Festival Osheaga - 2010, l'année K'naan
Photo : Agence France-Presse Rajesh Jantilal
K’naan est en train de devenir un porte-parole pour son pays, mais aussi pour sa génération.
Mis à part les vuvuzelas, c'est probablement la trame sonore que l'on retiendra de la Coupe du monde en Afrique du Sud. L'hymne à la liberté Wavin' Flag, retransmise avant chaque match dans plus de 160 pays, a littéralement propulsé le poète et rappeur canadien K'naan à l'avant-scène internationale. Si 2010 est l'année du continent africain, on s'en souviendra également comme étant celle du réfugié somalien, qui vient demain à Montréal dans le cadre du festival Osheaga.
Le chemin parcouru depuis Mogadiscio jusqu'aux deux Juno pour l'artiste et l'auteur-compositeur de l'année est impressionnant. On ne surnomme pas Keinan Abdi Warsame le «philosophe aux pieds poussiéreux» pour rien. Son prénom signifie d'ailleurs «voyageur» en somali. À 12 ans, ce descendant de poètes et de musiciens — son grand-père Haji Mohamed fut l'un des poètes les plus éminents du pays — fuit la capitale somalienne avec sa famille en 1991, sur l'un des derniers vols à quitter le pays avant que celui-ci ne soit diplomatiquement isolé du reste du monde.
Débarquant à New York où son père conduit déjà des taxis et lui fait découvrir le hip-hop, c'est un jeune K'naan étiqueté «atteint du syndrome post-traumatique» — son premier amour, Fatima, a été froidement tuée dans une Mogadiscio déchirée par la guerre civile — qui doit s'adapter à un univers nouveau, dans des mots qu'il devra apprendre à faire siens. Sa famille immigrera plus tard près de Toronto, dans Dixon, une banlieue aux allures de ghetto où K'naan sera confronté à la violence, au racisme et au gangstérisme.
Un prophète globalisé
La carrière de K'naan prend un premier essor international lors d'une prestation devant le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Genève, en 1999, où il est remarqué par la star sénégalaise Youssou N'Dour. Ce dernier l'invite en studio, puis à sa tournée mondiale. Émerge en 2005 The Dusty Foot Philosopher, un premier essai signé Track & Field, puis Troubadour, sous le label A&M/Octone Records, en 2009. C'est cet album plus achevé et plus vindicatif — surtout l'extrait
Waving' Flag — qui propulse vraiment K'naan à l'international. On connaît la suite: 86 pays en 225 jours, un parcours de 151 217 kilomètres à bord de l'avion Coca-Cola pour promener le trophée doré de la Coupe du monde. Ironiquement, le seul pays africain qui n'a pas pu accueillir le chanteur est la Somalie, la multinationale jugeant le pari trop risqué.
Mais on plaide désormais la cause de K'naan sur toutes les tribunes. Les grands médias internationaux font même appel à lui pour commenter les violences sporadiques des pirates somaliens ou de la cellule terroriste al-Shabab. «Les pirates des uns sont les gardes côtiers des autres», a déclaré K'naan au site d'opinion Huffington Post, précisant que des déchets dangereux sont jetés dans les eaux somaliennes par des compagnies occidentales, un «désastre environnemental imposé par l'extérieur» et contre lequel les Somaliens se défendent avec leurs moyens, selon lui.
Dans une perspective plus positive, l'Hindustan Times de New Delhi rapportait récemment que la pièce Wavin' Flag est la chanson étrangère la plus téléchargée à ce jour en Inde et qu'une version «Bollywood» de la vidéo est en production. Les Mexicains, eux, ont élaboré une chorégraphie pour accompagner la version remixée avec David Bisbal, superstar de l'univers latino. Vingt versions ont été enregistrées: en mandarin, en français, en portugais, en créole, et évidemment en tswana, une des langues officielles de l'Afrique du Sud.
Certains ont voulu casser du sucre sur le dos de K'naan, critiquant son choix de s'associer à la plus grosse campagne marketing de l'histoire et arguant que Coca-Cola cherche de cette façon à conquérir le vaste marché émergent qu'est l'Afrique. Le musulman de 31 ans voit cependant les choses d'un autre oeil. Retourné en Somalie en décembre sans prévenir quiconque sauf sa mère, il a constaté que les gens de là-bas reconnaissaient son travail: «Au marché, les gens faisaient la file pour me serrer la main et pour me remercier. Ils comprennent que je suis là pour eux — que mon succès, dans un sens, est aussi le leur», confiait-il à l'hebdomadaire anglais The Observer.
