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L'imposture Plastic Bertrand

Le chanteur admet finalement ne pas être l'interprète de Ça plane pour moi

Frédérique Doyon   29 juillet 2010  Musique
Le chanteur Plastic Bertrand se produit, le 21 juin 2003, sur le parvis de la Défense à Paris, lors d'un concert organisé pour la Fête de la musique sur le thème des années 1980.<br />
Photo : Agence France-Presse Stephane de Sakutin
Le chanteur Plastic Bertrand se produit, le 21 juin 2003, sur le parvis de la Défense à Paris, lors d'un concert organisé pour la Fête de la musique sur le thème des années 1980.
De la poudre aux yeux et surtout aux oreilles. Plastic Bertrand n'a pas chanté le fameux tube punk de 1977, Ça plane pour moi. Il l'a avoué hier au quotidien belge Le Soir, après 30 ans de dispute avec son producteur, Lou Deprijck, à qui revient enfin la paternité vocale de la chanson. Il se dit toutefois victime de ce dernier.

«Moi, je veux bien dire que ce n'était pas ma voix, mais il faut alors aussi dire que tout cela a été monté de toutes pièces par Lou Deprijck», a-t-il déclaré au journal bruxellois.

Le chanteur a donc toujours chanté le tube en playback, doublant la voix de son impresario, prêtant pourtant à la chanson son image délurée et arrogante. Plastic Bertrand — de son vrai nom Roger Jouret — a même reconnu que Lou Deprijck avait interprété les pièces des quatre albums parus entre 1977 et 1981, y compris l'autre tube Stop ou encore.

Mais il insiste: il était manipulé par son producteur. «Je voulais chanter, mais il m'interdisait l'accès au studio», a-t-il raconté, promettant un nouveau procès à son «bourreau».

Ces aveux découlent des sorties médiatiques des derniers jours de M. Deprijck. Celui-ci se réjouissait d'être reconnu comme l'unique interprète du tube punk, selon un rapport d'expertise commandé dans la foulée du procès de 2006, qui avait pourtant tranché en faveur de Plastic Bertrand. Un expert a identifié le même accent ch'ti ou picard dans les terminaisons de phrases de l'enregistrement original de 1977 et dans celui de 2006, signé Lou Deprijck.

Milli Vanilli et les autres

Un imposteur de plus pour l'histoire de la musique populaire. Car la saga Plastic Bertrand rappelle d'emblée celle de Milli Vanilli, ce duo de beaux mecs noirs de Munich qui avait sorti le mégatube Girl You Know It's True, vendu à 10 millions d'exemplaires à la fin des années 1980. Un succès qui a dérapé en même temps que la bande enregistrée sur laquelle s'est révélé être plaqué le faux-chant des deux vedettes, au cours d'un spectacle. Subterfuge ensuite confirmé par le véritable interprète de la chanson, le rappeur américain Charles Shaw.

Le producteur de Milli Vanilli, l'Allemand Franky Farian, a d'ailleurs lancé un autre pavé fumiste célèbre dans la mare musicale: c'est sa voix qui était derrière les succès du groupe jamaïco-antillais Boney M. comme Daddy Cool.

L'imposture la plus récente a pris les traits d'une jolie petite Chinoise charmant le monde entier en entonnant le chant de clôture des Jeux olympiques de Pékin en 2008. Supercherie suprême: elle doublait la voix de l'authentique interprète, écartée à cause de son physique désavantageux.

Et chez nous?

«Avec les techniques actuelles, un chanteur peut pratiquement ne chanter que les syllabes et laisser faire le reste par son ingénieur studio, rappelle Sylvie Genest, professeure au Département de musique de l'UQAM. Il y a sans doute des exemples québécois [d'imposture], mais cela fait partie des secrets de studios.»

