Gustavsen, Jarrett, Jamal - Soirées piano
On ne va pas voir et entendre Tord Gustavsen pour être «décoiffé» par les prouesses techniques du pianiste. Zéro pyrotechnie, tout le contraire. Mais c’est précisément dans cet art de la retenue que le public — nombreux et enthousiaste — trouve le bonheur avec Gustavsen.
Trois ans après son dernier passage à Montréal, c’est un Gustavsen au crâne rasé qui s’est présenté sur la scène de Duceppe samedi soir. «J’ai perdu beaucoup de cheveux depuis 2007, mais le groupe a gagné un nouveau membre en échange», a-t-il dit d’entrée de jeu pour présenter un trio devenu quartet avec l’ajout du saxophoniste Tore Brunborg.
Si la présence de Brunborg libère Gustavsen d’une partie du fardeau mélodique, elle ne change pas grand-chose aux couleurs globales de l’ensemble. À trois ou à quatre, la musique de Tord Gustavsen est faite de la même étoffe subtile et délicate.
Au moyen de phrases épurées, lignes très claires et progressions harmoniques mesurées, Gustavsen s’applique à construire une ambiance introspective, explorant tous les champs de l’intime. C’est un dialogue avec la nuit qu’il suggère, une conversation sur le ton de la confidence, un chuchotement sur les tempêtes du monde.
Il ne faut pas y chercher d’explosion: les montées dramatiques sont des exemples de finesse, comme les arrangements en général. Mais cette musique de l’intériorité fait du bien en ce sens qu’elle s’adresse au cœur, sans bruit, en silence.
Jarrett
À quelques pas de là, pendant que Gustavsen déployait son bleu nordique, les spectateurs réunis à Wilfrid-Pelletier pouvaient apprécier une approche jazzistique différente, plus rythmée et soutenue: celle de l’immense trio composé de Keith Jarrett, Jack DeJohnette et Gary Peacock.
Nous n’en avons capté qu’une quarantaine de minutes: trop peu pour juger de l’ensemble, mais juste assez pour voir que Jarrett et ses troupes méritent toujours les qualificatifs les plus approbateurs. Le mot «fluidité» devrait être toujours défini par l’écoute d’un standard joué par ce trio légendaire.
Car tout est parfait dans leur mode d’expression: le swing et la précision de l’attaque de Jarrett, l’assise rythmique de DeJohnette, l’élégance de la touche de Peacock, le jazz est servi de la plus admirable des manières. À un point près: Jarrett demeure absolument imbuvable quand il ouvre la bouche…
Grand Jamal
Autrement plus courtois, le pianiste Ahmad Jamal a livré au théâtre Maisonneuve une prestation mémorable, vendredi soir. C’était son 80e anniversaire de naissance, et son premier passage au FIJM depuis… 1991. Un bail. Mais le temps n’a visiblement pas d’emprise sur lui: Jamal est encore capable de toutes les pirouettes de voltige, de toutes les intensités narratives, des ruptures de ton les plus abruptes. Jazz moderne, jazz intemporel, jazz de référence: une expérience vivifiante.
Jamal terminait une soirée amorcée mollement par Robert Glasper au Gesù. Pour sa deuxième carte invitation, Glasper se produisait avec le trompettiste Terence Blanchard, et avait pris le risque de ne rien répéter avant. Bravo pour l’audace, mais le résultat fut mitigé. Plus de tâtonnements que d’éclats de lumière, une attitude cabotine divertissante, mais peu instructive musicalement, avec comme résultat que le spectacle n’a jamais vraiment décollé.
Il faut dire qu’avec la formule privilégiée par les manitous du FIJM — des spectacles de 75 minutes —, la pâte doit lever tôt, car le temps vient vite à manquer. C’est particulièrement visible dans les séries Invitation. Dommage: l’affiche était alléchante.
Trois ans après son dernier passage à Montréal, c’est un Gustavsen au crâne rasé qui s’est présenté sur la scène de Duceppe samedi soir. «J’ai perdu beaucoup de cheveux depuis 2007, mais le groupe a gagné un nouveau membre en échange», a-t-il dit d’entrée de jeu pour présenter un trio devenu quartet avec l’ajout du saxophoniste Tore Brunborg.
Si la présence de Brunborg libère Gustavsen d’une partie du fardeau mélodique, elle ne change pas grand-chose aux couleurs globales de l’ensemble. À trois ou à quatre, la musique de Tord Gustavsen est faite de la même étoffe subtile et délicate.
Au moyen de phrases épurées, lignes très claires et progressions harmoniques mesurées, Gustavsen s’applique à construire une ambiance introspective, explorant tous les champs de l’intime. C’est un dialogue avec la nuit qu’il suggère, une conversation sur le ton de la confidence, un chuchotement sur les tempêtes du monde.
Il ne faut pas y chercher d’explosion: les montées dramatiques sont des exemples de finesse, comme les arrangements en général. Mais cette musique de l’intériorité fait du bien en ce sens qu’elle s’adresse au cœur, sans bruit, en silence.
Jarrett
À quelques pas de là, pendant que Gustavsen déployait son bleu nordique, les spectateurs réunis à Wilfrid-Pelletier pouvaient apprécier une approche jazzistique différente, plus rythmée et soutenue: celle de l’immense trio composé de Keith Jarrett, Jack DeJohnette et Gary Peacock.
Nous n’en avons capté qu’une quarantaine de minutes: trop peu pour juger de l’ensemble, mais juste assez pour voir que Jarrett et ses troupes méritent toujours les qualificatifs les plus approbateurs. Le mot «fluidité» devrait être toujours défini par l’écoute d’un standard joué par ce trio légendaire.
Car tout est parfait dans leur mode d’expression: le swing et la précision de l’attaque de Jarrett, l’assise rythmique de DeJohnette, l’élégance de la touche de Peacock, le jazz est servi de la plus admirable des manières. À un point près: Jarrett demeure absolument imbuvable quand il ouvre la bouche…
Grand Jamal
Autrement plus courtois, le pianiste Ahmad Jamal a livré au théâtre Maisonneuve une prestation mémorable, vendredi soir. C’était son 80e anniversaire de naissance, et son premier passage au FIJM depuis… 1991. Un bail. Mais le temps n’a visiblement pas d’emprise sur lui: Jamal est encore capable de toutes les pirouettes de voltige, de toutes les intensités narratives, des ruptures de ton les plus abruptes. Jazz moderne, jazz intemporel, jazz de référence: une expérience vivifiante.
Jamal terminait une soirée amorcée mollement par Robert Glasper au Gesù. Pour sa deuxième carte invitation, Glasper se produisait avec le trompettiste Terence Blanchard, et avait pris le risque de ne rien répéter avant. Bravo pour l’audace, mais le résultat fut mitigé. Plus de tâtonnements que d’éclats de lumière, une attitude cabotine divertissante, mais peu instructive musicalement, avec comme résultat que le spectacle n’a jamais vraiment décollé.
Il faut dire qu’avec la formule privilégiée par les manitous du FIJM — des spectacles de 75 minutes —, la pâte doit lever tôt, car le temps vient vite à manquer. C’est particulièrement visible dans les séries Invitation. Dommage: l’affiche était alléchante.
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