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Malajube au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts - Cubes rubiques? Puissance 4!

Philippe Papineau   15 juin 2010  Musique
Malajube a réalisé un véritable tour de force, voire un grand tour de magie hier au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Son mystérieux concert Cubes rubiques s'est révélé être un spectacle où le groupe rock à revu son répertoire à travers quatre volets tout à fait distincts. Cubes rubiques? Plutôt Puissance 4!

La jeunesse aura rarement été si nombreuse dans cette salle qui accueille habituellement les têtes plus grisonnantes. Malajube à la PdA, il fallait quand même le faire.

Et ça a commencé en lion, avec un premier bloc sauce 1980, baigné dans les synthétiseurs. Tout s'est allumé d'un coup. Cordés côte à côte devant quatre claviers, Thomas Augustin, Mathieu Cournoyer, Julien Mineau et Francis Mineau étaient soudainement Kraftwerk, ou quelque chose du genre. Chandails noirs à paillettes argentées, néons roses et bleus, Malajube était disco-futuriste.

Derrière eux est aussi apparu un énorme cube rubique éclairé, qui ne pouvait faire penser qu'au gros cristal multi-facettes du Mutantès de Pierre Lapointe. Bon clin d'oeil. Le quatuor de base était à ce moment accompagné du cousin Jean-François Mineau, assis devant une véritable fausse batterie électronique et ses plaques hexagonales. Plus synthétique que ça, tu meurs.

Drôle de mélange? Plutôt naturel, en fait, pour les pièces choisies, toutes tirées du dernier disque Labyrinthes, déjà plus versé dans les explorations prog. Les Collemboles avaient des allures du thème d'Albator, Ursuline aurait pu être jouée par Vangelis, mais ça tenait la route. D'abord surprise, la foule leur a levé son chapeau.

Après, tout s'est éteint, et on a compris que le décor changerait. Pendant le branle-bas de combat dans le noir, l'harpiste Sarah Page sur le côté de la scène a joué une dizaine de minutes, écoutée attentivement par la jeune foule à l'affût du beau en tout genre.

Les lumières se rallument, et les membres de Malajube reviennent sur scène, vêtus de vêtements beiges un peu rétro, et s'installent sur des chaises de bois. Les guitares sont revenues, mais elles sont acoustiques. Et derrière, six choristes vêtus de longues toges blanches s'installent. Ce coup-ci, nous étions plongés dans l'esprit des années 1970. La Valérie prenait des airs de Dimanche soir à Châteauguay, Le Métronome aurait pu être chanté par le Big Bazar, et le bloc s'est terminé par la courte mélodie de Ton plat favori, aux allures de Dixie, d'Harmonium. On écarquille les yeux, on se pince, et on applaudit le talent et l'audace.

L'entracte a permis les plus folles conjonctures sur la suite des choses et sur ce troisième volet intitulé «Osselets» dans le livret remis à l'entrée. Des os, des morts, donc, donc... Lumières. Les guitares grondent, fort, plus fort qu'à l'habitude avec Malajube. Simple: ce n'était pas Malajube, mais les mythiques métaleux de Voïvod, qui ont joué Fille à plumes en faisant revoler leur chevelure à grand coup de tête vers l'avant. Voïvod à la PdA, un autre moment unique. «Nous dans le métal, tout tourne autour de 666. Là on coupe ça en deux», a lancé le chanteur Denis Bélanger avant d'entamer 333. Les quatre musiciens de Malajube sont venus les rejoindre pour achever la pièce, avant de prendre le relais pour le dernier bloc.

Pour la fin, Malajube a fait... du Malajube! Après toutes ces audaces, y aller de manière «classique» était comme un cadeau, un merci pour la patience et l'ouverture du public. Ils ont enchaîné La Maladie, Le Tout-Puissant, Étienne d'août, Casse-Cou, Le Crabe et Porté disparu avec une aisance totale, avant d'entamer l'épique Cristobald en compagnie de Voïvod ET du choeur. Une incantation satanique à quatorze, ça frappe, et très fort.

Comme si on en avait déjà pas eu assez, le rappel a asséné le coup de grâce à la foule, déjà debout depuis longtemps, avec Les Dents, Montréal -40°C et La Monogamie, dont le couplet final a été repris d'une seule voix par les quelque 1300 fans de Malajube, rassasiés jusqu'à plus soif. Ça aussi ça frappe, et très fort. On l'aura dans la mémoire longtemps.
 
 
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