués. On ne les décompose pas, on s'y ajuste avec une intimité sensible en y ajoutant les rythmes avec les percussions péruviennes et brésiliennes. On intègre aussi quelques classiques des deux répertoires. On se laisse parfois pénétrer par des effluves légèrement mystérieux. Une jolie découverte à apprécier au Balattou le 16 septembre.

Patricia Cano: Ica

Yves Bernard

***

Jazz
Nina
Kellylee Evans
Plus loin (Jazz)

Avouons une passion relativement féroce pour l'oeuvre de Nina Simone et son troublant vibrato. Mémorable Nina. La chanteuse Kellylee Evans, elle, n'était pas de cet avis jusqu'à tout récemment. Simone lui piquait les oreilles parce que sa mère faisait jouer en boucle les chansons de la grande dame noire alors qu'elle voulait du Michael Jackson. Billie Jean contre Porgy. Mais Evans a fini par se laisser séduire, assez pour consacrer son troisième album à Nina et une douzaine de ses classiques, dont Love Me or Leave Me et Don't Let Me Be Misunderstood. La sélection est bonne, le traitement aussi: Evans a habilement contourné le piège de la copie. D'abord en éliminant le piano (Marvin Sewell, François Moutin et André Ceccarelli sont aux guitares, contrebasse et batterie), puis en choisissant un cadre plutôt soul qui évoque beaucoup le travail d'une Lizz Wright. Du jazz d'accès facile, enveloppant et assis sur un répertoire d'envergure.

Guillaume Bourgault-Côté

***

Classique
VIVALDI
Concertos pour basson (vol. 1). Sergio Azzolini, L'aura Soave
Cremona. Naïve OP 30496 (Naxos)

Le bassoniste Sergio Azzolini nous livre ici un premier volume de concertos qui constitue le volume 45 de l'édition Vivaldi de Naïve. Pour les spécialistes, signalons que les oeuvres jouées sont cotées RV 471, 477, 484, 488, 493 et 495 dans le catalogue vivaldien. Azzolini, dans une approche qui pourra en choquer certains, choisit de ne pas se plier aux contingences habituellement attribuées au basson. L'instrument volontiers goguenard et un peu pépère s'enflamme ici tous azimuts. Azzolini n'hésite pas à distordre le son pour plier le basson à une théâtralité débridée. L'univers musical est à mi-chemin entre la classe des Suonatori della Gioosa Marca — dont Azzolini est un membre régulier — et l'esprit plus frondeur d'Il Giardino Armonico. Ce CD pétillant de vie révèle par ailleurs un ensemble baroque crémonais fort raffiné. Pour ceux qui aiment le basson, ce CD est incontournable.

Vivaldi Concerto pour basson RV493_Finale

Christophe Huss

***

Classique
FREITAS BRANCO
Symphonie no 3. A Morte de Manfredo. Suite Alentejana no 2. Orchestre national de la Radio-Télévision irlandaise, Alvaro Cassuto. Naxos 8.572370.

Il est heureux que les grandes oeuvres orchestrales postromantiques refassent surface, que ce soient les symphonies de Casella, Schmidt, Atterberg et Freitas Branco, ou les poèmes symphoniques de Reznicek. Naxos prend la suite de Marco Polo, qui avait réalisé un travail intéressant sur le patrimoine musical portugais, notamment les deux têtes d'affiche: le patriarche Luis de Freitas Branco (1890-1955) et son disciple Joly Braga Santos. Chez nous, Alexandre da Costa avait enregistré en première mondiale le Concerto pour violon de Freitas Branco pour XXI et Jesus Amigo avait gravé sa 2e Symphonie pour ATMA. La 3e Symphonie, de 1944, est plus tendue et profuse; moins lisible. Mais la force expressive du compositeur reste omniprésente. Le CD vaut aussi pour la première mondiale d'une magnifique élégie: La Mort de Manfred.

Freitas Branco 2e Suite Alentejana_Finale

C. H.

***

Americana
You Can't Take a Bad Girl Home
The Fabulous Ginn Sisters
Lonesome Day

«My dreams packed up and left today...», chantent les fabuleuses frangines Ginn sur ce très beau et très noir disque au titre de polar, qui s'écoute comme on lit un vieux Mickey Spillane dans l'édition originale racornie, rideaux tirés. En imaginant que c'est Velda, la sculpturale secrétaire de Mike Hammer, qui susurre toutes ces choses tristes. En stéréo. Une voix du genre de celle de Mary Weiss des Shangri-La's dans l'oreille gauche, une voix du genre de celle d'Eleni Mandell dans la droite. Texanes et vraies soeurettes, Tiffani et Brit Ginn jouent expertement les mauvaises filles (le sont-elles?), font rimer langueur et moiteur, et leur sorte de rock'n'roll liquéfie. À vrai dire, ce troisième album des choristes de Fred Eaglesmith baigne littéralement dans la réverbération et le twang des guitares (merci audit Eaglesmith pour la réalisation marécageuse). De quoi noyer le cafard de fin d'été.

Fabulous Ginn Sisters: You Should've Known

Sylvain Cormier

***

Musique de films
25 ans de musique de cinéma français
Orchestre sous la direction de Serge Baudo
Cinémusique

Quand il s'agit de films plus anciens, les musiques proviennent généralement de la pellicule même, avec bruitages et dialogues: les matrices n'existent plus. D'où l'intérêt de ce vinyle de 1956 enfin réédité, qui propose en une remarquable suite orchestrale les thèmes instrumentaux du cinéma français d'avant le microsillon: cela va des airs de Maurice Jaubert pour le Quatorze juillet de René Clair à la première apparition du motif mélodique des Feuilles mortes de Joseph Kosma dans Les Portes de la nuit. Un narrateur présente chaque film: le producteur Lucien Adès, l'homme des livres-disques adaptés de Disney, aimait ces ponctuations, surannées mais nobles. La réédition fournit en outre quelques mémorables thèmes chantés: sulfureuse Lyz Gauty, charmant Montand. On en voudrait plus.

S. C.
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