Rien de tel jusqu'à nouvel ordre, donc, chez les vedettes québécoises. Même si l'industrie du spectacle — surtout les émissions de variétés — a déjà carburé à la synchro et y fait encore ponctuellement appel. Céline Dion a souvent adopté la technique dans les spectacles de ses lancements de disque pour garantir la perfection des interprétations. Mais derrière, c'est la véritable voix de Céline qu'on entend, et non celle d'une interprète fantôme.

Idem pour l'épisode de Star Académie de 2003 dans lequel un choeur bidon, de façade, faisait semblant de chanter une pièce d'Harmonium.

Chez les voisins américains, Britney Spears, Madonna et les Backstreet Boys ont aussi sauvé l'image et le vernis auditif de leurs spectacles en usant du synchro. On rapporte aussi un recours au playback par la diva anglaise Amy Winehouse en 2007, justifié par des contraintes d'image et son délabrement physique. The show must go on.

***

Avec l'Agence France-Presse
 
 
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  • Jean-Pascal Vachon
    Inscrit
    jeudi 29 juillet 2010 08h57
    Mais alors... qui?
    Mais alors... qui chante "Ca plane pour moi" sur l'album des Lost Fingers? Plastic Bertrand ou Deprijck?

  • J.M. Rodrigue
    Inscrite
    jeudi 29 juillet 2010 09h47
    Ca ne plane plus pour lui, lui, lui…
    Ce qu’il en a fait pâmer des fillettes ce bonhomme dans les années 70. Si je me souviens bien, le bassin de ses fans se trouvait dans les10-12 ans (dont la mienne). C’est une belle gueule que les producteurs vendaient et vendent toujours. Il est impossible de faire une carrière artistique ou musicale si on n’est pas photogénique et charismatique au départ, car c’est la représentation visuelle qui émoustille et fait pleurer encore les fillettes.

    L’imposture (tromper par des discours ou des écrits mensongers, fabrication, distorsion ou falsification de données) n’est pas seulement présent dans le show business mais dans presque tous les domaines où l’argent, la notoriété, la carrière, l’idéologie, le politique et même la paresse entre en ligne de compte. Histoire, religion, arts, littérature, science, autant dire partout…

    L’imposture intellectuelle ou scientifique est d’autant plus grave qu’il faut des spécialistes pour confondre les imposteurs et les dénoncer. Le cas de Plastic Bertrand n’est qu’un cas de filouterie en comparaison…
    Jeanne-Mance Rodrigue

  • Nancy Teasdale
    Abonné
    jeudi 29 juillet 2010 11h40
    Guy A. Lepage est le meilleur! :-)
    J'ai toujours trouvé la voix de M. Bertrand en entrevue très différente de sa voix en chanson. Je mettais ça sur le dos d'effets studio. Tout s'explique à la fin.

    Il serait intéressant que M. Bertrand nous fasse entendre sa vraie voix de chanteur, s'il peut chanter évidemment. Ça ferait probablement du bien aux fans déçus...

    Mais dans le fond, j'ai toujours pensé que le vrai interprète de Ça plane n'est nul autre que Guy A. Lepage! Ce Lou Drepjick peut bien aller se rhabiller! :-))

  • François Dugal
    Abonné
    jeudi 29 juillet 2010 13h47
    Faux
    La pop musique est devenue l'art du faux; nous sommes vraiment dans le creux de la vague.

  • Joe90
    Inscrit
    jeudi 29 juillet 2010 20h47
    Une voix en plastic
    Entre nous, j'ai toujours été confondu par le succès de ce chanteur à la voix de pingouin.
    Comme Mme Teasdale, je serais curieux de l'entendre chanter ses vieux - ses deux! - tubes avec la sienne propre. Je ne suis par sûr qu'on y perdrait.
    Je me demande quand même ce que ça fait de regarder en arrière et de se dire, au vu de trente années de vie artistique avec la voix d'un autre, que sa carrière ne repose, au fond, que sur de la camelote : peu de talent, beaucoup de technique et une montagne de plastique.

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