À l'instar des Bob Marley, Bob Dylan et Fela Kuti — trois icônes à qui K'naan a dédié un triple album hommage disponible gratuitement sur Internet (The Messengers, 2009) —, K'naan est en train de devenir un porte-parole pour son pays, mais aussi pour sa génération. «Avant d'aller en Somalie l'année dernière, je ne savais pas si je pouvais écrire un autre album. Je ne savais même pas si j'allais revenir [...] Mais je devais me libérer de mon enfance et [ce voyage] m'a donné une seconde vie.»
Le chemin parcouru depuis Mogadiscio jusqu'aux deux Juno pour l'artiste et l'auteur-compositeur de l'année est impressionnant. On ne surnomme pas Keinan Abdi Warsame le «philosophe aux pieds poussiéreux» pour rien. Son prénom signifie d'ailleurs «voyageur» en somali. À 12 ans, ce descendant de poètes et de musiciens — son grand-père Haji Mohamed fut l'un des poètes les plus éminents du pays — fuit la capitale somalienne avec sa famille en 1991, sur l'un des derniers vols à quitter le pays avant que celui-ci ne soit diplomatiquement isolé du reste du monde.
Débarquant à New York où son père conduit déjà des taxis et lui fait découvrir le hip-hop, c'est un jeune K'naan étiqueté «atteint du syndrome post-traumatique» — son premier amour, Fatima, a été froidement tuée dans une Mogadiscio déchirée par la guerre civile — qui doit s'adapter à un univers nouveau, dans des mots qu'il devra apprendre à faire siens. Sa famille immigrera plus tard près de Toronto, dans Dixon, une banlieue aux allures de ghetto où K'naan sera confronté à la violence, au racisme et au gangstérisme.
Un prophète globalisé
La carrière de K'naan prend un premier essor international lors d'une prestation devant le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Genève, en 1999, où il est remarqué par la star sénégalaise Youssou N'Dour. Ce dernier l'invite en studio, puis à sa tournée mondiale. Émerge en 2005 The Dusty Foot Philosopher, un premier essai signé Track & Field, puis Troubadour, sous le label A&M/Octone Records, en 2009. C'est cet album plus achevé et plus vindicatif — surtout l'extrait
Waving' Flag — qui propulse vraiment K'naan à l'international. On connaît la suite: 86 pays en 225 jours, un parcours de 151 217 kilomètres à bord de l'avion Coca-Cola pour promener le trophée doré de la Coupe du monde. Ironiquement, le seul pays africain qui n'a pas pu accueillir le chanteur est la Somalie, la multinationale jugeant le pari trop risqué.
Mais on plaide désormais la cause de K'naan sur toutes les tribunes. Les grands médias internationaux font même appel à lui pour commenter les violences sporadiques des pirates somaliens ou de la cellule terroriste al-Shabab. «Les pirates des uns sont les gardes côtiers des autres», a déclaré K'naan au site d'opinion Huffington Post, précisant que des déchets dangereux sont jetés dans les eaux somaliennes par des compagnies occidentales, un «désastre environnemental imposé par l'extérieur» et contre lequel les Somaliens se défendent avec leurs moyens, selon lui.
Dans une perspective plus positive, l'Hindustan Times de New Delhi rapportait récemment que la pièce Wavin' Flag est la chanson étrangère la plus téléchargée à ce jour en Inde et qu'une version «Bollywood» de la vidéo est en production. Les Mexicains, eux, ont élaboré une chorégraphie pour accompagner la version remixée avec David Bisbal, superstar de l'univers latino. Vingt versions ont été enregistrées: en mandarin, en français, en portugais, en créole, et évidemment en tswana, une des langues officielles de l'Afrique du Sud.
Certains ont voulu casser du sucre sur le dos de K'naan, critiquant son choix de s'associer à la plus grosse campagne marketing de l'histoire et arguant que Coca-Cola cherche de cette façon à conquérir le vaste marché émergent qu'est l'Afrique. Le musulman de 31 ans voit cependant les choses d'un autre oeil. Retourné en Somalie en décembre sans prévenir quiconque sauf sa mère, il a constaté que les gens de là-bas reconnaissaient son travail: «Au marché, les gens faisaient la file pour me serrer la main et pour me remercier. Ils comprennent que je suis là pour eux — que mon succès, dans un sens, est aussi le leur», confiait-il à l'hebdomadaire anglais The Observer.
À l'instar des Bob Marley, Bob Dylan et Fela Kuti — trois icônes à qui K'naan a dédié un triple album hommage disponible gratuitement sur Internet (The Messengers, 2009) —, K'naan est en train de devenir un porte-parole pour son pays, mais aussi pour sa génération. «Avant d'aller en Somalie l'année dernière, je ne savais pas si je pouvais écrire un autre album. Je ne savais même pas si j'allais revenir [...] Mais je devais me libérer de mon enfance et [ce voyage] m'a donné une seconde vie.»
K'naan: Wavin'Flag
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