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Vitrine du disque du 3 septembre 2010

Le Devoir   3 septembre 2010  Musique
Disque<br />
Disque
Jazz

Keith Jarrett & Charlie Haden

Jasmine

ECM

Deux monstres du jazz contemporain, deux géants rassemblés, deux personnalités à l'explosif caractère, et cette musique si douce tout au bout. Piano, contrebasse, ballades. Enregistré il y a trois ans de manière impromptue chez Jarrett —et monté à partir de huit heures de bandes —, Jasmine célèbre les retrouvailles de deux musiciens qui n'avaient plus joué ensemble depuis plus de 30 ans (à l'époque du quartet avec Dewey Redman et Paul Motian dans les années 70). Et il les célèbre bellement: on travaille ici la beauté, l'élégance, l'émotion, le dépouillement sonore et stylistique. On développe l'art de la lenteur, de l'intériorité, des phrases aux couleurs chaudes. Poésie bleue et textures délicates. Il y a quelque chose de symbiotique dans leurs échanges, une fluidité et une intimité qui fait de ce disque un bijou du genre.

Guillaume Bourgault-Côté

***

Tango

Tango boréal

Denis Plante

Atma classique

À l'instar de Piazzolla, le bandonéoniste québécois Denis Plante n'a pas grandi dans l'univers du tango, mais compose en s'en inspirant. Il en retient l'expressivité de l'instrument principal, le souffle tragique, l'âme mélancolique, la romance, la finesse mélodique, mais en lui ajoutant une forte dose impressionniste et une certaine discrétion taciturne du Nord. Prolifique, on l'a connu avec Tango Vivo, Montréal Tango, Quartango et plus récemment avec Asturias et Bataclan, entre autres. Cette fois-ci, on le retrouve avec David Jacques, guitariste aux accents subtils ou à la rythmique terrienne et Ian Simson, contrebassiste à la pulsion délicate ou aux teintes subtiles de jazz. Les trois s'animent avec lenteur et finissent par s'élever sur une vague sonore qui emporte doucement, mais sûrement. Denis Plante se produit ce soir avec le guitariste David Jacques au concert d'ouverture du Carrefour mondial de l'accordéon à Montmagny.

Yves Bernard


Denis Plante: Pampa blues


***

Pop-Rock

I'm Having Fun Now

Jenny and Johnny

Warner

On pourrait appeler ça de la pop de couple. On pense à Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, à Chip Taylor aux côtés de Carrie Rodriguez, à David Roback avec Hope Sandoval au temps béni de Mazzy Star, mais peut-être plus encore à Sid N'Susie, le pairage de Matthew Sweet et Susanna Hoffs des Bangles (pour les harmonies très folk-psyché californien vers 1966), à cela près que les chansons de Jenny and Johnny ne sont pas des reprises mais plutôt des... matchs à finir. Jenny comme dans Jenny Lewis, la fille à l'Acid Tongue, Johnny comme dans Johnathan Rice, l'amoureux de Jenny et proche collaborateur, sont de singuliers tourtereaux, aussi durs dans le propos que doux dans les timbres, les chansons constituant une sorte de zone franche où tout est permis, y compris les vannes les plus vaches. Contraste entre fond et forme qui rend l'album franchement fascinant: plus on est bercés, plus ils s'égratignent. On comprend que l'union tient bon parce que Jenny and Johnny, c'est aussi Jenny vs. Johnny. Adorable.

Sylvain Cormier


Jenny and Johnny: Scissor Runner


***

Dub/Électro


High Tone

Out Back

Jarring Effects

High Tone a probablement produit, avec ce cinquième disque paru au début de l'été, son album le plus curieux. Toujours, on retrouve les incursions reggae, worldbeat ou glitch qui sont propres au quintette lyonnais, le tout sur un fond de dub fort efficace, de basses pesantes et inquiétantes et de guitares réverbérées. Mais ce qui rend intriguant Out Back, c'est sa construction en deux volets: un premier segment (Dub Axiom) tout en dub, en dubstep, en breakbeat et en hip-hop — probablement l'exercice de style le plus réussi de la formation à ce jour — et un deuxième segment (No Border) qui vogue sans gêne vers l'expérimentation sonore, avec un fini plus rock progressif, un son moins rond et moins défini mais tout aussi planant, surtout en raison des cordes et des claviers qui viennent s'ajouter graduellement. La scène reste cependant la meilleure façon de cerner High Tone et ça tombe bien, la formation sera au Café Campus dimanche soir.

Émilie Parent-Bouchard


High Tone: Rub-A-Dub Anthem (feat. Pupa Jim)


***

Classique

Walton

Symphonies nos 1 et 2. Orchestre national de Lille, Owain Arwel Hugues. BIS SACD 1646 (SRI).

En un mois ont paru trois versions de la 1re Symphonie (1931-35) de William Walton. Celle-ci, une autre nouveauté, signée William Boughton (Nimbus), et la réédition du vieil enregistrement d'Adrian Boult dans l'album The 1956 Nixa-Westminster Stereo Recordings, vol. 1 (distr. SRI). Cette dernière n'est pas au standard technique requis par cette composition spectaculaire et l'Orchestre de New Haven de Boughton ne se hisse pas au standard musical. L'album BIS, le premier couplage des deux symphonies depuis des lunes, déçoit aussi: la direction manque d'arêtes et l'orchestre, de brillant. Les références restent André Previn ou Leonard Slatkin pour la 1re; George Szell pour la 2e. Mais le principal est bien de raviver la flamme de Walton, un grand orchestrateur au langage bien plus universel qu'Elgar. On espère voir un jour chez Naxos le même couplage dans une interprétation plus convaincante.

Christophe Huss


Walton Symphonie No2 (fin)


***

Classique

Beck

Symphonies op. 3 nos 1 à 4. Orchestre de chambre de Toronto, Kevin Mallon. Naxos 8.570799.

Franz Ignaz Beck (1734-1809) nous a été révélé par des enregistrements CPO de l'ensemble allemand La Stagione. Il est judicieux que Naxos se penche sur cet excellent compositeur et livre une proposition artistique d'un orchestre moins abrasif que La Stagione. Exact contemporain de Haydn, Beck, natif de Mannheim, élève de Johann Stamitz, passa une partie de sa vie en Italie, puis, surtout, en France, à Marseille, puis à Bordeaux. Les Symphonies op. 3, publiées en 1762, datent de l'époque marseillaise. Elles se placent dans le prolongement de l'École de Mannheim et sont fortement teintées du Sturm und Drang (Orage et Passion) typique de cette époque. Avec une texture orchestrale colorée par un usage abondant des vents, qui s'opposent aux cordes, on est ici dans le registre des symphonies médianes (autour de la 50e) de Haydn à un niveau quasiment comparable. Un disque très utile.

C. H.

Beck Sinfonia Op3 No2_1er mvt


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