L'imposture Plastic Bertrand
Le chanteur admet finalement ne pas être l'interprète de Ça plane pour moi
Photo : Agence France-Presse Stephane de Sakutin
Le chanteur Plastic Bertrand se produit, le 21 juin 2003, sur le parvis de la Défense à Paris, lors d'un concert organisé pour la Fête de la musique sur le thème des années 1980.
De la poudre aux yeux et surtout aux oreilles. Plastic Bertrand n'a pas chanté le fameux tube punk de 1977, Ça plane pour moi. Il l'a avoué hier au quotidien belge Le Soir, après 30 ans de dispute avec son producteur, Lou Deprijck, à qui revient enfin la paternité vocale de la chanson. Il se dit toutefois victime de ce dernier.
«Moi, je veux bien dire que ce n'était pas ma voix, mais il faut alors aussi dire que tout cela a été monté de toutes pièces par Lou Deprijck», a-t-il déclaré au journal bruxellois.
Le chanteur a donc toujours chanté le tube en playback, doublant la voix de son impresario, prêtant pourtant à la chanson son image délurée et arrogante. Plastic Bertrand — de son vrai nom Roger Jouret — a même reconnu que Lou Deprijck avait interprété les pièces des quatre albums parus entre 1977 et 1981, y compris l'autre tube Stop ou encore.
Mais il insiste: il était manipulé par son producteur. «Je voulais chanter, mais il m'interdisait l'accès au studio», a-t-il raconté, promettant un nouveau procès à son «bourreau».
Ces aveux découlent des sorties médiatiques des derniers jours de M. Deprijck. Celui-ci se réjouissait d'être reconnu comme l'unique interprète du tube punk, selon un rapport d'expertise commandé dans la foulée du procès de 2006, qui avait pourtant tranché en faveur de Plastic Bertrand. Un expert a identifié le même accent ch'ti ou picard dans les terminaisons de phrases de l'enregistrement original de 1977 et dans celui de 2006, signé Lou Deprijck.
Milli Vanilli et les autres
Un imposteur de plus pour l'histoire de la musique populaire. Car la saga Plastic Bertrand rappelle d'emblée celle de Milli Vanilli, ce duo de beaux mecs noirs de Munich qui avait sorti le mégatube Girl You Know It's True, vendu à 10 millions d'exemplaires à la fin des années 1980. Un succès qui a dérapé en même temps que la bande enregistrée sur laquelle s'est révélé être plaqué le faux-chant des deux vedettes, au cours d'un spectacle. Subterfuge ensuite confirmé par le véritable interprète de la chanson, le rappeur américain Charles Shaw.
Le producteur de Milli Vanilli, l'Allemand Franky Farian, a d'ailleurs lancé un autre pavé fumiste célèbre dans la mare musicale: c'est sa voix qui était derrière les succès du groupe jamaïco-antillais Boney M. comme Daddy Cool.
L'imposture la plus récente a pris les traits d'une jolie petite Chinoise charmant le monde entier en entonnant le chant de clôture des Jeux olympiques de Pékin en 2008. Supercherie suprême: elle doublait la voix de l'authentique interprète, écartée à cause de son physique désavantageux.
Et chez nous?
«Avec les techniques actuelles, un chanteur peut pratiquement ne chanter que les syllabes et laisser faire le reste par son ingénieur studio, rappelle Sylvie Genest, professeure au Département de musique de l'UQAM. Il y a sans doute des exemples québécois [d'imposture], mais cela fait partie des secrets de studios.»
Rien de tel jusqu'à nouvel ordre, donc, chez les vedettes québécoises. Même si l'industrie du spectacle — surtout les émissions de variétés — a déjà carburé à la synchro et y fait encore ponctuellement appel. Céline Dion a souvent adopté la technique dans les spectacles de ses lancements de disque pour garantir la perfection des interprétations. Mais derrière, c'est la véritable voix de Céline qu'on entend, et non celle d'une interprète fantôme.
Idem pour l'épisode de Star Académie de 2003 dans lequel un choeur bidon, de façade, faisait semblant de chanter une pièce d'Harmonium.
