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Lettres - Les artistes laissés à eux-mêmes

Marie-Claire Durand - Montréal, le 23 juin 2010  28 juin 2010  Musique
Je suis une jeune artiste de Montréal qui vient de terminer une maîtrise en composition jazz à l'Université McGill. Je compose et dirige mon propre ensemble de jazz depuis bientôt trois ans. Après plusieurs démos et enregistrements de prestations «live», il est temps pour moi d'aller en studio et enregistrer mon premier album.

Après avoir fait le tour des programmes de subventions accordés aux artistes par le Conseil des arts et lettres du Québec et par le Conseil des arts du Canada, je lis que «la somme de 1,3 million de dollars administrée par le Conseil des arts du Canada au nom du MPC depuis 2001 [...] sera réaffectée à ce Fonds, qui a été modifié. Par conséquent, les programmes de Subventions à l'enregistrement sonore de musique spécialisée et d'Aide à la distribution de musique spécialisée du Conseil des arts du Canada cesseront d'exister à compter du 1er avril 2010.»

Cela veut dire que le seul programme de bourse accordant des subventions pour l'enregistrement d'un album complet a été aboli. De quels moyens disposent maintenant les musiciens de la relève pour obtenir une subvention couvrant les frais d'enregistrement d'un album? Selon les sites Internet du CALQ et du CAC, ils ne disposent d'aucuns moyens.

L'industrie de la musique est changeante, et les maisons d'édition (labels) ne veulent plus payer les frais de studio des artistes en raison des ventes qui diminuent sans cesse. Les musiciens qui se tiennent en marge des styles populaires et «rentables» sont les plus affectés par ce changement.

Je veux vous faire part de ma grande déception et de mon dégoût quant à cette décision, qui pénalise des artistes canadiens à un point crucial de leur carrière. Plusieurs musiciens sont des travailleurs acharnés qui font rayonner le Québec et le Canada à travers le monde, et ils méritent la reconnaissance et l'appui financier de leur gouvernement. La somme de 1,3 million de dollars qui a été coupée est ridiculement petite lorsqu'on la compare à ce que le gouvernement fédéral injecte en ce moment pour assurer la sécurité du sommet du G20 à Toronto.

Qui continuera à subventionner la musique créative au Canada, si ce n'est le Conseil des arts? Est-ce trop demander que de rétablir le programme de subventions à l'enregistrement sonore? Pour le gouvernement, cette somme est dérisoire. Pour la communauté des musiciens, elle est cruciale.

***

Marie-Claire Durand - Montréal, le 23 juin 2010
 
 
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  • Michel Mongeau
    Inscrit
    lundi 28 juin 2010 09h57
    Indignation rassurante
    Madame Durand,
    Comme vos critiques me font du bien à lire! Je pense que les musiciens(nes) qui se développent en marge des circuits de la pop médiatisée, en notre Québec friand d'humour et de chansons, doivent s'organiser, se développer des réseaux et petites institutions pour soutenir leur travail et sa diffusion. Personne ne le fera à votre place et vous en connaissez sûrement les raisons. Allez-y de votre jeunesse, de votre volonté et de votre avenir!
    P.S. Bien modestement, j'ai commis un récit qui aborde ces questions, lequel doit paraitre cet été aux éditions Publibook: Ahi Na' Ma'

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