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31e Festival international de jazz de Montréal - Rollins, Jarrett et les autres

Serge Truffaut   25 juin 2010  Musique
Sonny Rollins<br />
Photo : Source: FIJM
Sonny Rollins
Au fond, l'inflation, quand on réfléchit bien, si tant est que l'on en soit capable, ç'a du bon, du tout bon. Parce que, lorsque l'on pose le regard sur l'affiche de la 31e édition du Festival international de jazz de Montréal, dit le FIJM, l'inflation d'artistes qui lui est afférente, pour parler comme messieurs Dow et Jones, embrouille drôlement le regard. Dans ce cas-là, une seule solution est possible: avoir recours à la notion dite de facilité.

Grâce à elle, qui est également une paresse, on peut vous annoncer, au cas où vous ne le sauriez pas, que le gala d'ouverture propose le mariage de la carpe et du lapin. Oui, oui, oui. Songez-y une nanoseconde, Lionel Ritchie va pousser la chansonnette avec Cassandra Wilson. Et alors? Autant le premier est versé dans la pop — c'est comme ça qu'on dit? —, autant la seconde incline au jazz. Autrement dit, comme en clair, les architectes du FIJM proposent un paradoxe aussi complexe à saisir que l'équation mathématique élaborée par Poincaré. C'est dire.

Bon. Après la notion de facilité, saisissons-nous du très célèbre fil conducteur. Puis? Lorsqu'on le suit, on se retrouve derrière le piano. Parce que cette année, les artistes réputés pour jongler avec les touches noires et ivoire seront en nombre. Du côté ancien mais pas nécessairement antique, on a retenu les noms qui en imposent: Keith Jarrett, Ahmad Jamal, Dave Brubeck, Herbie Hancock et Steve Kuhn. Du côté nouveau mais pas nécessairement moderne, on a retenu Vijay Iyer, Robert Glasper, Geoff Keezer, Omar Sosa, Tord Gustavsen et François Bourassa, qui va saluer la mémoire de Bill Evans.

Pour Steve Kuhn, on veut aligner davantage de mots que pour les autres. Un, parce qu'il s'est produit beaucoup moins souvent qu'un Jarrett ou un Brubeck dans le cadre du FIJM. Deux, pour souligner ce qui en fait un pianiste singulier. C'est bien simple, avec Paul Bley, Kuhn est le relais, le chaînon manquant entre Bill Evans et Jarrett. Comme il joue davantage en Europe qu'aux États-Unis depuis son long séjour en Suède à la fin des années 60, on sait trop peu qu'en plus d'être un grand pianiste, il a été un des acteurs de ce courant musical que George Russell et Gunther Schuller avaient développé et baptisé Third Stream.

Après la notion de facilité et le fil conducteur, passons aux gros canons. Il y en a deux: Sonny Rollins et Allen Toussaint. À l'attention des jeunesses qui ne seraient peut-être pas au courant, le premier fait l'histoire du jazz, avec d'autres évidemment, depuis soixante ans maintenant. Mais encore? Il s'est distingué en brossant dans les années 50 un contre-pied à faire pâlir d'envie les millionnaires en crampons qui galopent actuellement sur les pelouses sud-africaines.

Son contre-pied? Il a pris le cool jazz, ou West Coast, à revers en optant pour le son gras, cru et ample. Toussaint? En plus d'avoir son style à lui, il a mis ses talents d'arrangeur et de compositeur au service des autres. Toussaint, c'est le «père Teresa» du jazz-blues-machin-chose. C'est aussi un grand conteur des légendes écrites à La Nouvelle-Orléans.

Après la facilité, le fil et les gros canons, nous voici dans l'obligation de faire de la «paix-dague-eau-gît» sans aucun soupçon de psychologie. Sachant que Lou Reed a bien des fans, comme disent les jeunesses, de ce côté-ci de la frontière, il faut souligner à leur intention qu'il serait étonnant qu'il décline le Walk on the Wild Side. La raison en est toute simple parce qu'elle tient en deux noms, ceux que l'on dit propres: Laurie Anderson et John Zorn.

Lorsqu'il est en compagnie de ces derniers, ces centurions de la musique déconstruite, Reed fait comme eux. Il brosse des installations sonores. Il fait ce qu'en certains cercles d'initiés on appelle de la musique «pétée». Pour les décaper, les neurones, ils et elle les décapent à grands coups d'emportements improvisés. C'est pas reposant, mais toujours étonnant.

Quand il ne sera pas en leur compagnie, Zorn animera un marathon Masada. Un marathon qui devrait être un des deux ou trois moments forts de cette 31e édition. Car ce compositeur prolifique, ce saxophoniste alto au jeu toujours dense, toujours passionné, sera flanqué de sacrés bretteurs: le trompettiste Dave Douglas, le batteur Joey Baron, le guitariste Marc Ribot, le contrebassiste Greg Cohen, le pianiste Jamie Saft, le percussionniste Cyro Baptista et le violoniste Mark Feldman.

Soit dit en passant, mais pas en courant, Douglas et une de ses formations, Keystone, ont été inscrits au programme de la série Jazz dans la nuit, dominée cette année par la trompette. Outre Douglas, les souffleurs Nils Petter Molvaer, Stéphane Belmondo, Wallace Roney, Thomasz Stanko et Christian Scott occuperont la scène du Gesù.

Côté plus blues, plus rock, plus funky, côté plus marguerite qu'orchidée, on nous propose Eric Burdon, Ben Sidran, Taj Mahal, The Fabulous Thunderbirds, George Clinton, Harry Manx et le très populaire Brian Setzer, qui jouera d'ailleurs ce soir, avec son big band sur la place du festival.

Enfin, n'oubliez pas, amis lecteurs, surtout n'oubliez pas que Jean Derome et ses Dangereux Zhoms se produiront demain à L'Astral à compter de 18h. Les Zhoms s'appellent Pierre Cartier à la basse, Guillaume Dostaler aux claviers, Tom Walsh au trombone et Pierre Tanguay à la batterie.
Sonny Rollins<br />
Cassandra Wilson<br />
Keith Jarrett<br />
 
 
 
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