Chez les voisins américains, Britney Spears, Madonna et les Backstreet Boys ont aussi sauvé l'image et le vernis auditif de leurs spectacles en usant du synchro. On rapporte aussi un recours au playback par la diva anglaise Amy Winehouse en 2007, justifié par des contraintes d'image et son délabrement physique. The show must go on.
***
Avec l'Agence France-Presse
«Moi, je veux bien dire que ce n'était pas ma voix, mais il faut alors aussi dire que tout cela a été monté de toutes pièces par Lou Deprijck», a-t-il déclaré au journal bruxellois.
Le chanteur a donc toujours chanté le tube en playback, doublant la voix de son impresario, prêtant pourtant à la chanson son image délurée et arrogante. Plastic Bertrand — de son vrai nom Roger Jouret — a même reconnu que Lou Deprijck avait interprété les pièces des quatre albums parus entre 1977 et 1981, y compris l'autre tube Stop ou encore.
Mais il insiste: il était manipulé par son producteur. «Je voulais chanter, mais il m'interdisait l'accès au studio», a-t-il raconté, promettant un nouveau procès à son «bourreau».
Ces aveux découlent des sorties médiatiques des derniers jours de M. Deprijck. Celui-ci se réjouissait d'être reconnu comme l'unique interprète du tube punk, selon un rapport d'expertise commandé dans la foulée du procès de 2006, qui avait pourtant tranché en faveur de Plastic Bertrand. Un expert a identifié le même accent ch'ti ou picard dans les terminaisons de phrases de l'enregistrement original de 1977 et dans celui de 2006, signé Lou Deprijck.
Milli Vanilli et les autres
Un imposteur de plus pour l'histoire de la musique populaire. Car la saga Plastic Bertrand rappelle d'emblée celle de Milli Vanilli, ce duo de beaux mecs noirs de Munich qui avait sorti le mégatube Girl You Know It's True, vendu à 10 millions d'exemplaires à la fin des années 1980. Un succès qui a dérapé en même temps que la bande enregistrée sur laquelle s'est révélé être plaqué le faux-chant des deux vedettes, au cours d'un spectacle. Subterfuge ensuite confirmé par le véritable interprète de la chanson, le rappeur américain Charles Shaw.
Le producteur de Milli Vanilli, l'Allemand Franky Farian, a d'ailleurs lancé un autre pavé fumiste célèbre dans la mare musicale: c'est sa voix qui était derrière les succès du groupe jamaïco-antillais Boney M. comme Daddy Cool.
L'imposture la plus récente a pris les traits d'une jolie petite Chinoise charmant le monde entier en entonnant le chant de clôture des Jeux olympiques de Pékin en 2008. Supercherie suprême: elle doublait la voix de l'authentique interprète, écartée à cause de son physique désavantageux.
Et chez nous?
«Avec les techniques actuelles, un chanteur peut pratiquement ne chanter que les syllabes et laisser faire le reste par son ingénieur studio, rappelle Sylvie Genest, professeure au Département de musique de l'UQAM. Il y a sans doute des exemples québécois [d'imposture], mais cela fait partie des secrets de studios.»
Rien de tel jusqu'à nouvel ordre, donc, chez les vedettes québécoises. Même si l'industrie du spectacle — surtout les émissions de variétés — a déjà carburé à la synchro et y fait encore ponctuellement appel. Céline Dion a souvent adopté la technique dans les spectacles de ses lancements de disque pour garantir la perfection des interprétations. Mais derrière, c'est la véritable voix de Céline qu'on entend, et non celle d'une interprète fantôme.
Idem pour l'épisode de Star Académie de 2003 dans lequel un choeur bidon, de façade, faisait semblant de chanter une pièce d'Harmonium.
Chez les voisins américains, Britney Spears, Madonna et les Backstreet Boys ont aussi sauvé l'image et le vernis auditif de leurs spectacles en usant du synchro. On rapporte aussi un recours au playback par la diva anglaise Amy Winehouse en 2007, justifié par des contraintes d'image et son délabrement physique. The show must go on.
***
Avec l'Agence France-Presse
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

