Concerts classiques - L'ensorceleuse
À retenir
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FESTIVAL DE LANAUDIÈRE
- Chopin: Nocturnes op. 37 nos 1 et 2. Ballades nos 1 et 3. Impromptu no 2. Valses op. 70 no 2 et 64 no 2. Préludes op. 28 no 20 et op. 45. Sonate no 2. Bis: Étude posthume en fa mineur; Mazurka op. 69 no 3.
- Edna Stern (piano).
- Église de Saint-Sulpice, lundi 19 juillet 2010.
Tout ce dont on rêvait est vrai. Edna Stern est une grande musicienne et interprète. Le rapport au son et la respiration musicale sont les deux axes de son univers musical. Une approche intellectuelle devient sensible et, face au piano, se sublime et se transcende.
Ne connaissant que les disques d'Edna Stern, essentiellement «cérébrosensibles», je ne comprenais pas les références à Martha Argerich qui apparaissent dans des comptes-rendus de confrères européens. Lundi, en concert à l'église Saint-Sulpice, le parallèle m'a sauté aux yeux lorsque Edna Stern a emballé rythmiquement le 2e thème de la 3e Ballade. Argerich n'est pourtant pas l'inspiration d'Edna Stern; ses sources sont bien plus solidement ancrées.
Toutes les briques ajoutées pendant la première partie — des Nocturnes op. 37 très feutrés et réfléchis, imprégnés de cette «grâce discrète» évoquée par Schumann à leur propos, au Second Impromptu, avec son quasi irréel passage leggiero-sostenuto (main droite-main gauche) — menaient à une 1re Ballade hors normes par sa force et sa quasi-furie.
Aucun hasard et aucune «attitude». Il y a deux sources évidentes à ce que fait Edna Stern, notamment dans la 1re Ballade: les témoignages des contemporains de Chopin et les réflexions et préceptes du pianiste Alfred Cortot (1877-1962). Schumann, d'abord, réfère à la 1re Ballade comme d'une composition «des plus sauvages et originales». Cortot, ensuite, en réinvente l'agogique (la manière dont les notes sont énoncées, distribuées dans un temps donné) et la respiration.
Si l'on veut schématiser l'approche chopinienne d'Edna Stern, on peut dire, sans la trahir, qu'elle remet l'art d'Alfred Cortot au goût du jour. L'évidence saute aux oreilles dans la Marche funèbre de la 2e Sonate. Là, on est dans un quasi copié collé à 82 ans de distance (le grand enregistrement de cette sonate par Cortot date de 1928).
Mais Edna Stern n'est pas une imitatrice. Si Cortot l'inspire, c'est qu'elle a internalisé que le grand pianiste est dans le vrai. Ce Chopin, Edna Stern le vit et le respire, en mettant toujours en avant la «vocalité» de la musique. À la poétique du texte — parfois énoncé entre parenthèses, parfois comme un plaidoyer ou un appel — s'ajoute sa poétique sonore, l'une des plus belles de la scène pianistique.
Edna Stern pense la musique, exsude la musique et la vit. Ce faisant, elle nous ensorcelle.
Ne connaissant que les disques d'Edna Stern, essentiellement «cérébrosensibles», je ne comprenais pas les références à Martha Argerich qui apparaissent dans des comptes-rendus de confrères européens. Lundi, en concert à l'église Saint-Sulpice, le parallèle m'a sauté aux yeux lorsque Edna Stern a emballé rythmiquement le 2e thème de la 3e Ballade. Argerich n'est pourtant pas l'inspiration d'Edna Stern; ses sources sont bien plus solidement ancrées.
Toutes les briques ajoutées pendant la première partie — des Nocturnes op. 37 très feutrés et réfléchis, imprégnés de cette «grâce discrète» évoquée par Schumann à leur propos, au Second Impromptu, avec son quasi irréel passage leggiero-sostenuto (main droite-main gauche) — menaient à une 1re Ballade hors normes par sa force et sa quasi-furie.
Aucun hasard et aucune «attitude». Il y a deux sources évidentes à ce que fait Edna Stern, notamment dans la 1re Ballade: les témoignages des contemporains de Chopin et les réflexions et préceptes du pianiste Alfred Cortot (1877-1962). Schumann, d'abord, réfère à la 1re Ballade comme d'une composition «des plus sauvages et originales». Cortot, ensuite, en réinvente l'agogique (la manière dont les notes sont énoncées, distribuées dans un temps donné) et la respiration.
Si l'on veut schématiser l'approche chopinienne d'Edna Stern, on peut dire, sans la trahir, qu'elle remet l'art d'Alfred Cortot au goût du jour. L'évidence saute aux oreilles dans la Marche funèbre de la 2e Sonate. Là, on est dans un quasi copié collé à 82 ans de distance (le grand enregistrement de cette sonate par Cortot date de 1928).
Mais Edna Stern n'est pas une imitatrice. Si Cortot l'inspire, c'est qu'elle a internalisé que le grand pianiste est dans le vrai. Ce Chopin, Edna Stern le vit et le respire, en mettant toujours en avant la «vocalité» de la musique. À la poétique du texte — parfois énoncé entre parenthèses, parfois comme un plaidoyer ou un appel — s'ajoute sa poétique sonore, l'une des plus belles de la scène pianistique.
Edna Stern pense la musique, exsude la musique et la vit. Ce faisant, elle nous ensorcelle.
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